Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Taser X26 : 1/3 des policiers ne sont pas assez formés 18.02.08

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C’est un policier formateur qui sonne l’alarme : depuis des mois, le ministère de l’Intérieur rogne sur les formations au Taser X 26. Les utilisateurs du pistolet à impulsions électriques sont censés apprendre à le manier en deux jours, là où son constructeur en préconise plutôt quatre. La raison ? Le coût de la formation et la nécessité d’équiper au plus vite les policiers. Promesse de Sarkozy !

5000 pistolets à impulsions électriques bientôt en service.

Il a frappé à la porte de Rue89 « parce que la hiérarchie n’écoute pas vraiment les remontées d’information ». Formateur spécialisé au tir, ce policier nous a longuement expliqué pourquoi, à son avis, « un quart à un tiers des fonctionnaires n’ont pas une formation assez longue » pour utiliser correctement cette arme de quatrième catégorie. Or, il y a urgence : le ministère de l’Intérieur a commandé 5000 pistolets Taser X 26, 1100 ont déjà été livrés à la police, 600 à la gendarmerie. L’objectif est d’en avoir un par véhicule.

Petit retour en arrière : en septembre 2005, Nicolas Sarkozy assiste à une démonstration du Taser. Deux dards reliés par un fil électrique développent un arc de 50000 volts qui, aux dires de tout ceux qui l’ont essayé, provoque une « douleur atroce ». En agissant sur le système nerveux, il tétanise les victimes. Séduit par cette arme « à létalité réduite » (un point discuté par Amnesty International), le ministre de l’Intérieur lance un plan d’équipement rapide des forces de l’ordre. Nicolas Sarkozy veut aller vite. En tout, 5000 Taser doivent être mis en service chez les policiers et les gendarmes.

« Une discussion rude avec le ministère de l’Intérieur »

Antoine Di Zazzo, le directeur général de Taser France, ne cache pas son embarras :

« La discussion a été rude avec le ministère de l’Intérieur, ça a été une grande bagarre, car il y a un minimum de choses à savoir avec ces outils de troisième génération. La formation est un point clef. »

Un discours qui colle parfaitement à l’argumentaire commercial de la société. Taser, dit-elle, c’est : « L’arme anti-bavure par excellence. »

A condition de respecter les préconisations d’emploi du fabricant. D’après Di Zazzo, il faut au moins quatre jours pour bien connaître le « produit » et ses effets. La formation consiste notamment à faire essayer le pistolet sur les stagiaires eux-mêmes… « A ceux qui ne veulent pas, on recommande de ne pas l’utiliser. »

Taser recommande une formation en quatre jours…

Quel que soit le pays et les forces de l’ordre, Taser préconise une formation en quatre jours avec briefing technique et questionnaire à choix multiple, pour la partie théorique. Puis, pour la partie pratique, au moins trois tirs : un tir statique sur cible, un autre sur cible mouvante (avec une cartouche inerte) et un dernier tir de simulation sous « stress intense », filmé pour bien analyser les réactions du stagiaire. Antoine Di Zazzo est clair:

« Le minimum, c’est trois tirs, mais au cas où le stagiaire en rate un, nous recommandons d’en faire d’autres, jusqu’à huit tirs. S’il n’y arrive toujours pas, alors il ne faut pas l’autoriser à utiliser le pistolet. »

Le ministère de l’Intérieur confirme, par la voix du commissaire divisionnaire Christophe Fichot, chef du bureau Études de la direction générale de la Police nationale, que la formation au Taser dure deux jours pour « les simples usagers ». D’après notre formateur, sur ces deux jours, la moitié du temps est passée à apprendre l’aspect réglementaire de l’arme. Autrement dit, comment rédiger un procès-verbal dans les formes… Car le Taser est limité au strict cadre de la légitime défense. La fiche d’emploi (voir document) prévient d’ailleurs les policiers:

« Tout usage abusif, c’est à dire non strictement nécessaire et/ou disproportionné, expose l’utilisateur à des poursuites pénales et des sanctions administratives. »

« Mais, le plus important, ajoute le commissaire Fichot, c’est de contrôler les effets du tir, comme la chute de l’individu. Ce n’est pas la question du nombre de cartouches utilisées. » Et de jurer que le coût de la formation n’a jamais conditionné son contenu.

Entre 27 et 37 euros la cartouche

Pourtant, le prix des cartouches de Taser n’est pas tout à fait anodin. Trois modèles différents sont facturés : 27 euros pièce pour la cartouche d’entraînement, 32 euros pour la cartouche « opérationnelle » et 37 euros pour la « longue distance ». Le directeur général de Taser France précise que le ministère de l’Intérieur a acquis 12000 cartouches de simulation, soit une moyenne de cinq cartouches par pistolet.

Dans sa phase expérimentale (de janvier 2004 à fin 2006), le Taser a fait l’objet d’une évaluation de la place Beauvau. Une centaine de cas d’utilisations diverses ont été décortiqués, grâce à la caméra intégrée dans la poignée de l’appareil. En dehors du cas de Virginie Barruel, une étudiante abusivement « tasée » à Lyon en 2005, le ministère de l’Intérieur ne reconnaît aucun dérapage.

Les chiffres de la société sont même beaucoup plus « performants »: dans 92% des usages, la visée laser a suffi à calmer l’individu agité, dans 6% le crépitage (le « clac-clac » annonçant le tir) a été dissuasif et dans 2% des cas il a fallu que les fonctionnaires tirent les dards.

Si personne ne doute de l’efficacité de cette arme, son usage laisse perplexe le spécialiste du tir qui forme ses collègues en deux jours:

« Cela revient à donner une voiture de sport à quelqu’un en lui disant : « Vous n’utilisez que la première et la deuxième vitesse, pas les autres ». »

Un avertissement sans frais, en attendant la bavure… Et Antoine Di Zazzo d’enfoncer le clou lorsqu’il évoque le cas de la gendarmerie :

« Avec eux, pas de souci, ce sont des militaires, ils ont mis les moyens et leurs moniteurs ne dévient pas d’un mot par rapport à nos préconisations. »