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Africamania 17 janvier – 17 Mars 2008 02.02.08

Filed under: Agenda Culturel — eilema @ 12:04
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LE PROGRAMME : ICI

50 ans de cinéma africain à la Cinémathèque : les Africains rêvent leur décolonisation dans les salles obscures.

La cinémathèque présente 50 ans de cinéma africain : 80 films, pour la plupart, invisibles en salles. L’événement est suffisamment rare pour qu’on s’y arrête : la dernière rétrospective remonte à 30 ans (Beaubourg) ! Parallèlement, Arte vidéo inaugure une collection dont le premier coffret vient de sortir…

50 ans de cinéma africain : 50 ans d’une lutte tenace menée par quelques cinéastes africains pour mettre la main sur un média importé par la colonisation : le cinéma. Conquête économique d’un marché, combat politique pour un droit à une parole souveraine et lutte idéologique et artistique pour imposer une forme et un langage aptes à montrer une Afrique vue par les Africains, cette histoire débute dans les années 1950 avec les mouvements indépendantistes panafricains. 50
ans plus tard, la lutte est loin d’être victorieuse. « Les toubabs (les blancs) ont créé le cinéma pour amuser leur peuple. Et, comme ils étaient chez nous, ils ont fait des films pour nous amuser. » dit Med Hondo. Et le réalisateur mauritanien de préciser aussitôt d’un air goguenard : « Mais oui, nous aimons bien le cinéma… ».

Les Africains aimaient le cinéma. Quel qu’il fût. Ils voyaient tout, y compris ces films de « toubabs » qui se disaient ethnologues et les étudiaient comme des « insectes », ainsi que le dénonçait Oumarou Ganda, l’acteur de Moi, un noir de Jean Rouch. Ils savaient en rire.
Le continent était devenu un marché juteux pour les distributeurs occidentaux qui l’arrosaient de westerns spaghettis, de films de série B américains ou de Kung-fu.
Les problèmes ont commencé quand les Africains ont voulu faire leur propre cinéma, quand, par exemple, un Oumarou Ganda décide de devenir réalisateur pour répondre à Jean Rouch. Dans les territoires français, depuis 1934, un décret (Laval) leur interdisait l’accès à la réalisation. Et, partout en Afrique, les salles étaient la propriété de distributeurs occidentaux. Le premier film réalisé par des Africains, Afrique-sur-Seine (1955) dut donc être tourné à Paris avec l’aide de l’IDHEC. Le film présente un Paris utopique vu par un étudiant sénégalais qui rêve de métissage des identités. Ses
réalisateurs n’avaient pas obtenu l’autorisation de tourner dans leur pays, le Sénégal !
Il fallut attendre les indépendances pour que s’affirme un cinéma africain, pour que Med Hondo filme l’effroi d’un Africain à Paris (Ô Soleil). Ses réalisateurs étaient d’anciens tirailleurs, comme Oumarou Ganda qui en témoigne dans Cabascabo où il décrit le retour impossible au pays d’un tirailleur envoyé au Vietnam. Ou d’anciens dockers à Marseille comme Sembene Ousmane qui, par le canal de la CGT, part se former à Moscou et réalise, presque dix plus tard, en 1963, le second film africain : Borrom Sarret. Sembene y suit une journée d’un « bonhomme charrette » au cours de laquelle il perd et son argent et sa charrette pour être passé par les quartiers français de Dakar.
Peu à peu, une économie de fortune se met en place. Soutenue par des Français, elle donne naissance à un cinéma d’auteurs, à la française. Jean-Pierre Dikongué Pipa, réalisateur camerounais, avoue que « pour Munamoto personne n’a été payé. Ça a réduit le coût du film ! ». Munamoto ne traite déjà plus de l’Africain colonisé mais du drame de
l’individu en butte à des coutumes dénaturées par des jeux de pouvoir et d’argent. Une nouvelle génération de cinéastes naissait déjà. Celle qui, aujourd’hui encore, revisite l’Afrique par delà la colonisation, invente des récits, où des griots interviennent afin « d’emprisonner le passé pour nourrir le présent et préparer le futur », comme il est dit dans Le Pouvoir du pagne (Adama Drago), ou, au contraire, afin d’invoquer le passé pour renouer avec une souveraineté perdue (Jom d’Ababacar). Celle qui dit le présent d’une Afrique qui cherche les termes de sa relation au reste du monde : ses désirs d’émigration (En attendant le bonheur) ou son retour au pays (Tilaï), sa mise en cause d’un ordre international (Bamako).
« Si l’Africain ne se regarde pas à l’image, il restera dominé, aliéné », disait Sembene. « On ne peut défendre sa dignité si on ne se voit pas à l’écran », disait Hondo. Et c’est précisément le problème auquel se heurtent les cinéastes actuels : en Afrique, les salles sont laissées à l’abandon. Un cinéma africain est né que les Africains n’ont guère l’occasion de voir chez eux, parce qu’il n’y est pas diffusé.

50 ans de cinéma africain : cette histoire héroïque serait un échec si, au Nigeria, au Ghana, au Burkina, une véritable industrie parallèle n’était née : 700 films produits par an, tournés à la va-vite, en vidéo et aussitôt diffusés en vidéo, DVD ou Internet. Ces films-là, la Cinémathèque ne les montre pas mais on peut aussi les trouver à Paris, dans les boutiques de Barbès, et rien ne dit que ce réseau de distribution ne profitera pas au cinéma d’auteurs… Marianne Dautrey

A voir : « Africamania » jusqu’au 17 mars. Le détail du programme est consultable sur http://www.cinematheque.fr.
« Ciné-Club Afrique RFI », Musée Dapper 35, rue Paul Valéry, 75016 Paris.
Coffret « Cinéastes africains » volume 1, Arte Video.
A lire : Cinémas africains d’aujourd’hui, éd. Karthala, coll. : « Les passeports RFI ».