Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Un blogueur condamné pour diffamation 25.03.08

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Constat déprimant : les gouvernants intolérants qui veulent bâillonner l’internaute sont plus nombreux encore qu’on ne le suppose généralement.

Ainsi, à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne, 17.615 habitants), comme en Chine populaire, quoique par des moyens moins brutaux, on souhaite aujourd’hui faire taire les voix dissidentes qui s’expriment sur le Net. Le député-maire UMP de cette charmante cité balnéaire, Yves Jego, fidèle sarkozyste promu, il y a trois jours, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, a porté plainte pour diffamation, le mois dernier, contre un directeur d’école du nom d’Yves Poey, militant socialiste, qui avait eu le front de le qualifier sur son blog d’« apparatchik ».

Ce mot, passé de longue date dans le vocabulaire des controverses politiques, où il est d’un usage fréquent, désignait, aux temps reculés où le Mur de Berlin coupait le monde en deux, et d’après la définition qu’en donne le Petit Robert, les « membres influents du parti communiste soviétique ».

Yves Jego estime, dans sa plainte, que l’impudent blogueur a « porté atteinte » à son honneur et à sa considération « en assimilant implicitement, par l’emploi du terme péjoratif « apparatchik », le résultat de son parcours d’homme public et de parlementaire au simple résultat de son militantisme au sein d’un parti politique ».

Des méthodes « staliniennes ».

Il est, certes, compréhensible que le député-maire se soit senti blessé par cette référence, mais, problème : lui-même semble parfois s’exonérer, dans le registre justement des allusions à feu l’URSS et sans trop se forcer, de la retenue qu’il réclame pour les autres – comme l’a prouvé le mois dernier sa réaction à l’appel « Pour une vigilance républicaine », lancé par l’hebdomadaire Marianne, et qu’avaient notamment signé François Bayrou, Ségolène Royal et Dominique de Villepin. S’emportant, Yves Jego avait jugé que les signataires voulaient « abattre » Nicolas Sarkozy – ajoutant : « C’est exactement la méthode des procès staliniens ».

Dans son esprit, par conséquent, « apparatchik » est un gros mot, cependant que « stalinien » relève du débat démocratique : faites ce que je dis plutôt que ce que je fais semble être, là, sa philosophie.

Fort de quoi, son avocat, durant l’audience correctionnelle (qui s’est tenue le 13 mars au tribunal de Fontainebleau), a demandé, raconte Yves Poey, que l’usage du Net soit mieux réglementé, et qu’il fallait par conséquent légiférer – car il n’est plus tolérable que des blogueurs subversifs puissent traiter n’importe qui d’apparatchik.

La liberté d’expression ? Oui-da, mais à condition de la consommer avec modération.

Yves Poey, à qui le nouveau secrétaire d’État réclame un euro symbolique, et (tout de même) « 3.000 euros de frais non répétibles », sera fixé sur son sort le 17 avril prochain. Gageons que Nicolas Sarkozy, qui affirme préférer « un excès de caricature à un excès de censure », saura trouver le moyen de lui apporter son soutien.

Article : Bakchich I Illustration © Kerleroux

 

Remaniement : et 3 sarko-promesses envolées, 3 ! 18.03.08

GOUVERNEMENT RESSERRÉ

PARITÉ HOMME-FEMME

OUVERTURE

21 membres le 18 mai, 33 au lendemain des législatives de juin, 38 depuis ce mardi. La promesse d’un gouvernement resserré, faite par le candidat Sarkozy durant la campagne présidentielle, est bien loin. Et que dire de la parité : on ne compte que 13 femmes, soit à peine un tiers. Oubliée aussi l’ouverture chère au Président.

En temps de crise, le chef de l’Etat entend mobiliser. Peu importe donc le nombre, le sexe ou le parti des appelés. Une chute de la popularité, un style qui déplaît et une claque aux municipales ont inspiré à Nicolas Sarkozy une liste de six nouveaux entrants au gouvernement :

Hubert Falco, précédemmment sénateur UMP, est nommé secrétaire d’Etat à l’Aménagement du territoire.
Christian Blanc, précédemment député du Nouveau Centre, est nommé secrétaire d’Etat au Développement de la « Région Capitale ».
Anne-Marie Idrac, précédemment présidente de la SNCF, est nommée secrétaire d’Etat au Commerce extérieur.
Yves Jégo, précédemment député et porte-parole de l’UMP, est nommé secrétaire d’Etat à l’Outre-mer.
Nadine Morano, précédemment députée et porte-parole de l’UMP, est nommée secrétaire d’Etat à la Famille.
Alain Joyandet, précédemment député et secrétaire national de l’UMP chargé des fédérations, est nommé secrétaire d’Etat à la Coopération et la Francophonie.

Pour parfaire le dispositif, les attributions de cinq autres membres du gouvernement sont modifiées. Toujours pour éviter que le remaniement ne soit trop ostensible, aucun ministre ne bouge (seuls ceux qui se voient adjoindre un secrétaire d’Etat observent une modification de leurs compétences). Ne sont là encore concernés que des secrétariats d’Etat :

Laurent Wauquiez, précédemment porte-parole du gouvernement, est nommé secrétaire d’Etat à l’Emploi.
Luc Chatel, précédemment secrétaire d’Etat au Tourisme et à la Consommation, est nommé porte-parole du gouvernement et secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation.
Alain Marleix, précédemment secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, est nommé secrétaire d’Etat aux Collectivités territoriales.
Jean-Marie Bockel, précédemment secrétaire d’Etat à la Coopération, est nommé secrétaire d’Etat aux Anciens combattants.
Eric Besson, secrétaire d’Etat à la Prospective et à l’évaluation des politiques publiques, voit son portefeuille être augmenté par l’Economie numérique.

Au final, au moment de décompter ministres et secrétaires d’Etat, les engagements de Nicolas Sarkozy paraissent avoir fait long feu en matière d’exemplarité gouvernementale :

« Je veux un Etat exemplaire en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte. » (discours de Périgueux du 12 octobre 2006)

« Je gouvernerai avec un gouvernement resserré, de quinze ministres, selon une architecture ministérielle totalement renouvelée. » (projet présidentiel du candidat Sarkozy)

Mise de côté également la politique de l’ouverture, dont se targuait le chef de l’Etat pour vanter la « rupture ». Seul un léger pas vers le centre est opéré de nouveau. Avec Anne-Marie Idrac, ancienne députée UDF (1997-2002) des Yvelines. Et Christian Blanc, député du Nouveau Centre, formation qui fait toutefois partie intégrante de la majorité présidentielle.

Pour répondre aux résultats du scrutin municipal (le PS a remporté 34 villes de plus de 30000 habitants supplémentaires par rapport à 2001), Nicolas Sarkozy n’a pas récompensé que les heureux élus (Laurent Wauquiez et Luc Chatel en tête), il a aussi honoré des responsables de la débâcle de l’UMP (Nadine Morano défaite à Toul, ou encore Alain Marleix, pourtant secrétaire national aux élections du parti). Une manière, en tout cas, de calmer les bancs de la majorité à l’Assemblée nationale, échaudés par la surabondance de textes imposés depuis mai dernier et la récente défaite électorale. D’autant qu’il vont devoir bientôt examiner les délicates questions de la réforme des institutions et des propositions de la commission Attali.

Hostiles à l’ouverture et à l’affaiblissement de leur prérogatives, ils ont été été triplement récompensés : aucun socialiste ne fait son entrée au gouvernement, les six entrants ont tous déjà siégé au Palais Bourbon, et François Fillon a promis ce mardi après-midi aux députés d’oeuvrer pour une « coproduction législative ».

Article : Rue89