Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Mieux vaut être riche et en bonne santé… 21.01.08

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Bruno-Pascal Chevalier est atteint du Sida. En soutien à toutes les victimes de la mise en place de la franchise médicale, il a commencé une grève de soins, dont Nicolas Sarkozy a été informé par lettre recommandée en date du 3 Janvier 2007. Rappel

11 jours après, Nicolas Sarkozy répond (enfin !) à Bruno Pascal. La lettre présidentielle, et la réponse de Bruno-Pascal :

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Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Président de la République.

Bruno Pascal CHEVALIER
17 allée de la résidence du bois pommier
91390 Morsang sur Orge

Monsieur le Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Morsang, le 20 janvier 2008

Objet : Grève de soins contre la franchise « médicale »

Monsieur le Président,

Le soir du 6 mai 2007, place de la concorde, vous avez solennellement déclaré : « Je vous demande de tendre la main. Je vous demande de donner l’image d’une France réunie, d’une France rassemblée, d’une France qui ne laissera personne sur le bord du chemin. »

Pensez-vous, monsieur le Président, qu’en parlant de « responsabilisation des malades », vous encouragez à la solidarité ? Ne désignez-vous pas, par cette seule assertion, les malades comme coupables en laissant supposer qu’ils se comporteraient en consommateurs de soins irresponsables ?

Estimez-vous, monsieur le Président, qu’une personne malade, atteinte de diabète, de sclérose en plaques, du sida, d’un cancer, ou même d’une allergie, d’une grippe, d’une des nombreuses affections virales saisonnières, nécessite d’être « responsabilisée » ?

Dans votre courrier en date du 14 janvier, vous me dites que « les franchises sont assurables par les organismes complémentaires dans le cadre des contrats responsables, qui offre un niveau de protection supplémentaire ». Or, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008 prévoit très clairement que dans le cadre des contrats responsables, les franchises médicales sont à la charge du patient, y compris de ceux qui souffrent d’une affection de longue durée. L’ignoriez-vous ? Vous aurait-on mal informé ?

Par ailleurs savez-vous, Monsieur le Président, combien de personnes, y compris salariées, sont aujourd’hui dans l’incapacité financière de payer une mutuelle, encore moins une assurance ou une complémentaire santé ?

Est-ce innocent, Monsieur le Président, si une fois de plus vous utilisez le terme « responsable » ? Opposez-vous le citoyen « responsable » qui a les moyens de payer une assurance privée à celui qui n’en a pas la capacité… et serait de ce fait « irresponsable » ?

Dans ce même courrier, vous affirmez, Monsieur le Président, que vous assumez votre « responsabilité, qui est de dire la vérité ». J’en prends acte.

Doit-on donc en déduire, puisque vous expliquez, quelques lignes plus loin, que « le vieillissement de la population et l’apparition de nouvelles pathologies exigent des investissements importants. Ce serait une faute de renoncer à nous préparer collectivement à affronter l’avenir. Au fond, ces franchises sont l’expression à la fois de notre responsabilité et de notre solidarité. »… que pour vous, la solidarité se conçoit uniquement à l’intérieur des groupes de population concernée ? Que c’est aux malades de payer pour Alzheimer et pour les autres malades ?

Comment devons-nous comprendre votre définition de la « solidarité », Monsieur le Président, lorsque vous montrez une telle insistance à instaurer ces franchises, illogiques, impopulaires, inhumaines, impossibles à comprendre et à accepter par ces millions de malades qui la vivent comme une « double peine », ces franchises qui devraient rapporter environ 850 millions d’Euros par an… et que, dans le même temps, vous vous montrez si réticent à instaurer une taxe modique sur les stock-options, qui aurait rapporté 3 milliards d’Euros par an de l’avis même de la Cour des Comptes ?

Parfois, Monsieur le Président, les simples citoyens que nous sommes avons du mal à comprendre, y compris votre logique financière…

Que pensez-vous, Monsieur le Président, de l’analyse des médecins qui prédisent une augmentation des dépenses de santé, liée à une prise en charge plus tardive des maladies, à une aggravation de l’état des malades qui, pour des raisons financières, auront renoncé à certains soins ?

Monsieur le Président, vous affirmiez il y a quelques mois : « A tous ceux qui souffrent d’injustice, à tous ceux qui ne se sentent pas respectés, à tous ceux qui ont cru dans d’autres discours que le mien, je veux dire que je serai le président qui combattra les injustices »…

Monsieur le Président, devons-nous comprendre, à la lueur de vos déclarations, de vos actions, de vos décisions, que la santé n’est pas pour chacun un droit, mais une chance… « mais cette chance il faudra qu’il la mérite par son travail » ?

Considérez-vous donc que la santé, on a la chance de l’avoir, ou on doit payer pour la « mériter » ?

Estimez vous que ceux qui payent une assurance complémentaire méritent d’être plus et mieux soignés que les autres ?

Monsieur le Président, au nom de tous les malades, au nom de tous les citoyens en bonne santé qui sont des malades potentiels, au nom de tous ceux qui n’arrivent plus à vivre décemment, encore moins à avoir accès aux soins indispensables, de tous ceux qui ne sont pas, comme moi, en grève des soins, mais en « arrêt non désiré de soins » faute de moyens financiers, « Je vous demande de tendre la main. Je vous demande de donner l’image d’une France réunie, d’une France rassemblée, d’une France qui ne laissera personne sur le bord du chemin »

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées.

Bruno-Pascal CHEVALIER

Copie : AFP, ACT UP, AIDES, Le Parisien, L’Humanité, Politis, …