Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Edvige : un lifting significatif 06.09.08

Pour tourner en dérision l' »obsession sécuritaire » du ministère de l’intérieur, le collectif Non à Edvige s’apprête à proposer à tous les citoyens de rédiger eux-mêmes leur fiche de police : il distribuera dans les semaines à venir de faux documents que chacun pourra remplir et adresser aux autorités. Constitué de 700 organisations qui vont de la Ligue des droits de l’homme à Force ouvrière en passant par la Confédération nationale du logement ou Sida Info Service, le collectif a déjà réuni plus de 110 000 signatures électroniques contre le fichage « systématique et généralisé, dès l’âge de 13 ans, des délinquants hypothétiques et des militants syndicaux, politiques, associatifs et religieux« .

Une continuité, selon la Place Beauvau. Pour le ministère de l’intérieur, Edvige n’est pourtant qu’une simple « reprise » du fichier des renseignements généraux (RG) créé en 1991. Un fichier constitué de dossiers papier archivés dans les départements, mais géré par un logiciel central d’indexation : lorsqu’ils souhaitent consulter une fiche, les fonctionnaires du renseignement interrogent l’ordinateur, qui leur indique où se trouve le dossier papier qu’ils recherchent. À la suite de la réorganisation du renseignement, la Place Beauvau, qui a transféré le fichier des RG à la nouvelle direction centrale de la sécurité publique, a toiletté le décret de 1991.

Selon le ministère, l’essentiel des règles fixées en 1991 a été maintenu. Afin d' »informer le gouvernement et les représentants de l’État« , les services de renseignement pourront ainsi continuer à ficher les personnalités politiques, économiques et syndicales et les simples militants : comme en 1991, toutes les personnes ayant « sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique« , ainsi que tous ceux qui, plus modestement, « jouent un rôle » politique, économique, social ou religieux significatif pourront figurer dans Edvige. Le parallèle s’arrête cependant là : avec Edvige, le ministère de l’intérieur étend le champ du renseignement.

Le nombre de personnes concernées par le fichage augmente. Toutes les personnes « susceptibles de troubler l’ordre public » pourront désormais être fichées par Edvige, alors que le décret de 1991 ne mentionnait que celles qui avaient recours à la violence ou qui lui apportaient un « soutien actif« . L’âge minimum requis pour le fichage de ces « futurs délinquants hypothétiques« , comme les appelle la Ligue des droits de l’homme, a changé : alors que le fichier de 1991 ne recensait que les majeurs, celui de 2008 pourra s’intéresser aux jeunes dès l’âge de 13 ans.

Pour le ministère de l’intérieur, cette extension du fichier est liée à l’augmentation de la délinquance juvénile : aujourd’hui, 20 % des mis en cause dans les procédures judiciaires sont des mineurs, souligne-t-il. « Nous sommes confrontés à des phénomènes de bande et à un développement des violences urbaines, affirme son porte-parole, Gérard Gachet. Edvige permettra de faire savoir à ces jeunes qu’ils sont fichés – c’est un peu comme si on leur disait : « Attention, on t’a à l’oeil ! » – et de convoquer leurs parents pour tenter de les remettre sur le droit chemin. »

Cet argument n’a guère convaincu la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) : dans une délibération du 16 juin, elle a – en vain – demandé au gouvernement d' »encadrer » cette collecte et de la limiter dans le temps. « Le droit de changer, le droit à l’oubli doit être assuré pour tous, y compris pour les citoyens de demain« , insistait-elle en juillet.

Les données fichées par Edvige sont plus nombreuses. Le fichier des RG de 1991 permettait déjà de collecter des données « sensibles » comme les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, et l’appartenance syndicale. Edvige y ajoute la santé et la vie sexuelle. « Nous ne pourrons ficher la maladie ou l’homosexualité de quelqu’un que si elle est en rapport avec sa vie publique, affirme M. Gachet. Il sera interdit, par exemple, de mentionner la vie sexuelle d’un élu qui n’évoque jamais publiquement son homosexualité. Il sera en revanche possible de rédiger une fiche sur le responsable d’un mouvement qui défend les droits des homosexuels ou sur une association de malades qui participe à des intrusions violentes dans les préfectures. » Le décret interdit en outre de sortir une liste de personnes à partir des données sensibles.

La CNIL a obtenu que les données concernant l’orientation sexuelle et la santé soient enregistrées de « manière exceptionnelle« , mais elle estime cependant que cette collecte n’est pas assortie de garanties suffisantes. « La commission sera particulièrement vigilante sur ce point et utilisera son pouvoir de contrôle pour s’assurer du caractère pertinent, c’est-à-dire proportionné, de l’enregistrement de ces données« , soulignait-elle en juillet.

Des vérifications encore limitées. Faute de moyens, la CNIL, qui peut demander à tout moment la communication d’un fichier ou l’accès à un programme informatique, n’a pu contrôler qu’une seule fois le fichier des renseignements généraux de 1991. En 1998-1999, elle a ainsi effectué des vérifications sur le logiciel informatique central mais aussi sur un échantillon de dossiers papier : les équipes de la commission se sont rendues dans trois directions départementales et trois directions régionales des renseignements généraux.

Depuis 1999, les équipes de contrôle de la CNIL ont été renforcées. « En deux ans, les effectifs ont été multipliés par deux, ce qui porte désormais le nombre de contrôleurs à dix, précise son secrétaire général, Yann Padova. Avant 2004, nous réalisions une douzaine de contrôles par an, en 2007, nous en avons recensé 167. Ce n’est pas encore suffisant, bien sûr, mais cela devrait nous permettre de faire un jour du contrôle l’un des axes prioritaires de notre action. »

.

TROIS OPPOSANTS À EDVIGE S’EXPLIQUENT

Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature :

Le Fichier national automatisé des empreintes génétiques, créé en 1998, comprend déjà des mineurs, mais il ne recense que les personnes qui ont été mises en cause dans une procédure judiciaire. Avec Edvige, la logique est très différente : tous les jeunes qui sont « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public » pourront désormais être fichés. Ces informations seront conservées sans limitation de durée, ce qui est grave : si ce jeune ou ce lycéen postulent, une fois adulte, à un poste qui nécessite une enquête administrative, il pourra se voir opposer sa fiche plusieurs années plus tard.

Cette logique policière est celle d’une société qui a fini par considérer une partie de sa jeunesse, notamment dans les quartiers populaires, comme une menace. Elle est d’ailleurs à l’oeuvre depuis quelques années et elle a abouti au rabotage systématique des spécificités du droit des mineurs.

Anousheh Karvar, secrétaire nationale chargée des questions de société et des libertés publiques à la CFDT.

Les syndicalistes sont déjà confrontés à la répression exercée par leurs employeurs – leurs primes sont souvent supprimées, leurs avancements retardés -, ils seront désormais exposés au fichage policier. Ce que les salariés vivent dans leur entreprise va donc désormais les poursuivre à l’extérieur de cette entreprise. Et s’ils postulent un jour à des fonctions qui nécessitent une enquête de moralité, leur passé militant pourra peut-être les léser, des années plus tard.

C’est un véritable retour en arrière à une période où les syndicats tentent justement d’inciter les salariés à s’engager dans le militantisme et de renouveler leurs cadres. Plus largement, Edvige risque de freiner l’implication des citoyens dans la vie associative, syndicale ou politique.

Alain Piriou, porte-parole de l’Inter-LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans), qui organise tous les ans la Marche des fiertés, à Paris.

En 1982, les fichiers d’homosexuels, établis sous Pétain et conservés, puis nourris après la Libération, ont été définitivement supprimés : d’un point de vue policier, l’homosexualité était banalisée. Avec Edvige, l’Etat refait de la vie sexuelle des citoyens un critère discriminant, un sujet de surveillance policière.

Ces données sont pourtant protégées par la loi de 1978 sur l’informatique et les libertés, qui considère que ces informations sont des données « à caractère personnel » qu’il est interdit de collecter ou de traiter, sauf cas particulier.

Pourquoi le gouvernement s’exonère-t-il de suivre ce texte ? Ce fichier, nous dit-on, permettra aux pouvoirs publics de préserver la sécurité. Mais en quoi la santé et la vie sexuelle troublent-elles l’ordre public ? Ne faudrait-il pas au contraire, face au développement des nouvelles technologies, se montrer encore plus exigeant au sujet des critères pris en compte par les services de police ?


Enfin, Edvige risque d’inciter les policiers à travailler de manière détestable : pour établir leurs fiches sur la santé ou la vie sexuelle, ils seront obligés de violer soit le secret médical, soit la vie privée.

Source : Article d’Anne chemin (Le Monde.fr, 06.09.08) I Trois opposants à Edvige s’expliquent (Le Monde) I Illustration © Luz.

 

de l’Élysée à TF1 23.05.07

https://i0.wp.com/www.danielriot.com/images/medium_solly.jpg

L’arrivée d’un proche de Nicolas Sarkozy à TF1 provoque des remous.

L’arrivée annoncée de Laurent Solly, 36 ans, ex-directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, à la direction de TF1 (groupe Bouygues), soulève un tollé à gauche et chez plusieurs syndicats de journalistes, qui dénoncent une « berlusconisation » du régime. Le groupe Bouygues a annoncé mardi que Laurent Solly, chef de cabinet de M. Sarkozy jusqu’à son départ du ministère de Intérieur en mars, intégrerait « en temps voulu » la direction générale de TF1. Selon une source proche du dossier, il prendra les fonctions de directeur général adjoint de TF1 dans la deuxième quinzaine de juin aux côtés de Nonce Paolini, nouveau patron de la chaîne.

Cette annonce, précédée par une déclaration en ce sens au quotidien Libération du responsable de la communication de l’Elysée Franck Louvrier, a provoqué de vives réactions du PS et du PCF. Les deux partis avaient déjà dénoncé pendant la campagne la « collusion » entre le candidat de l’UMP et les groupes de médias Bouygues et Lagardère, dirigés par des proches de M. Sarkozy.

« On est vraiment dans la méthode Berlusconi et cette collusion des grands médias et du pouvoir politique est complètement indécente », a estimé mercredi Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l’Egalité du Parti socialiste.

Benoît Hamon, porte-parole du PS, affirme pour sa part que « la parole des socialistes est difficilement audible » car « ce que beaucoup craignaient, la collusion entre certains médias et le pouvoir politique, se révèle une réalité ». Le porte-parole du PCF, Olivier Dartignolles, a fustigé une « présidence totalement décomplexée au fort relent berlusconien » qui « se fixe comme objectif (…) d’anesthésier l’opinion publique en contrôlant les grands moyens d’information ».

Plusieurs syndicats sont montés au créneau. Le syndicat national des médias SNM-CFDT craint une « nouvelle ère étouffante pour l’information », évoquant la nomination de M. Solly à TF1 et « le choix de plusieurs éditorialistes de passer du côté des cabinets ». Trois journalistes, Catherine Pégard (Le Point), Myriam Lévy (Le Figaro), et Georges-Marc Benamou (La Provence et Nice Matin) ont été nommés la semaine dernière conseillers de presse à Matignon et à l’Elysée.
« Concentrée, noyautée, la presse court aujourd’hui le danger de devenir bâillonnée », selon la CFDT, qui « souhaite qu’une intersyndicale puisse se former afin d’exercer une vigilance qui apparaît désormais indispensable ».

La CFDT critique également la perquisition au Canard Enchaîné dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Clearstream, les liens entre le président Sarkozy et l’homme d’affaire Vincent Bolloré, ainsi que le retrait d’un article du Journal du Dimanche, propriété de Lagardère, sur l’abstention de Cécilia Sarkozy. Le JDD avait renoncé, le 13 mai, à publier un article révélant que Cécilia Sarkozy n’avait pas voté le 6 mai. Dans une lettre ouverte à Arnaud Lagardère, les journalistes avaient dénoncé une « censure inacceptable ».

Pour le SNJ-CGT, la nomination « choquante » de Laurent Solly va « accroître les soupçons de mise au pas de l’information dans une chaîne déjà largement suspecte d’avoir fait la promotion du candidat de la droite ultralibérale ». Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) a estimé lui aussi « extrêmement choquante » la nomination à la direction de TF1 de Laurent Solly, estimant qu’elle « va mettre un peu plus à mal le lien de confiance entre les citoyens et cette chaîne de télévision ».

Article de Juliette Collen (Afp – Mercredi 23 mai 2007)

Laurent Solly, proche de Nicolas Sarkozy, va rejoindre TF1

Laurent Solly, ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, rejoindra à partir de mercredi le groupe Bouygues avant d’aller « en temps voulu » à la direction générale de la chaîne de télévision privée TF1, a annoncé le groupe de BTP et de communication. « Laurent Solly arrive à la holding du groupe Bouygues à compter du 23 mai 2007. Il y effectuera un parcours d’intégration au sein du groupe », lit-on dans un communiqué publié mardi sur le site internet de Bouygues. « En temps voulu, en accord avec Martin Bouygues et Nonce Paolini, il rejoindra TF1 où il deviendra directeur à la direction générale. Ses missions seront définies à ce moment là », poursuit le communiqué.

Le Parti communiste français voit dans cette nomination une « présidence totalement décomplexée au fort relent berlusconien ». « La toile du président de la République ne se tisse plus dans l’ombre, son réseau notamment au sein de grands moyens d’information se construit désormais au grand jour », accuse mardi dans un communiqué Olivier Dartignolles, porte-parole du PCF. A ses yeux, Nicolas Sarkozy « se fixe comme objectif, facilité par la concentration des groupes de communication, d’anesthésier l’opinion publique en contrôlant les grands moyens d’information ».
Laurent Solly, 36 ans, est inspecteur des Finances.

Source : Reuters – Mardi 22 mai 2007