Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Tuer le Père 05.09.08

En 2005, Marianne avait publié un dossier intitulé LES PSYS FACE À SARKOZY (Ses adversaires le disent fou, Les psys analysent le cas Sarkozy). Le diagnostic de Gertrude Dillinger, éclairé par le Dictionnaire de la psychanalyse d’Élisabeth Roudinesco (Fayard) :

Il y a au moins deux Nicolas Sarkozy. Le second tend à venger le premier. Le premier est l’enfant blessé par l’absence d’un père originaire de Hongrie, aristocrate proclamé dont le cadet mal aimé, obligé de vendre des fleurs et des glaces à Neuilly pour payer ses études, se vengera plus tard en proclamant avoir cherché en vain le prétendu château de famille.

Jacques Lacan, le psychanalyste français, a longtemps étudié la psychose à travers ce qu’il nommait « la forclusion du nom du père ». Selon lui, c’est le père qui nomme, qui incarne la loi, qui donne naissance à l’idéal du moi. Ce père-là, Nicolas Sarkozy l’a cherché en se mettant systématiquement à l’ombre et au service d’aînés puissants, Achille Peretti, Jacques Chirac, Édouard Balladur, Charles Pasqua.

Peretti meurt trop vite pour recevoir les coups de bec du pauvre petit canard de Neuilly. Les autres verront tous, à un moment ou un autre, ce « fils idéal » se transformer en carnassier.

Lacan enseignait que l’absence de père chamboule les structures du ça, du moi, du surmoi et du préconscient. Parfois jusqu’au délire de la névrose obsessionnelle. Il y a quelque chose de ce délire dans le soin que met Sarkozy à organiser ses meetings comme autant de sacres à sa gloire – la démesure du dernier congrès de l’UMP restera dans les annales.

Il y a aussi une once de délire et de folie des grandeurs dans son insolence à organiser une conférence de presse le jour du 14 juillet, presque à la même heure que la traditionnelle interview du président de la République.

On dira : il est jeune, fringuant, impatient, sans doute. Mais ce galop permanent peut être aussi le symptôme de son impuissance à situer son idéal de moi.

L’absence de père qui donne le nom, « le signifiant du nom du père » (Lacan), revient en boomerang, sous la forme d’un délire contre Dieu, qui incarne toutes les formes haïes de la paternité. Freud avait déjà souligné le caractère religieux de la névrose obsessionnelle, avatar pathologique de la religion judéo-chrétienne qui sous-tend toute la société occidentale.

Pour Sarkozy, tous ceux qui lui rappellent sa relation d’amour-haine au père et lui barrent le passage sont autant de dieux à dévorer. C’est l’enfer de Nicolas Sarkozy.

Source : Marianne N°434, du 13 au 19 août 2005 I Illustration © Catherine.

 

L’hypertrophié du moi 31.08.08

En 2005, Marianne avait publié un dossier intitulé LES PSYS FACE À SARKOZY (Ses adversaires le disent fou, Les psys analysent le cas Sarkozy). Morceaux choisis…

« Nicolas Sarkozy a une âme de chef, mais quelque peu autocrate, avec une intolérance extrême à la contradiction et une propension à utiliser les médias pour servir son projet personnel. Il fonctionne à l’évidence sur un mode paranoïaque, comme le montre son hypertrophie du moi, sa rancune, sa psychorigidité…

Cela dit, il est difficile de distinguer le paranoïaque de l’assoiffé de pouvoir. En revanche, son état actuel est plus problématique. Il développe un sentiment d’exaltation qui crée chez lui un état comparable à l’état maniaque. Il en présente d’ailleurs les signes cliniques : l’hyperactivité, le sentiment d’omniscience et d’omnipotence, et même la désinhibition, comme en atteste ce que certains appellent des « dérapages ». Mais là encore, à l’instar des maniaques, il fait montre de ce qu’on appelle l’hypersyntonie, c’est-à-dire le fait de savoir d’instinct jusqu’où on peut aller trop loin. Ainsi, lorsqu’on a l’impression qu’il en fait trop, ça lui réussit quand même. Pour combien de temps ? L’état maniaque dure rarement longtemps.

À ce régime-là, on ne tient pas deux ans ! »

Propos du docteur B., expert psychiatre auprès des tribunaux.

« J’ai constaté, dans ma pratique, que les hommes petits ont souvent le sentiment de devoir sans cesse prouver quelque chose. Ils ont un problème de l’ordre de la puissance et de la virilité. Pour compenser ce qu’ils vivent comme un handicap, ils en font quatre fois plus que les autres. »

« L’obsession affichée de devenir président de la République est le signe d’une personnalité à l’égo surdimensionné. Ce symtôme peut être vécu sur un mode paranoïaque et, dans ce cas, il y a danger : le sujet, persuadé d’avoir raison contre la terre entière, cherche à imposer à tous sa vision du monde. Cela nous a fourni au cours des siècles un certain nombre de dictateurs. Mais, dans le monde politique, l’égo surdimensionné est plus souvent vécu sur le mode cyclothymique. Ce sont des personnalités maniaco-depressives, qui alternent entre des phases dépressives durant lesquelles elles sont au fond du trou, et des phases maniaques où elles deviennent hyperactives et se persuadent de leur inestimable valeur.

Sylvie Bratter, psychiatre et psychothérapeute à Paris.

* Beaucoup des psychiatres interrogés ne se sont prêtés à l’exercice que sous couvert d’anonymat I Source : Marianne N°434, du 13 au 19 août 2005

 

Plus prédateur que névrosé 27.08.08

En 2005, Marianne avait publié un dossier intitulé : LES PSYS FACE À SARKOZY (Ses adversaires le disent fou, Les psys analysent le cas Sarkozy). Quelques citations qui émaillaient l’article d’Anna Alter :

Psychiatre et éthologue, auteur de nombreux best-sellers comme Les nourritures affectives et Les vilains petits canards, Boris Cyrulnik ne se prononce pas sur le cas Sarkozy. Il a observé l’animal de trop loin, dit-il, mais avance tout de même un constat : « Le ministre de l’Intérieur m’étonne par son plaisir d’agresser. C’est plus un prédateur qu’un névrosé. Un prédateur s’en prend aux autres alors qu’un névrosé retourne son agressivité contre lui-même. »

Le 19 décembre 2002, le psychanalyste Jacques-Alain Miller, directeur de la revue Elucidation écrivait dans Le Nouvel Observateur : « Là où le politique traditionnel diffère (« Donner du temps au temps »), Sarko accélère, installe l’urgence. Là où un autre interpose méthodiquement des fusibles, lui va sur place. Il arrive, il assume. Quoi ? Tout« . Trois ans après, Miller préfèra ne rien ajouter.

Jean-Pierre Winter, psychanalyste et auteur de Les hommes politiques sur le divan : « Il a une stratégie d’exhibition et de dissimulation. Je note dans son discours des mots et des prises de position qui sont problématiques dans la bouche de quelqu’un qui aspire à la plus haute fonction de l’État« . « Les choses complexes ne peuvent pas se dire avec un minimum de mots. Plus on limite son vocabulaire, plus on simplifie la syntaxe, plus on amplifie la gestuelle, plus on ajoute des coups de menton, plus on manifeste une volonté non de communiquer mais de diriger le pays en autocrate« . « Devenir adulte, c’est renoncer à ces deux illusions : être admiré et diriger. Lui ne lâchera jamais. S’il rate 2007, il rebondira pour 2012 ou pour 2017. Quoi qu’il arrive, il existe. On l’aura« .

Source : Marianne du 13 au 19 août 2005.

 

Les mots qui ont fait gagner Sarkozy 04.03.08

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Si les discours de campagne du candidat de l’UMP à la présidence de la République ont convaincu une majorité de Français, c’est parce qu’ils obéissent à des règles de construction bien précises. Un livre, « Les mots de Nicolas Sarkozy », dévoile les secrets de cette rhétorique de la victoire. En exclusivité, BAKCHICH nous a livré les bonnes feuilles de cet ouvrage éclairant.

C’est d’abord un livre utile. Parce qu’après avoir refermé Les mots de Nicolas Sarkozy (Seuil, sortie le 6 mars), on n’écoutera jamais plus un homme politique de la même façon. À commencer par le chef de l’État. Les auteurs, Louis Jean Calvet et Jean Véronis, tous deux linguistes, se sont livrés au patient décryptage des 300 discours prononcés par l’ancien candidat de l’UMP, tout au long de la campagne présidentielle. Un travail dont le résultat est à la fois étonnamment facile à lire et singulièrement instructif. À tel point qu’on peut se demander si, à leur corps défendant, les auteurs n’ont pas écrit là le parfait manuel de rhétorique pour les futurs candidats à l’Élysée.

Les techniques, les pièges, les ruses sont inventoriées. Pour la première fois, on comprend vraiment pourquoi et comment les mots de Nicolas Sarkozy ont fait mouche. Des phrases courtes, des répétitions jusqu’à plus soif, des marqueurs qui instaurent une fausse connivence, un vocabulaire appauvri à dessein…

Et puis le contenu. Une vampirisation systématique du discours des adversaires. Aux socialistes, on dérobe le travail et les travailleurs, au centre l’humanisme, à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite, l’anticapitalisme… On réécrit l’histoire, on se pose en victime, on dénonce la pensée unique… Autant d’impressions sinon d’intuitions que les uns où les autres ont pu ressentir à un moment de la campagne. Sans jamais vraiment parvenir à les étayer.

Quantifier l’apport d’Henri Guaino aux discours de Sarkozy.

À grand renfort de tableaux et de graphiques, Louis-Jean Calvet et Jean Véronis viennent combler cette lacune. Plus fort encore, ils sont parvenus à quantifier l’apport d’Henri Guaino, la plume de celui qui n’était encore que candidat à l’élection présidentielle. À tel point qu’on se demande vraiment si Nicolas Sarkozy aurait fait le poids sans ce formidable aspirateur intellectuel. Et si le candidat de l’UMP n’avait été qu’une marionnette aux mains d’un Gepetto de talent ? Les auteurs laissent la question ouverte, mais tout l’ouvrage tend à répondre par l’affirmative. (more…)

 

Hyperprésidence : Sarkozy a peur du vide 14.01.08

L’hyperprésidence du chef de l’État français ne serait qu’une forme subtile d’angoisse existentielle : prouver en permanence à une audience – qui pourtant le sait – que le président, c’est bien lui.

theuriau.jpg© Luz

Il y a des formulations qu’on n’applique pas à un président de la République. Souvent traité avant son élection d’« agité du bocal » par ses ennemis, Nicolas Sarkozy élu a hérité d’une nouvelle appellation : « l’hyperprésident ». Le changement de signifiant n’a pas obéré grand-chose du signifié : l’activisme de Nicolas Sarkozy a toujours suscité une certaine perplexité, qui n’a fait que s’approfondir. Son omniprésence, qui écrase non seulement son gouvernement, Premier ministre en tête, mais aussi d’autres rouages de l’Etat, est généralement critiquée, par le peu qu’il reste d’opposition, comme une politique délibérée d’occupation du terrain. Même son souci, aussi soudainement ressuscité que sa flamme amoureuse, d’étaler sa vie privée sous les objectifs des photographes, est porté au compte de sa volonté supposée d’occulter le manque d’effets de son action.

Osons pourtant l’hypothèse que, dans le cas de Nicolas Sarkozy, une clé importante de compréhension des ressorts de son action n’est pas de l’ordre du conscient. Ainsi, depuis le début de son quinquennat, l’ancien maire de Neuilly semble dépenser une énergie considérable à prouver à une audience qui, elle, le sait depuis six mois, que c’est bien lui qui a été élu président. Le nouveau locataire de l’Elysée paraît absorbé dans une perpétuelle entreprise de comblement d’un vide, magistralement décrite par l’écrivaine Yasmina Reza. Et aujourd’hui, plus encore qu’avant son élection, paraît étrange le sentiment que donne Nicolas Sarkozy, suivant lequel si ce n’est pas lui qui parle ou arpente la scène, le silence serait assourdissant et la scène vide.

D’où aussi cette impression, que le président fonctionne par succession de spasmes, rythmés par ses intuitions ou angoisses du moment. A force de vouloir démontrer qu’il est là où il est (au sommet), Nicolas Sarkozy finit par donner l’impression qu’il ne fait pas ce qu’il doit (faire fonctionner la machine en produisant des résultats). Ses angoisses ne sont sans doute pas plus justifiées que les attaques de ses critiques. Mais, paradoxalement, il serait bon que le président français se rassure un peu sur lui-même. Question de pouvoir cesser d’y penser.

Article de Jurek Kuczkiewicz paru dans Le Soir (Belgique) in Courrier International

 

De l’art de tout ramener à soi… 27.12.07

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20 Décembre, discours de Saint Jean de Latran ; Nicolas Sarkozy aux ecclésiastiques :

« Nous avons au moins une chose en commun. C’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de la vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président à moitié ». Et de poursuivre « Je comprend les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que, moi-même, je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne ».

 

Sarkozy, un mec qui en a 17.11.07

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« En avoir ou pas, telle est la question que semble poser Nicolas Sarkozy, depuis sa prise de fonctions, hérissant d’hostilité ceux qui n’ont pas envie d’être charmés. C’est l’un des principaux risques du sarkozysme : la surenchère de virilité sans fin. Et si « les petits mecs » se rebellaient ? Nicolas Sarkozy a perçu le risque. Il a recommandé à ses ministres de ne surtout pas humilier, d’éviter tout triomphalisme, de prendre modèle sur le « chouchou », Xavier Bertrand. Mais Sarkozy ne tient pas longtemps la pause. Une gouaille, une moquerie, une lueur de supériorité dans le regard, une façon de se dresser sur la pointe des pieds, de rappeler qui commande et mieux que tout le monde… ».

Article de Nicolas Domenach, Marianne, Semaine du 17 au 23 novembre 2007