Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Gloire Au Guide Suprême Infaillible 18.12.10

Pourquoi Sarkozy ne veut plus de primaires à l’UMP pour 2012.

« Sarkozy ne veut plus de primaires. C’est ce qu’on appelle une volte-face ! » Une brève du Parisien l’affirme jeudi : le Président, qui louait jusqu’à maintenant les bienfaits d’élections internes pour désigner le candidat de l’UMP voire de la majorité en 2012, entend aujourd’hui faire machine arrière. C’est pourtant lui qui avait initié l’idée dès 2005, au prix d’un bras de fer avec les chiraquiens. A l’époque ministre de l’Intérieur, il déclarait au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI : « Je souhaite que la France devienne une démocratie exemplaire. Et il faut arrêter, me semble-t-il, avec une conception qui consisterait à dire qu’on cherche un guide suprême, infaillible. […] S’il y a un ou plusieurs candidats, il faudra bien que l’UMP décide qui elle soutient. […] C’est difficile de rassembler les Français si on n’est pas capable de rassembler sa famille. »

Une conviction qui ne devait pas valoir uniquement pour 2007 puisque Nicolas Sarkozy, alors également président de l’UMP, allait faire inscrire ce principe dans les statuts du parti. Comme le souligne LeMonde.fr, l’article 14 précise toujours : « Le congrès, […] composé de tous les adhérents à jour de cotisation, […] choisit le candidat soutenu par l’Union à l’élection à la présidence de la République. »

Pour ceux qui doutaient encore de la validité de la disposition et de la volonté du chef de l’Etat, François Fillon est venu les confirmer, pas plus tard que le 3 juin dernier, dans une interview à l’Est Républicain : « Le président de la République a toujours dit qu’il y aurait, le moment venu, des primaires à l’intérieur de l’UMP pour désigner notre candidat. » Le Premier ministre allait ainsi dans le sens du secrétaire général de l’UMP. Xavier Bertrand qui avait clairement affirmé le 29 mars au micro d’Europe 1 : « Ce n’est pas un scoop que je vais vous livrer : il a toujours été dit que pour 2012 le candidat à la présidentielle serait choisi par les militants et quel que soit le statut du candidat, qu’il soit ancien Président ou pas, il passera par le vote des militants. »

C’est malheureusement bien connu en politique : les promesses n’engagent que ceux qui les croient. Les temps changent et les convictions avec. On retrouve désormais à la tête de l’UMP Jean-François Copé, qui a déclaré le 30 novembre sur France 3 : « Je ne crois pas du tout à l’intérêt des primaires dans une majorité qui a son candidat naturel, en l’occurrence le président de la République qui terminera son premier mandat. » Encore une initiative isolée du franc-tireur Jean-François Copé ? Non, l’ancien président du groupe UMP à l’Assemblée a depuis quelque temps rangé son pistolet. François Fillon lui a emboîté le pas mardi devant les parlementaires de la majorité : « Nous avons pour atout le président de la République. Dans l’attente de son ultime décision, nous ne sommes pas condamnés, nous, à improviser des primaires. »

Source : Extrait de l’article de Julien Martin I Rue89

 

Patrons, Attention ! 17.01.09

baisseimpots

Au lendemain de son élection, Nicolas Sarkozy s’empresse de mettre en application son paquet fiscal, très généreux avec les plus aisés. Certaines autres mesures, pourtant annoncées pendant la campagne, trainent en revanche à être mise à exécution. L’une d’entre elle : le glas des parachutes dorés, pourtant annoncé, n’a toujours pas sonné.

Rappel :

« Je veux dire au grand patron dont la gestion est un échec, et qui négocie une prime d’éviction en forme de parachute en or, qu’il est légitime que la réussite paye, mais qu’il est scandaleux que l’échec enrichisse (…).
La moindre des choses, c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent, la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil d’administration, mais publiquement approuvée pour chacun d’entre eux par l’assemblée générale des actionnaires et, bien sûr, publiée nominativement dans le rapport annuel. Je propose qu’il en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau.
Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l’été 2007 une loi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes, parce que c’est contraire aux valeurs qui sont les miennes
. »

[Sources(s) : Discours Agen (22/06/06) / Réunion publique Marseille (19/04/07)]

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Plus de 2 ans après ses premières déclarations à ce sujet, on peut lire dans Le Monde du 15 janvier :

Nicolas Sarkozy menace de légiférer sur les « parachutes dorés ».

Le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, a menacé de légiférer si les recommandations du Medef et de l’Association française des entreprises privées (AFEP), encadrant les rémunérations des dirigeants d’entreprises, ne sont pas appliquées « à la fin du premier trimestre« . « Il faut mettre un terme à des pratiques qui ont suscité, à raison, l’indignation des Français« , a déclaré Nicolas Sarkozy, lors de ses vœux aux forces économiques, jeudi 15 janvier, à Vesoul (Haute-Saône), en faisant allusion aux « parachutes dorés », ces fameuses indemnités de départ versées aux patrons des grandes sociétés cotées. « C’est très simple : soit les recommandations des organisations patronales sont appliquées, et c’est parfait, soit elles ne le sont pas et le gouvernement préparera une loi rendant ces recommandations juridiquement contraignantes« , a-t-il ajouté avant de préciser : « Le rendez-vous, ce n’est pas la fin de cette année, c’est la fin du premier trimestre. »

A ce jour, la plupart des entreprises cotées en Bourse se sont engagées à respecter le code éthique élaboré par l’AFEP et le Medef, à l’invite des pouvoirs publics, afin de mettre fin aux abus du passé. « Au 7 janvier 2009, 94 % des plus fortes capitalisations françaises de la Bourse de Paris ont adhéré à ce code« , a précisé l’Autorité des marchés financiers (AMF), dans un communiqué publié mardi 13 janvier. Mais le gouvernement ne se satisfait pas de ces engagements. Il demande que ces derniers se traduisent dans la pratique, c’est-à-dire que de nouvelles règles de rémunération soient votées sans délai par les conseils d’administration, afin d’être entérinées par les assemblées générales d’actionnaires au printemps. A ce titre, les politiques de rémunération des dirigeants restent souvent opaques et permettent, dans bon nombre d’entreprises, un empilement d’indemnités autorisant des excès. Selon la photographie la plus récente dont on dispose, une étude du cabinet de conseil international Hewitt Associates, datée de novembre 2008, les grandes entreprises ont du chemin à faire pour se mettre en conformité avec les nouvelles normes fixées par le Medef et l’AFEP.

Selon cette étude, qui se fonde sur l’examen des documents de référence des sociétés de 2007 parus en 2008, mais également sur une enquête conduite par Hewitt à l’été 2008, « les pratiques de 80 % des entreprises du SBF 120 [les 120 plus grandes entreprises cotées] ne sont pas conformes aux recommandations de l’AFEP/Medef, qui déconseillent le cumul d’un mandat social et d’un contrat de travail pour les CEO [les dirigeants]« . « Cet empilement d’indemnités, poursuit l’étude, entraîne dans 27 % des cas le plafond de rémunération préconisé par l’AFEP/Medef. »

Bien sûr, cette étude ne préjuge pas des changements que pourront décider les entreprises pour l’année 2009. Elle signifie que les 80 % d’entreprises qui n’étaient pas aux normes en 2008 – soit quatre entreprises sur cinq – vont devoir réformer leurs pratiques. Dans le secret des conseils d’administration, certains dirigeants d’entreprises (Henri de Castries chez AXA, Frédédic Oudéa à la Société générale, Louis Gallois chez EADS, etc.) se seraient déjà engagés à montrer l’exemple. Ils seront jugés sur les faits.

Article : Le Monde 15.01.09 I Illustration © Plantu

 

France-Tunisie : la manipulation sarkozyste décryptée 20.10.08

En pleine crise financière mondiale, Sarkozy et le gouvernement ont monté une nouvelle opération de diversion, à la fois ridicule et nauséabonde.

Prenant prétexte des sifflets de supporteurs de l’équipe de Tunisie, que Michel Platini analyse ci-dessous et ramène à leur juste proportion, les cellules de communication du pouvoir ont déchaîné une avalanche qui semble avoir été préparée et concertée dès la veille du match.

On y retrouve la patte et la marque de fabrique de Patrick Buisson, conseiller présidentiel d’extrême droite, ancien du journal Minute et grand organisateur de coups tordus. Il a ainsi gagné ses galons d’éminence grise lors de la présidentielle, par le ciblage réussi de l’électorat FN : surenchère après les incidents de la gare du Nord, proposition de ministère de l’Identité Nationale…

Suivant le signal de Sarkozy, plusieurs ministres se sont empressés de faire du zèle : Fillon lui-même, B. Laporte bien sûr, « chouchou » de Sarkozy, Hortefeux, Roselyne Bachelot , Fadela Amara. Cette dernière a choisi un vocabulaire martial appelant à la « reconquête nécessaire ». Quelques dirigeants socialistes (Montebourg, Dray) et Mouloud Aounit du MRAP ont cru bon devoir enfourcher le leurre de l’indignation construite par le pouvoir.

Ce plan frénétique s’est rapidement dégonflé, après avoir encombré l’actualité médiatique pendant plusieurs jours.

Il en demeure une stigmatisation supplémentaire des populations d’origine maghrébine, accusées de manque de loyauté et de duplicité et dénoncées par Laporte comme pas « saines ». Il en reste aussi des propositions dont Platini démontre aisément le caractère absurde et à propos desquelles il dénonce le mélange des genres et l’immixtion politicienne hors de propos.

Pendant ce temps, une réfugiée arménienne s’immole par le feu pour tenter d’empêcher l’expulsion de son compagnon. Pendant ce temps, Hortefeux est contraint de reculer dans sa tentative de remettre en cause le rôle de la CIMADE dans les centres de rétention.

Pendant ce temps, le seul pays dans lequel les médias n’ont pas eu le droit d’évoquer toute cette affaire est la Tunisie, dont Sarkozy avait loué il y a quelques semaines le caractère « démocratique ».

Article de Memorial 98 I Illustration © Bar

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Interview de Michel Platini, président de l’Union européenne de football et ancien capitaine de l’équipe de France, parue dans Le Monde (Propos recueillis par Stéphane Mandard) :

Q. Que pensez-vous du tollé politique qui a suivi les sifflets de La Marseillaise, mardi 14 octobre, au Stade de France ?
Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd’hui, c’est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport.
Je ne vois pas dans les sifflets qu’on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France, que l’on veut battre. Dans d’autres occasions, je suis certain que les mêmes jeunes qui ont sifflé La Marseillaise, mardi soir, chantent l’hymne national quand l’équipe de France dispute un match de l’Euro ou de la Coupe du monde.

Q. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a annoncé que les matches seraient arrêtés en cas de sifflets pendant les hymnes nationaux. Cette initiative vous semble-t-elle judicieuse ?
La France perdra 3-0 sur tapis vert! Cela veut dire que si l’équipe de France joue en Azerbaïdjan et que La Marseillaise est sifflée, le président fait arrêter le match ? Lors du Mondial 1982, en Espagne, le Cheikh Fahd [président de la fédération du Koweït] était rentré sur le terrain pour faire annuler un but : l’arbitre qui avait accédé à sa demande a été suspendu à vie. Il y a des règles qui régissent le football et elles sont édictées par la FIFA [Fédération internationale de football] et l’UEFA. Le règlement prévoit qu’un match peut être arrêté, et j’y suis favorable, en cas d’acte de racisme par exemple. Mais ce n’est pas à une autorité politique de décider : la responsabilité incombe à l’arbitre et au délégué du match.

Ce n’est pas ce que semble entendre le gouvernement français…
Si on commence à arrêter un match parce qu’il y a des sifflets, dans ce cas-là on arrête aussi dès qu’un joueur se fait siffler ou quand le gardien se fait conspuer après un dégagement. C’est absurde. Et pourquoi pas aussi un policier derrière chaque spectateur. Il faudrait plutôt éduquer les supporters car dans certains pays, les hymnes ne sont jamais sifflés. A l’Euro, on avait fait de la pédagogie avant les matches et les hymnes n’ont pas été sifflés.

Q. Ne pensez-vous pas, comme certains députés, qu’il serait plus simple de ne plus jouer les hymnes nationaux avant les matches pour éviter ce type de débordement ?
Je ne crois pas. Si on suit ce raisonnement, il faudrait aussi jouer sans arbitre pour éviter qu’ils se fassent siffler. L’hymne national, c’est l’histoire d’un pays. Lorsqu’on joue en équipe nationale, on joue pour son pays. Moi, quand l’hymne était sifflé, cela me donnait plus de caractère, plus d’orgueil vis-à-vis de mon pays. Ça n’a jamais vexé ni fait peur aux joueurs d’entendre leur hymne sifflé. Au contraire, ça nous galvanisait, c’était une motivation supplémentaire.

Q. Mais quand vous jouiez, il y a 30 ans, l’hymne n’était pas sifflé par des spectateurs français ?
Il y a 10 ans, quand la France a gagné la Coupe du monde et que tout le monde chantait La Marseillaise et brandissait le drapeau bleu-blanc-rouge dans les rues, on célébrait la France « black-blanc-beur ». Aujourd’hui, on explique le contraire. A mon époque, déjà, il y avait des immigrés italiens et polonais. La différence, c’est que maintenant, il y a une récupération politique.

La Fédération française de football (FFF) a décidé d’apprendre aux joueurs les paroles de La Marseillaise depuis qu’une enquête d’opinion a mis en avant que les supporters de l’équipe de France reprochaient aux Bleus de ne pas chanter leur hymne national. Quand vous étiez joueur, le chantiez-vous avant les rencontres ?
Non, je n’ai jamais chanté La Marseillaise. Même si je trouvais que c’était le plus bel hymne du monde, et que je le fredonnais de temps en temps, je n’ai jamais pu me résoudre à le chanter avant un match car c’est un chant guerrier et que pour moi, un match de foot, c’est un jeu et pas la guerre. « Aux armes, citoyens! » : je n’arrivais pas à chanter ces paroles avant une rencontre. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je n’étais pas fier d’entendre La Marseillaise. Ce n’est pas parce qu’un joueur ne chante pas l’hymne national qu’il n’aime pas son pays. Mais aujourd’hui, nous sommes dans un monde du tout-communication : si un joueur a le malheur de ne pas chanter La Marseillaise, il est aussitôt stigmatisé comme quelqu’un qui n’aime pas la patrie française.

 

Affaire Laporte : perquisition au ministère de l’intérieur 18.09.08

Une juge d’instruction du pôle financier de Paris, Françoise Desset, accompagnée des policiers de la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), a procédé à une perquisition, mercredi 17 septembre, dans les bureaux de la direction des libertés publiques, au ministère de l’intérieur. Elle agissait dans le cadre d’une information judiciaire ouverte en 2007, pour « favoritisme », relative au marché des jeux, dans le sud-ouest de la France.

En mars 2007, une plainte avec constitution de partie civile avait été déposée à Paris. Elle dénonçait le refus opposé le 13 mars 2007 par le ministère de l’intérieur à la demande d’augmentation du nombre de machines à sous souhaitée par la société du casino du lac de la Magdeleine, installée à Gujan-Mestras (Gironde).

La plainte citait le nom de Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, place Beauvau, comme ayant signé une lettre à un parlementaire expliquant les raisons du refus. Frédérique Ruggieri, la partie civile, avait assuré que ce refus était lié à la perte de profit du casino concurrent, Partouche, installé à Bordeaux. Elle estimait être victime d’un traitement discriminatoire. Elle avançait en outre que les réponses négatives apportées à ses demandes d’extension étaient liées aux tentatives d’approche de Bernard Laporte, alors gérant de plusieurs casinos et campings dans la région. Elle déclarait même que lors d’un dîner au restaurant d’un camping de M. Laporte, en 2004, réunissant Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et Yves Foulon [le maire d’Arcachon], il aurait été décidé de « gêner » le plus possible les visées du casino de Gujan-Mestras.

Par ailleurs, toujours selon Mme Ruggieri, lors d’un deuxième dîner en août 2005, M. Laporte aurait dit à la propriétaire du casino de Gujan-Mestras qu’il pouvait intervenir auprès de M. Sarkozy, moyennant une prise de participation à hauteur de 50 % dans son établissement. L’actuel secrétaire d’État aux sports a confirmé ces propos, tout en indiquant qu’il s’agissait à ses yeux d’une plaisanterie. Les autres convives présents lors de ce dîner d’août 2005 n’ont pu se prononcer devant les policiers sur la réalité de cette discussion.

Le parquet de Paris avait estimé que le délit de favoritisme n’était pas constitué, mais la chambre de l’instruction avait, en avril 2008, autorisé la poursuite de l’instruction, sur les faits postérieurs à mai 2005. Mme Ruggieri, entendue une nouvelle fois en juillet 2008, a maintenu que que Bernard Laporte, en 2002, avait indiqué à deux reprises à Marie-Hélène des Esgaulx, députée UMP et maire de Gujan-Mestras, qu’il était intéressé par son casino.

Article de Gérard Davet, Le Monde I Illustration © Jul.

 

Edvige : un lifting significatif 06.09.08

Pour tourner en dérision l' »obsession sécuritaire » du ministère de l’intérieur, le collectif Non à Edvige s’apprête à proposer à tous les citoyens de rédiger eux-mêmes leur fiche de police : il distribuera dans les semaines à venir de faux documents que chacun pourra remplir et adresser aux autorités. Constitué de 700 organisations qui vont de la Ligue des droits de l’homme à Force ouvrière en passant par la Confédération nationale du logement ou Sida Info Service, le collectif a déjà réuni plus de 110 000 signatures électroniques contre le fichage « systématique et généralisé, dès l’âge de 13 ans, des délinquants hypothétiques et des militants syndicaux, politiques, associatifs et religieux« .

Une continuité, selon la Place Beauvau. Pour le ministère de l’intérieur, Edvige n’est pourtant qu’une simple « reprise » du fichier des renseignements généraux (RG) créé en 1991. Un fichier constitué de dossiers papier archivés dans les départements, mais géré par un logiciel central d’indexation : lorsqu’ils souhaitent consulter une fiche, les fonctionnaires du renseignement interrogent l’ordinateur, qui leur indique où se trouve le dossier papier qu’ils recherchent. À la suite de la réorganisation du renseignement, la Place Beauvau, qui a transféré le fichier des RG à la nouvelle direction centrale de la sécurité publique, a toiletté le décret de 1991.

Selon le ministère, l’essentiel des règles fixées en 1991 a été maintenu. Afin d' »informer le gouvernement et les représentants de l’État« , les services de renseignement pourront ainsi continuer à ficher les personnalités politiques, économiques et syndicales et les simples militants : comme en 1991, toutes les personnes ayant « sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique« , ainsi que tous ceux qui, plus modestement, « jouent un rôle » politique, économique, social ou religieux significatif pourront figurer dans Edvige. Le parallèle s’arrête cependant là : avec Edvige, le ministère de l’intérieur étend le champ du renseignement.

Le nombre de personnes concernées par le fichage augmente. Toutes les personnes « susceptibles de troubler l’ordre public » pourront désormais être fichées par Edvige, alors que le décret de 1991 ne mentionnait que celles qui avaient recours à la violence ou qui lui apportaient un « soutien actif« . L’âge minimum requis pour le fichage de ces « futurs délinquants hypothétiques« , comme les appelle la Ligue des droits de l’homme, a changé : alors que le fichier de 1991 ne recensait que les majeurs, celui de 2008 pourra s’intéresser aux jeunes dès l’âge de 13 ans.

Pour le ministère de l’intérieur, cette extension du fichier est liée à l’augmentation de la délinquance juvénile : aujourd’hui, 20 % des mis en cause dans les procédures judiciaires sont des mineurs, souligne-t-il. « Nous sommes confrontés à des phénomènes de bande et à un développement des violences urbaines, affirme son porte-parole, Gérard Gachet. Edvige permettra de faire savoir à ces jeunes qu’ils sont fichés – c’est un peu comme si on leur disait : « Attention, on t’a à l’oeil ! » – et de convoquer leurs parents pour tenter de les remettre sur le droit chemin. »

Cet argument n’a guère convaincu la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) : dans une délibération du 16 juin, elle a – en vain – demandé au gouvernement d' »encadrer » cette collecte et de la limiter dans le temps. « Le droit de changer, le droit à l’oubli doit être assuré pour tous, y compris pour les citoyens de demain« , insistait-elle en juillet.

Les données fichées par Edvige sont plus nombreuses. Le fichier des RG de 1991 permettait déjà de collecter des données « sensibles » comme les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, et l’appartenance syndicale. Edvige y ajoute la santé et la vie sexuelle. « Nous ne pourrons ficher la maladie ou l’homosexualité de quelqu’un que si elle est en rapport avec sa vie publique, affirme M. Gachet. Il sera interdit, par exemple, de mentionner la vie sexuelle d’un élu qui n’évoque jamais publiquement son homosexualité. Il sera en revanche possible de rédiger une fiche sur le responsable d’un mouvement qui défend les droits des homosexuels ou sur une association de malades qui participe à des intrusions violentes dans les préfectures. » Le décret interdit en outre de sortir une liste de personnes à partir des données sensibles.

La CNIL a obtenu que les données concernant l’orientation sexuelle et la santé soient enregistrées de « manière exceptionnelle« , mais elle estime cependant que cette collecte n’est pas assortie de garanties suffisantes. « La commission sera particulièrement vigilante sur ce point et utilisera son pouvoir de contrôle pour s’assurer du caractère pertinent, c’est-à-dire proportionné, de l’enregistrement de ces données« , soulignait-elle en juillet.

Des vérifications encore limitées. Faute de moyens, la CNIL, qui peut demander à tout moment la communication d’un fichier ou l’accès à un programme informatique, n’a pu contrôler qu’une seule fois le fichier des renseignements généraux de 1991. En 1998-1999, elle a ainsi effectué des vérifications sur le logiciel informatique central mais aussi sur un échantillon de dossiers papier : les équipes de la commission se sont rendues dans trois directions départementales et trois directions régionales des renseignements généraux.

Depuis 1999, les équipes de contrôle de la CNIL ont été renforcées. « En deux ans, les effectifs ont été multipliés par deux, ce qui porte désormais le nombre de contrôleurs à dix, précise son secrétaire général, Yann Padova. Avant 2004, nous réalisions une douzaine de contrôles par an, en 2007, nous en avons recensé 167. Ce n’est pas encore suffisant, bien sûr, mais cela devrait nous permettre de faire un jour du contrôle l’un des axes prioritaires de notre action. »

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TROIS OPPOSANTS À EDVIGE S’EXPLIQUENT

Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature :

Le Fichier national automatisé des empreintes génétiques, créé en 1998, comprend déjà des mineurs, mais il ne recense que les personnes qui ont été mises en cause dans une procédure judiciaire. Avec Edvige, la logique est très différente : tous les jeunes qui sont « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public » pourront désormais être fichés. Ces informations seront conservées sans limitation de durée, ce qui est grave : si ce jeune ou ce lycéen postulent, une fois adulte, à un poste qui nécessite une enquête administrative, il pourra se voir opposer sa fiche plusieurs années plus tard.

Cette logique policière est celle d’une société qui a fini par considérer une partie de sa jeunesse, notamment dans les quartiers populaires, comme une menace. Elle est d’ailleurs à l’oeuvre depuis quelques années et elle a abouti au rabotage systématique des spécificités du droit des mineurs.

Anousheh Karvar, secrétaire nationale chargée des questions de société et des libertés publiques à la CFDT.

Les syndicalistes sont déjà confrontés à la répression exercée par leurs employeurs – leurs primes sont souvent supprimées, leurs avancements retardés -, ils seront désormais exposés au fichage policier. Ce que les salariés vivent dans leur entreprise va donc désormais les poursuivre à l’extérieur de cette entreprise. Et s’ils postulent un jour à des fonctions qui nécessitent une enquête de moralité, leur passé militant pourra peut-être les léser, des années plus tard.

C’est un véritable retour en arrière à une période où les syndicats tentent justement d’inciter les salariés à s’engager dans le militantisme et de renouveler leurs cadres. Plus largement, Edvige risque de freiner l’implication des citoyens dans la vie associative, syndicale ou politique.

Alain Piriou, porte-parole de l’Inter-LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans), qui organise tous les ans la Marche des fiertés, à Paris.

En 1982, les fichiers d’homosexuels, établis sous Pétain et conservés, puis nourris après la Libération, ont été définitivement supprimés : d’un point de vue policier, l’homosexualité était banalisée. Avec Edvige, l’Etat refait de la vie sexuelle des citoyens un critère discriminant, un sujet de surveillance policière.

Ces données sont pourtant protégées par la loi de 1978 sur l’informatique et les libertés, qui considère que ces informations sont des données « à caractère personnel » qu’il est interdit de collecter ou de traiter, sauf cas particulier.

Pourquoi le gouvernement s’exonère-t-il de suivre ce texte ? Ce fichier, nous dit-on, permettra aux pouvoirs publics de préserver la sécurité. Mais en quoi la santé et la vie sexuelle troublent-elles l’ordre public ? Ne faudrait-il pas au contraire, face au développement des nouvelles technologies, se montrer encore plus exigeant au sujet des critères pris en compte par les services de police ?


Enfin, Edvige risque d’inciter les policiers à travailler de manière détestable : pour établir leurs fiches sur la santé ou la vie sexuelle, ils seront obligés de violer soit le secret médical, soit la vie privée.

Source : Article d’Anne chemin (Le Monde.fr, 06.09.08) I Trois opposants à Edvige s’expliquent (Le Monde) I Illustration © Luz.

 

La France, mauvaise élève de l’Europe 16.04.08

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La France occupe une position « médiane, et parfois médiocre » au regard des objectifs fixés par l’Union européenne à Lisbonne en 2000, selon un rapport remis, mardi 15 avril, au ministère de l’économie. Rédigé par l’avocat Laurent Cohen-Tanugi, le document pointe que « la France n’atteint que trois des quatorze objectifs identifiés par le Conseil européen » pour faire de l’UE l’économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010. C’est Christine Lagarde, ministre de l’économie, qui avait confié à M. Cohen-Tanugi, en octobre 2007, une mission sur « l’Europe dans la mondialisation« .

Parmi les 27 pays de l’UE, la France est 18e en termes de taux d’emploi, 19e pour la dette publique, 23e pour la croissance et 24e en ce qui concerne le taux de chômage des jeunes. En outre, la Commission européenne estime « très limitées » les mesures prises par la France pour atteindre les objectifs de Lisbonne. La période 2008-2010 représente « une période d’action critique pour la France« , selon le rapport, après une conjoncture politique « peu propice à des réformes d’envergure » de 2000 à 2005.

M. Cohen-Tanugi fixe les priorités pour éloigner la France du risque de « décrochage » par rapport aux pays les plus avancés et aux pays émergents. Priorité numéro un pour la mission : « combler le retard français » en termes de recherche, d’enseignement supérieur et d’innovation pour sortir du modèle d' »imitation » industrielle.

Le rapport insiste également sur la nécessité de mettre en œuvre une réelle « flexicurité » qui n’a pour l’instant été lancée « ni dans son volet sécurité, ni dans son volet flexibilité« . Il préconise l’amélioration des parcours professionnels ainsi que l’assouplissement de la protection de l’emploi. Pour rattraper ce retard, la France n’a, selon la mission, pas d’autre choix que de « réorienter massivement le budget national », notamment par la diminution des aides publiques aux entreprises et l’arrêt immédiat des politiques de réduction fiscale.

Source : Le Monde

 

alain minc 15.05.07

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« Sarkozy et Minc, c’est une longue histoire, depuis les années Balladur. Mais cette histoire est-elle cohérente ? Minc, poète de la mondialisation heureuse et gardien du cercle de la raison, avait théorisé l’alternance entre gauche raisonnable et droite modérée… Le Sarkozy qu’il appuie est franchement de droite. Mais entre l’ami des grands patrons et leur conseiller émérite, va-t-on chipoter ? » (1) (more…)