Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Jean Sarkozy, dauphin du royaume de Neuilly 11.02.08

Filed under: < Municipales 2008 — eilema @ 11:43
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Simple conseiller municipal de Neuilly, Nicolas Sarkozy avait enlevé la ville au nez et à la barbe du puissant Charles Pasqua en 1983. Mandaté par ce dernier, qui était alors hospitalisé, pour aller draguer un à un les élus de la ville, Sarkozy père a bien fait le tour des popotes… mais pour son compte. On croirait vivre la même scène aujourd’hui (la discrétion avant le coup de force), mais avec le fils Sarkozy.

Entré en campagne sur la pointe des pieds (« Je suis là pour servir Neuilly, pas pour me servir » ), Jean Sarkozy, a fomenté, en concertation avec l’Elysée, le renversement de David Martinon, tête de la liste UMP et porte-parole du Palais.

Une ascension fulgurante qui lui aura permis, quoi qu’il arrive, de se faire une place dans le paysage politique français. En moins de 24 heures, il s’est attiré les foudres de l’opposition (François Bayrou a dénoncé un phénomène de « cour monarchique ») et les louanges de son camp (Patrick Devedjian a dit de lui qu’il avait « beaucoup de talent »). S’il conquiert la mairie cette année ou dans six ans, il sera le plus jeune maire de Neuilly. En 1983, Nicolas Sarkozy avait déjà 28 ans.

Victorieux de David Martinon, le fils du Président pourrait conduire la liste UMP dans le fief familial. Portrait.

Jean Sarkozy en vacances en Egypte, au mois de décembre (Benoit Tessier/Reuters)

Grand, blond, les cheveux longs, il ressemble à son père. Politiquement s’entend. Jean Sarkozy, cadet des fils du Président, fait étalage de toute sa gouaille depuis quelques semaines sur les marchés de Neuilly-sur-Seine. Il faut le voir déambuler dans les allées, serrer les mains, claquer la bise aux jeunes filles comme aux mamies.

A Neuilly, il est chez lui. Il y vit depuis sa naissance, il y a vingt-et-un ans. Jean a d’ailleurs été appelé au côté de David Martinon pour cela. Le porte-parole de l’Elysée, parachuté par le chef de l’État dans la capitale de la Sarkozie pour mener la campagne des municipales, se devait de faire davantage couleur locale. Mauvais sondages oblige.

Le dernier lui a d’ailleurs été fatal. Crédité de 40% des intentions de vote, contre 45% pour son adversaire divers droite Jean-Christophe Fromantin, il a annoncé ce lundi son retrait de la course à la mairie. En cause, une fronde de trois de ses principaux alliés: Arnaud Teullé, Marie-Cécile Ménard et… Jean Sarkozy.

Quand Jean Sarkozy soutenait « à mort » David Martinon

Une fronde qui s’est matérialisée dans le communiqué envoyé dimanche depuis la propre boîte e-mail du fils Sarkozy :

« Nous avons décidé de conduire la liste de rassemblement pour les élections municipales à Neuilly, afin de faire cesser les divergences au sein de la majorité présidentielle sur notre commune. Cette décision résulte d’un certain nombre de désaccords majeurs avec David Martinon. »

Patrick Devedjian a fait savoir ce lundi soir, à l’issue d’une réunion de deux heures à Neuilly, qu’il annoncera mardi qui des trois dissidents mènera la « liste de rassemblement », mais qu’une décision avait déjà été prise « à l’unanimité ». Le secrétaire général de l’UMP s’y colle, pour mieux cacher que toutes les ficelles sont tirées depuis l’Elysée, de la constitution de la liste Martinon jusqu’à la divulgation dudit sondage.

Il n’est pourtant pas si loin le temps où Jean Sarkozy martelait soutenir « à mort » David Martinon. Le 16 décembre dernier, à l’occasion d’une réunion de jeunes militants, le fils du Président introduisait la soirée et montrait son habilité à manier la brosse à reluire :

Nul doute que les anti-Sarkozy ne vont pas tarder à se délecter de ces images aujourd’hui si décalées. Les anti voire les pro, tant la popularité de Jean Sarkozy est grande sur le Web. Histoire de génération. Les midinettes ou midinets qui publient photos surchargées de coeur et commentaires énamourés sont légion.

Sa fiche Facebook compte également plus de 4000 amis. Quant à l’adresse JeanSarkozy.com, elle a évidemment été achetée, mais elle renvoie à une phrase sibylline : « Ce nom de domaine est à la disposition des membres de la famille Sarkozy. »

« Quand son scooter a été volé, on a mobilisé le FBI »

Si Jean n’est pas (encore) connu pour ses prouesses politiques, il n’en a pas moins occupé à plusieurs reprises le terrain médiatique. Pour ses démêlés judiciaires essentiellement. 4 décembre 2007, une cinquantaine de journalistes, dont nombre d’étrangers, font le siège du tribunal correctionnel de Paris. Le fils du nouveau président de la République est accusé de délit de fuite après avoir percuté en scooter, place de la Concorde, l’arrière d’une BMW en octobre 2005.

Le chauffeur de la voiture fait état de difficultés multiples à porter plainte. Son assureur devra mener sa propre enquête pour établir que le conducteur du scooter était Jean Sarkozy. Mais le plaignant, comme les journalistes, en sera ce jour-là pour ses frais : l’audience a été repoussée au 25 juin, après que la Cour a ordonné un renvoi pour « complément d’information » .

Le même plaignant qui pestait à l’annonce de ce report : « Quand le scooter de Jean Sarkozy a été volé, on a mobilisé le FBI. » Volé en janvier 2007 à Neuilly, l’engin avait été retrouvé en moins de dix jours grâce à l’utilisation de tests ADN.

Les pages culture des journaux aussi ont été squattées par le cadet des fils Sarkozy. Avec Sophie Tapie, fille de Bernard, il était annoncé au mois d’octobre dernier à l’affiche de la pièce de théâtre « Oscar ». Il a finalement été remplacé par un autre « fils de », Davy, celui de Michel Sardou, officiellement pour incompatibilité avec son planning d’étudiant.

Car Jean marche partout dans les pas de son père. Comme papa, il fait du droit. Pas dans la peu côtée université de Nanterre, pourtant voisine de Neuilly, mais à la Sorbonne (après un passage en prépa à Henri IV), en deuxième année de licence, avec un an de retard sur ses camarades, qui ne le croisent qu’au moment des exams.

Jean et Pierre, deux « Nappy » (« Neuilly-Auteuil-Pereire-Passy »)

Plus sérieux quand même que son frère Pierre, de deux ans son aîné, l’autre enfant que Nicolas Sarkozy a eu avec sa première femme, Marie-Dominique Culioli. Producteur de rap à la réputation grandissante sous le pseudo de Mosey, Pierre est pourtant copie conforme de Jean, catégorie surfeur blond à cheveux long, tendance « Nappy » (acronyme de « Neuilly-Auteuil-Pereire-Passy » qui désigne la jeunesse dorée de Paris). Mais le plus exposé restait Louis, son demi-frère de 10 ans et fils de Cécilia, que l’on a même aperçu déclarer en meeting : « Bonne chance mon papa. »

Le gène de la politique s’est finalement imposé chez Jean. Avec, là encore, une patente imitation de la figure paternelle. Rien que dans le phrasé. Cette façon d’alpaguer les journalistes, de mettre fin aux questions quand ça le chante. Jusque dans la syntaxe, avec la répétition quasi systématique du sujet : « Les électeurs, ils veulent… »

Décalquée également, l’ouverture si chère au Président. Son fils n’a de cesse de répéter aux jeunes militants qui l’accompagnent à Neuilly les vertus de la méthode :

« Je sais parmi les gens qui sont là qu’il n’y a pas que des gens qui sont UMP. Je sais qu’il y a des gens qui ont une sensibilité différente de la nôtre. C’est très bien d’être différent. »