Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Comment les alliés de Sarkozy ont touché le jackpot à Tahiti 11.12.07

Les ex-UDF ralliés à Nicolas Sarkozy ont enfin trouvé le moyen d’accéder au financement public des partis : en signant une convention de partenariat avec Fetia Api, minuscule formation politique de Polynésie française. Décryptage.

Enfin, car les 21 députés du Nouveau Centre s’étaient cassés une première fois les dents fin octobre en essayant de faire modifier la loi sur le financement des partis datant de 1988. Ne satisfaisant pas aux critères légaux à l’issue des dernières législatives, ils voulaient que la dotation soit également allouée aux formations comptant quinze députés ou plus. La proposition de loi avait cependant été ajournée sine die devant la virulente opposition du PS et du MoDem au sein de l’hémicycle.

Mais les nouveaux meilleurs ennemis de François Bayrou ont très vite échafaudé une nouvelle stratégie, profitant d’une législation plus souple outre-mer. La convention avec Fetia Api, négociée depuis un mois, a été passée la semaine dernière. De justesse : ils avaient jusqu’au 30 novembre, date de clôture du dépôt des demandes de financement public pour les partis politiques.

Un partenariat financier « gagnant-gagnant ».

Un stratagème dénoncé par le MoDem. Pour le député Jean Lassalle, ce financement « exotique […] n’est pas tellement à l’honneur » des centristes et « ne rend pas très crédible la politique ».

Le Nouveau centre assume. Pour le chef de file du parti, le député François Sauvadet, c’est même plutôt à François Hollande et à François Bayrou de devoir « s’expliquer devant les Français », puisque le PS et le MoDem ont refusé de « changer la loi ».

Il s’agit d’ailleurs d’un accord « gagnant-gagnant », selon le Nouveau centre. Et ce n’est rien de le dire, quand on se penche d’un peu plus près sur la loi de 1988. L’enveloppe du financement public consécutif aux législatives se compose deux parties. La première distribue 1,63 euros par voix aux partis qui ont satisfait aux exigences légales minimum (1% des voix dans 50 circonscriptions en métropole, et seulement 1% des voix sur l’ensemble des territoires en outre-mer). Exigences satisfaites par le Fetia Api, mais pas par le Nouveau Centre.

Un jackpot inespéré de plus de 900 000 euros.

Or ce critère constitue une condition sine qua non pour accéder à la deuxième partie de l’enveloppe, autrement plus intéressante : les partis reçoivent 44 394 euros par député et sénateur ralliés. Le Fetia Api n’en compte pas, le Nouveau centre si. L’équation était donc la suivante : le Nouveau centre et le Fetia Api remplissaient chacun une des deux conditions, mais sans pouvoir accéder à l’enveloppe financière (excepté 1 664,23 euros pour le Fetia Api, après les 1 021 suffrages recueillis en juin). Mais en s’alliant, c’est le jackpot : au total, les deux partis vont se partager au moins 900 000 euros !

« C’est sûr que c’est légal… », indique-t-on à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), avant de glisser dans un sourire: « Nous ne faisons pas de commentaire sur le procédé. » Même sourire en coin du côté du sénateur Christian Cointat, rapporteur du projet de loi actuellement en débat au Parlement sur « la stabilité des institutions et la transparence de la vie politique en Polynésie française ». Si le texte n’aborde pas la question, l’élu UMP ne peut s’empêcher de remarquer :

« En France, quand on a des problèmes de financement de parti, on arrive toujours à trouver des solutions. Même si la méthode se révèle assez particulière. J’aimerais qu’on fasse preuve d’autant d’imagination pour régler tous les problèmes… »

Même particulière, la méthode convient toutefois parfaitement à Fetia Api. Il faut avouer que la somme de 30 000 euros qu’il va recevoir (et non 20 000 comme indiqué par le Nouveau Centre) n’est pas énorme comparé aux 900 000 euros versés aux deux partis… mais représente une manne inespérée par rapport aux 1 664,23 euros initialement attendus. De quoi retrouver un sourire perdu après les dernières législatives : la formation polynésienne était passée de 16 416 voix en 2002 à 1 021 voix en 2007.

« Je m’interrogeais sur la légalité de la procédure ».

D’autant que cet accord contient aussi un « volet politique », révélé par le quotidien local Les Nouvelles de Tahiti : la convention fixe également les relations entre les deux partis. Le Nouveau Centre s’engage à être le porte-parole de Fetia Api à Paris. Et un soutien croisé est acté pour les rendez-vous électoraux à venir.

Largement de quoi satisfaire Philip Schyle, le président de Fetia Api, qui avait pourtant lui aussi quelques réticences au départ, comme expliqué à l’agence Tahiti Presse :

« Cela a été une grosse surprise pour moi. […] J’ai eu une discussion avec Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin [du Nouveau Centre] car je m’interrogeais sur la légalité de la procédure. Il n’y a pas de difficulté particulière, mais c’est vrai qu’au départ j’étais un peu rétif. Je trouvais un peu bizarre qu’un parti national puisse être financé de cette manière. »

La dernière prise du Nouveau Centre dans les rangs bayrouistes apparaît donc comme la plus belle. François Bayrou n’avait pourtant ménagé ses efforts envers le petit parti polynésien, lui qui était venu le soutenir en juin en participant à un colloque et en attribuant l’étiquette MoDem à un des deux candidats du Fetia Api aux législatives.

Comment les alliés de Sarkozy ont touché le jackpot à Tahiti ? Article de Julien Martin publié le 27/11/2007 sur Rue89