Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Madame, Monsieur, Bonsoir… 31.01.08

Filed under: < Medias — eilema @ 2:25

panama.jpg

Quand Claire Chazal oublie de cacher sa coupe de champagne, certain soir d’élection.
Article de Sylvain Marcelli – 29.01.2008

Allo ? ça te dit un petit tour en Lozère ?
– Pourquoi pas… De quoi on parle ?
Trois minutes sur le dépeuplement de la campagne.
– Banco ! J’en ai déjà tourné un dans les Hautes-Alpes, pour le 20 heures. Il nous faut un cul-terreux, un qui sache pas qui prendra sa succession, et une agence immobilière qui vend aux Anglais « le bonheur est dans le pré ». Si on a le temps, un épicier qui s’apprête à fermer because la grande surface.

Ce dialogue révélateur, qui n’étonnera pas ceux qui s’égarent parfois devant les JT de TF1, est tiré de Madame, monsieur, bonsoir…, un pamphlet écrit par cinq journalistes anonymes, salariés de la chaîne privée (édité par Panama). Autant le dire tout de suite : l’ouvrage n’est ni très bien ficelé (ce n’est pas une enquête) ni très bien écrit (ce n’est pas du Saint-Simon, dommage ça pourrait). C’est une charge, parfois drôle, souvent cruelle, contre les stars du journal le plus regardé d’Europe – la triplette Pernaud, Chazal et Poivre.
Tout cela n’étant bien sûr qu’infâme calomnie : PPDA a répondu aux auteurs de ce livre (qu’il avoue pourtant ne pas avoir encore lu) dans les colonnes d’un journal belge : « Je pense que ceux qui me connaissent savent quoi en penser. »

Champagne pour le président

Certes, le spectacle de la connivence politique n’étonne guère dans un pays où une journaliste couvrant la campagne d’un candidat – pour le Point, cette Pravda de droite – peut devenir sa conseillère dès l’élection gagnée. Mais quand la compromission s’étale avec autant de bêtise, elle suscite indéniablement un regain d’intérêt. Cette anecdote est l’une des plus cruelles du livre. Le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy, « le champagne coule à flots depuis 18h30. (…) Sur le plateau, Claire [Chazal] et Patrick [Poivre d’Arvor] ont voulu également se joindre à la fête et n’ont pas attendu 20 heures pour déboucher le champagne, sous le nez de dizaines de techniciens éberlués par autant d’indécence. C’est ainsi qu’une coupe oubliée sur le pupitre de Claire apparaît à l’écran… »

Plus intéressant encore, le récit d’un échange entre Nicolas Sarkozy et un rédacteur en chef coupable, selon le grand chef UMP, d’avoir diffusé, en août 2006, un reportage trop compatissant à l’égard des sans-papiers de Cachan. « C’est une honte d’avoir laisser passer ce sujet… » dit le ministre de l’Intérieur. « Je n’ai pas de leçon à recevoir d’un homme politique » ose le journaliste. Que se passe-t-il alors ? « D’un air gêné, les dirigeants de la chaîne s’éclipsent quelques mètres plus loin, laissant leur salarié défendre seul l’indépendance de la chaîne – et Dieu sait qu’il y a du travail. »

L’absence de contre-pouvoirs

Véritable bombe pour TF1, ce livre est l’expression d’un malaise profond qui mine la rédaction depuis des années. Il s’ouvre sur le récit d’un séminaire de réflexion interne qui tourne au règlement de comptes : « Infantilisation, caporalisme, cadences infernales, perte de sens, tout y passe. » Les reproches fusent. Celui-ci, révélateur : « Impossible de faire comprendre en reportage que le sujet pour lequel on est parti ne tient plus ; on nous rétorque à chaque fois qu’il est déjà inscrit au conducteur ou que le 20 heures (personne n’ose prononcer le nom de Patrick) y tient beaucoup. »

Madame, Monsieur, bonsoir illustre de manière crue l’isolement des journalistes face aux tenanciers de la maison Bouygues, les Mougeotte (parti depuis au Figaro), Namias et compagnie. Ses auteurs déplorent avec raison l’absence de lieux collectifs pour protester, s’exprimer, prendre position : la société des journalistes a disparu corps et âme à TF1. (Tout comme d’ailleurs le service étranger…) Or, dans une entreprise de presse, comme dans n’importe quelle autre entreprise, l’absence de prise de parole collective des salariés laisse le champ libre à la direction. Mais, qu’on se rassure, tout n’est pas si noir. PPDA l’a dit en conférence de rédaction : « Je suis garant de l’indépendance de la maison. Je défie quiconque de savoir pour qui je vote ! » Nicolas Sarkozy a sans doute une petite idée sur la question : selon notre chef suprême, « la presse française est globalement de gauche ».