Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

L’entêtement français pour une tête maorie 14.01.08

Filed under: < Culture — eilema @ 4:04

La France ne rendra pas la tête de guerrier maori conservée par le musée de Rouen. Une attitude que regrette le New Zeland Herald car, avant d’être une œuvre d’art, cette toi moko est un reste humain.
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La décision du maire de Rouen, Pierre Albertini, de restituer à la Nouvelle-Zélande une tête de guerrier maori tatouée et momifiée semblait consensuelle. Il s’agissait d’un geste d’apaisement, précise l’élu, et d’une condamnation du commerce de restes humains datant de l’époque coloniale. Une trentaine d’institutions dans le monde ont déjà engagé des démarches similaires depuis la demande de rapatriement formulée par le gouvernement néo-zélandais en 1992. L’année dernière, l’université écossaise d’Aberdeen a ainsi restitué neuf têtes de guerriers maoris momifiées et tatouées. La généreuse initiative du maire a pourtant été torpillée par les autorités françaises. La France n’a jamais rendu de tête maorie et le ministère de la Culture, s’appuyant sur une décision du tribunal administratif de Rouen, le 27 décembre 2007, a bloqué tout transfert de la toi moko [tête tatouée] offerte en 1875 au musée d’Histoire naturelle de la capitale normande par un collectionneur français.

Le problème semblait d’abord se limiter à une question de procédure. Le ministère reprochait aux responsables de Rouen de n’avoir pas préalablement consulté la commission scientifique [chargée de statuer sur la sortie de pièces appartenant aux collections nationales], comme l’exige la loi. Le ministère a fait valoir que ces trésors font désormais partie du patrimoine national français. Cet argument, aussi faible que moralement inacceptable, ne tient pas compte des protestations des Maoris sur le honteux commerce de restes humains, qui n’a été interdit qu’en 1831 par les autorités britanniques. Pis encore, la France n’a aucune raison valable de se montrer aussi condescendante que certains musées qui refusent de restituer des pièces étrangères. Le plus célèbre d’entre eux est le British Museum, qui refuse depuis toujours de rendre les frises du Parthénon aux autorités grecques. Au cours des dernières années, la Grèce est pourtant parvenue à récupérer plusieurs chefs-d’œuvre conservés en Allemagne ou en Suède. Mais les autorités britanniques rejettent les demandes de la Grèce, arguant que le British Museum est un musée universel des civilisations humaines alors qu’en Grèce la frise du Parthénon ne serait présentée « que » comme un trésor national.

De leur côté, les Français ne peuvent même pas utiliser l’argument d’une présentation plus « universelle ». Dépourvue de toute notice explicative, leur tête de guerrier maori n’était visible qu’à Rouen, dans un musée de province donc, et encore pas depuis la fermeture du musée, en 1996. Ce n’est qu’en parcourant les inventaires à l’occasion de la réouverture du musée, en février dernier, que les conservateurs ont retrouvé la trace de la tête maorie. Le conseil municipal, propriétaire du musée, a immédiatement décidé cette juste restitution et avait reçu le soutien du ministère de la Recherche. C’est alors que le gouvernement a stoppé la procédure. La véritable motivation des autorités françaises est naturellement d’éviter la multiplication des demandes de rapatriement de trésors nationaux alors que les musées français regorgent notamment de pièces égyptiennes ou précolombiennes de grande valeur.

Heureusement, les pays qui tiennent ce raisonnement sont de plus en plus isolés. L’heure est à la restitution et au respect d’une certaine éthique muséologique. Dans ces circonstances, la France devrait avoir honte de faire de cette tête maorie un exemple. Cette toi moko ne lui a jamais appartenu, elle ne lui appartiendra jamais et il est temps de la rendre à ses véritables propriétaires.

The New Zealand Herald in Courrier International