Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Sarkozy n’aime pas tâter le cul des vaches 23.02.08

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Le Président de la République inaugure le Salon de l’agriculture ce samedi 23 mars à Paris. Une première pour l’élu de mai dernier, qui n’a pas envie de ressembler à Chirac en passant des heures dans les stands à caresser la croupe des bovins et à serrer des mains. Enquête sur le malaise de Sarkozy avec le monde paysan. Et révélations sur les chiffres tabous des subventions aux agriculteurs, très inégalement aidés.

Tâtera ? Tâtera pas ? Nicolas Sarkozy devra sans doute se forcer un peu, samedi matin, en inaugurant le traditionnel Salon de l’agriculture à Paris, en tant que Président de la République. Car ce rendez-vous annuel des veaux, vaches, cochons, mamelles, vins de terroirs et élus de tous bords était, historiquement, le moment sacré, le pré carré, de son prédécesseur à l’Elysée. Jacques Chirac, ancien ministre de l’agriculture, y passait des heures, serrant les louches, goûtant les têtes de veau, tapant le culs des vaches, au milieu des dignes représentants de la fierté rurale, ravis de voir leur filière bénie et leurs produits appréciés au plus haut niveau.

Pas de dégustations prévues au Salon.

Rien de tout cela avec le nouveau chef d’État, qui prend soin de s’éloigner au maximum de la gestuelle chiraquienne. A l’économie médiatique de son prédécesseur, il préfère l’omniprésence. A son exubérance agricole, nul doute que Sarkozy préfèrera la retenue dans les travées du Salon.

Il devrait d’ailleurs venir directement dans le hall principal, pour faire son discours sur les enjeux d’une agriculture moderne. Croisant seulement sur son chemin la belle Volente, la digne représentante de la race Rouge des Prés, exposée dans l’entrée et immortalisée sur l’affiche du Salon, qui pèse tout de même 1100 kilos. « Je pense que le Président ne pourra pas la louper » confie à Bakchich Joseph Chéné, son heureux propriétaire, éleveur à Bécon-les-Granits, dans le Maine-et-Loire, qui vient pour dix jours à Paris.

Aux dernières nouvelles, il n’est donc pas prévu que Nicolas Sarkozy déambule dans les allées du Salon et s’arrête à tous les stands pour goûter tous les produits de la filière agricole tricolore. D’autant qu’il ne boit jamais une goutte de vin et tient à sa ligne diététique.

Mais vu sa chute dans les sondages et la perspective des municipales, il fera peut-être un effort. Histoire d’immortaliser la scène pour les caméras. Rien de naturel en tous cas.

Son seul terroir est Neuilly et il est fâché avec les syndicats agricoles.

En réalité, Sarkozy est assez éloigné du monde agricole. C’est une question de nature, de racine, de culture politique. Il est avocat et ses amis ne sont pas fermiers. La France de Sarko est citadine, pas rurale. Un président qui file en vacances aux Etats-Unis ou en Egypte, qui n’a de résidence secondaire campagnarde qu’à la Lanterne de Versailles, qui n’a de terroir qu’à Neuilly et dans les Hauts-de-Seine, voilà qui ne sent pas vraiment la glaise ni l’étable.

Durant sa campagne, le candidat de l’UMP a eu bien de la peine à faire semblant de s’intéresser aux questions agricoles. Pire : en octobre, le Grenelle de l’Environnement, critique sur les pollutions d’origine agricoles et sur les OGM, deux sujets qui fâchent les agriculteurs, a mis la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) sur la défensive.

Des discordes focalisées sur les OGM.

Ayant accepté durant l’automne un moratoire temporaire sur les OGM, Jean-Michel Lemetayer a poussé une grosse colère, début janvier, lorsqu’il a appris que la France demandait à Bruxelles une clause de sauvegarde sur le Mons 810, l’OGM très controversé de Monsanto.

Durant un rendez-vous à l’Elysée, le 9 janvier, Lemetayer aurait obtenu des assurances. L’examen du projet de loi sur les OGM, qui a débuté au Sénat à partir du 5 février, a permis aux agriculteurs de pousser quelques amendements favorables à leur usage. Le texte doit être examiné à l’Assemblée nationale après les municipales et Bernard Accoyer a fait savoir qu’il n’était pas totalement hostile aux positions des agriculteurs. Au grand dam des écologistes et de certains membres du gouvernement… Mais la FNSEA n’a toujours pas digéré l’affaire. « Il y a une déception dans le monde agricole vis à vis de Nicolas Sarkozy. Elle est née du débat sur le fond et sur la forme, de ce début d’année, sur les OGM » a martelé Lemetayer sur Public-Sénat en début de semaine, afin de se faire bien comprendre.

La réconciliation est délicate. « Le Président de la République va avoir un exercice de rattrapage au Salon, a ajouté le président de la FNSEA. Il va devoir donner des signes forts qu’il est l’homme sur qui on peut compter pour porter la politique agricole sur le plan européen et international. »

Un ministre qui donne des « leçons de PAC ».

Le ministre qui s’en occupe, le brave Michel Barnier, déjà content d’avoir obtenu un maroquin au gouvernement, tente justement de traiter au mieux les épineux dossiers européens, notamment la réforme de la Politique agricole commune. Celle-ci doit faire l’objet d’une « évaluation approfondie » en 2008 avant de probables coupes dans les subventions, qui restent essentielles à la survie des exploitations, comme les données dénichées par Bakchich le prouvent (voir paragraphe suivant).

Barnier a beau multiplier les visites sur le terrain et les plans d’urgence (les pêcheurs, les ostréiculteurs, la filière porcine, la viticulture), sa popularité n’est pas fameuse. Il a beau promettre qu’il va installer son bureau de ministre au milieu du Salon de l’agriculture, durant toute la semaine, et qu’il animera lui-même des « leçons de PAC », il a du mal à ne pas être perçu autrement que comme un « commissaire européen » un brin magistral.

Seule consolation pour le ministre : il aura, lui, le temps caresser le veau qui devrait accompagner la belle star Volente au Salon. Curieusement, ce veau a failli s’appeler Sarko. « J’hésitais sur son nom, s’amuse l’éleveur Joseph Chéné, mais finalement, je l’ai appelé Colombo quand il est né en novembre ». L’inspecteur de police des feuilletons télé est décidément plus populaire que le Président. Même chez les bovins.

27 400 euros de subventions annuelles en moyenne par exploitation.

Le montant des subventions reçues annuellement par les agriculteurs français est un secret bien gardé. Mais Bakchich a déniché quelques chiffres éloquents dans un rapport officiel, paru discrètement en novembre dernier sous l’égide d’un cénacle très sérieux baptisé « Conseil de prospective européenne et internationale pour l’agriculture et l’alimentation ». Celui-ci est piloté par Christian de Boissieu, professeur d’économie à l’Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et président du Conseil d’analyse économique du Premier ministre.

Que dit ce rapport ? Tout d’abord que l’ensemble des « soutiens budgétaires à l’agriculture et aux territoires ruraux se sont élevés à 13,5 milliards d’euros » en 2006, dont 10,8 milliards de soutien aux marchés et revenus des agriculteurs (financés à 91% par l’Union européenne), 2,3 milliards de développement rural (53% de fonds communautaires) et 0,4 milliard pour garantir la sécurité sanitaire (93% financés par l’Etat).

Ensuite, le rapport révèle le montant moyen des subventions, qui étaient de 27 440 euros par exploitation agricole en 2005, et représente à peu près la même somme (98%) que le revenu annuel (courant avant impôts) tiré des activités agricoles sur la période 2001-2005. Autrement dit, les subventions représentent, grosso modo, la moitié des ressources globales des exploitations.

Enfin, ce montant moyen recouvre des disparités énormes selon les activités :

les plus subventionnées sont les cultivateurs de céréales, oélagineux et protéagineux (43 106 euros par an, soit 183% de leurs revenus agricoles), les exploitants de grandes cultures (41 328 euros, 145%), les éleveurs de bovins ( plus de 38 000 euros, 132 à 165%).

Les moins aidés, en revanche, sont les activités de maraîchage (5 944 euros, 16%), la viticulture (de 5 995 à 3 471 euros, de 32% à 7%), ou l’horticulture (1 521 euros, 7%). Les fleurs, c’est pas un cadeau !

Source : Article de Vincent Nouzille paru sur Bakchich I Illustration © baroug