Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Afrique : Sarkozy jaloux de son rival chinois 24.09.08

Dans son discours à l’ONU le 23 septembre, le président français s’est fait le porte-parole des Occidentaux inquiets de perdre pied sur le continent noir au profit de la Chine.

Du haut de sa chaire, au siège de l’ONU, Nicolas Sarkozy a interpellé la communauté internationale, de la manière franche, directe et sans détour qu’on lui connaît. Mais le plaidoyer qu’il a délivré pour l’Afrique n’a convaincu personne. Pire, il suscite des interrogations qui conduisent au doute et même à la suspicion. Car la rhétorique sonne faux. Outre qu’elle infantilise, elle laisse transparaître une bonne dose de paternalisme suranné qui peine à se cacher. Tout président qu’il est, Nicolas Sarkozy n’a pas mandat pour commander aux Africains la conduite qu’il leur faut tenir. Il n’a pas le droit de se moquer de façon si ostentatoire de l’ensemble du continent africain. Pas plus qu’il n’a le droit de s’attaquer aussi vertement à la Chine (même sans la nommer) alors que, elle aussi, vient offrir ses services.

Derrière l’argumentaire utilisé se laisse deviner sans peine la conviction du président français. Voici des Africains pour lesquels nous avons tout fait, sommes prêts à faire davantage, et qui nous font cependant l’injure (l’infidélité ?) d’accepter de nouveaux amis qui feront bien moins que nous. Autant arrêter le massacre avant qu’il ne commence. La préoccupation de Sarkozy, la vraie, celle qui ne dit pas son nom mais que tout le monde voit, tant elle peine à se dissimuler, est celle de nombreux Occidentaux qui s’effarouchent à la seule pensée que le continent africain puisse basculer et tomber dans l’escarcelle des Chinois. Pour des raisons à la fois idéologiques et économiques. Inquiétude somme toute légitime, car il est indéniable que ce pays prend de plus en plus pied en terre africaine.

Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, la Chine, elle au moins, ne fait pas de chichis. Et tant pis pour ceux qui disent qu’elle n’est pas désintéressée. Qui, en la matière, l’est tout à fait ? Avec elle, au moins, c’est plus simple, plus clair, plus vrai. C’est cela aussi qui la rend populaire. Et c’est sans doute parce qu’elle a multiplié les financements à hauteur de milliards de dollars ces dernières années, en Afrique, dans des projets d’infrastructures et dans bien d’autres domaines, que les Européens constatent, s’inquiètent et s’agitent. Ils trouvent en Sarkozy un illustre porte-parole. Lorsque Sarkozy s’en prend aux « nouveaux bailleurs, qui sont par ailleurs les bienvenus » et qui multiplient l’aide sous forme de projet, il a tout faux. Et il n’est pas loin de penser de l’Afrique qu’elle demeure la chasse gardée d’une Europe qui est prête à tout pour conserver jalousement son bien. Une idée de l’Afrique qui n’est plus de mise, il faut en convenir. L’intention n’est pas de dire ici que le continent n’a pas bénéficié des aides des Européens. Mais l’honnêteté commande aussi de reconnaître que certaines de ces aides fonctionnent à la manière des perfusions qui tiennent le patient tout juste en vie. On évite de le guérir, ainsi on a l’assurance qu’il aura toujours besoin de vous. Même en politique, cela relève du malsain.

Ce n’est sans doute pas une simple coïncidence si l’appel du président français intervient à un moment où le cataclysme subi par les marchés financiers suscite inquiétude et incertitude sur l’avenir économique mondial. L’Europe a-t-elle peur de perdre l’Afrique ? Des « erreurs du passé », il y en a certes eu, mais pas forcément du côté de ceux qu’on croit. L’Europe ne fait pas de cadeaux. Une contrepartie est toujours attendue, visible ou non. Des chefs d’Etat du continent africain bénéficient même à ce jour de la confiance de leur ancienne métropole. A quelles fins ?

L’adage populaire relève du truisme, mais l’occasion sied pour le rappeler : « Il vaut mieux un puits peu profond avec de l’eau qu’un puits profond sans eau« . Si la Chine devenait pour l’Afrique un puits peu profond et avec beaucoup d’eau, il serait irraisonnable que ce continent s’en prive.

Source : Article paru dans Le Pays (Burkina Faso), relayé par Courrier International.

 

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