Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Kadhafi, un invité gênant pour la France 12.12.07

Filed under: < International — eilema @ 9:42

kadsark.jpg

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a entamé le 10 décembre une visite officielle de cinq jours en France au cours de laquelle il doit rencontrer des représentants politiques, des hommes d’affaires et des intellectuels. Sa présence suscite une vive polémique, le président français Nicolas Sarkozy étant accusé de privilégier de juteux contrats commerciaux au détriment du respect des droits de l’homme.

Le Monde (France)

Le quotidien estime que « la hâte à recevoir [Kadhafi], les prévenances dont il est entouré pour une bien longue visite donnent à la France un rôle peu glorieux. En ne posant aucune condition à l’approfondissement de sa relation avec Tripoli, Paris accorde un blanc-seing à un vieux dictateur dont le principal atout semble tenir à ses réserves de pétrodollars. A la différence d’Angela Merkel, qui défend les droits de l’homme et les principes démocratiques en tous lieux et quel que soit son interlocuteur, M. Sarkozy profite de l’incapacité de l’Europe à adopter une position commune sur ces questions pour se « placer » auprès des dirigeants les moins respectueux des libertés. Il n’est pas anormal d’avoir un dialogue avec la Libye, pays qui compte sur la rive africaine de la Méditerranée. Mais le langage de la France semble contraint par l’accord, resté mystérieux, qui a présidé à la libération des infirmières, le 24 juillet. »

Corriere della Sera (Italie)

« La diplomatie est l’art des nuances et Sarkozy ne connaît pas les demies mesures », note le politologue français Dominique Moïsi, chercheur de l’Institut français  de relations internationales (IFRI), dans une interview réalisée par Massimo Nava. « Sarkozy en fait trop ou pas assez. La diplomatie n’est pas son fort et les polémiques sont justifiées, non seulement à cette occasion. Je pense aux embrassades avec [George] Bush, les félicitations adressées à Poutine. Cette visite en grande pompe aurait dû être plus discrète (…). Tout cela a une logique : l’image de Sarkozy est celle du président des grandes entreprises. Sa diplomatie est une diplomatie mercantile. Elle peut être légitime et faire du bien à l’économie, mais il faut le dire sans hypocrisie. Sarkozy avait promis plus d’Europe, mais il me semble qu’il y a surtout plus de France dans sa vision. »

La Vanguardia (Espagne)

Aux protestations attendues de la gauche française contre la venue de Khadafi se sont ajoutées celles de Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, qui a déclaré que la France « n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits ». Pour le quotidien, « une partie de la France conserve ses principes moraux en défendant les droits de l’Homme et, pour elle, la présence de Kadhafi n’est pas simplement gênante. Elle constitue un véritable affront. En plus de se réunir avec Sarkozy, Kadhafi se rendra aussi à l’Assemblée nationale, le temple de la démocratie française, et nouera des contacts avec le patronat. Le dirigeant libyen arrive avec 10 milliards d’euros pour acheter des avions Airbus, une centrale nucléaire et des armes. Décomplexé, le président français a justifié cette invitation par le fait que Kadhafi est à nouveau respectable (…). »

Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne)

Selon Joseph Hanimann, « le jeu diplomatique mouvementé, auquel Nicolas Sarkozy, fidèle à son mot d’ordre de rupture, soumet la conscience morale de les intellectuels le soutenant, atteint un nouveau point culminant à l’occasion de la visite de cinq jours du colonel Kadhafi. Des intellectuels comme André Glucksmann avaient l’habitude de voir leurs protestations ne susciter guère de réactions ou, à la rigueur, être accueillies avec dédain par la classe politique. L’obstination et la suffisance dont font preuve Nicolas Sarkozy et ses collaborateurs pour imposer leurs décisions viennent semer le trouble parmi les schémas intellectuels classiques. C’est ainsi que les critiques les plus sévères de la visite du chef d’Etat libyen ne viennent pas d’intellectuels, mais du gouvernement lui-même. Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, a été claire sur ce point en affirmant que la France n’était pas un paillasson sur lequel un dirigeant pouvait venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. Ces propos feront l’effet d’une formule miracle parmi tous les opposants à cette visite officielle. »

Courrier International