Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

La presse européenne juge les grèves 23.11.07

Filed under: < Emploi — eilema @ 5:47

© Afp

Après plus d’une semaine de conflits dans les transports, les commentateurs de toute l’Europe ont pris leur plume. Les uns pour fustiger une « vieille France » accrochée à ses privilèges. Les autres pour comprendre ce qui se joue. (Courrier International)

VU D’ITALIE •  Suivons l’exemple des Scandinaves.

En France, la grève des cheminots a été prolongée sous la pression de la base. Le mouvement a désorganisé le système des transports et suscité la sympathie d’une partie importante de la population. En Allemagne, la grève des transports n’a pas encore trouvé d’issue et est en train de bloquer lentement l’économie. Dans les deux principaux pays de la zone euro, les gouvernements se révèlent donc impuissants à concilier les impératifs de gestion des finances publiques avec des solutions sociales acceptées par une large majorité.
Cette inefficacité des mécanismes traditionnels s’explique au moins partiellement par l’effet conjugué de la mutation des modes de production et du vieillissement de la population, qui fait glisser les ressources du travail vers le capital et la société des jeunes vers les vieux. Ainsi se créent de nouvelles exigences auxquelles les politiques économiques traditionnelles ne savent pas donner de réponses efficaces. Le poids des acquis sociaux qui subsistent (et des dettes accumulées au fil des années pour les assurer) freine la croissance économique, et une croissance économique poussive rend problématique le maintien du système social. C’est dans ce cercle vicieux que se débattent tous les pays du Vieux Continent.
Alors que le malaise se répand, les gouvernements avouent leur impuissance et l’on voit fleurir les réponses dures et solidement argumentées des diverses catégories, comme le montrent les grèves en France et en Allemagne, mais aussi en Italie. On en arrive donc à une conclusion franchement décourageante : les politiques budgétaires actuelles ne mènent nulle part, elles ne parviennent pas à modifier suffisamment la trajectoire des vaisseaux financiers de chaque pays, qui se dirigent tout droit vers les écueils du socialement-inacceptable.
Il faut construire de nouvelles garanties sociales, applicables à tous les citoyens, au lieu de maintenir en vie les garanties existantes, une tentative vouée à long terme à l’échec. En ce sens, l’expérience des pays ­scandinaves, avec la garantie du travail et l’obligation parallèle pour les travailleurs d’accepter, à certaines conditions, le travail qui leur est proposé, constitue un exemple à suivre avec attention. Si au contraire, à Rome comme à Paris ou à Berlin, les gouvernements continuent à s’avouer impuissants, il sera de plus en plus difficile de prendre toute décision de politique économique vraiment significative.

Mario Deaglio
La Stampa

VU D’ESPAGNE •  Il faut changer ou disparaître.

D’un côté, nous avons Sarkozy, décidé à engager sa réforme libérale, avec pour objectif de ne pas rater le train d’une mondialisation qui s’accélère. De l’autre, des syndicats corporatistes, accrochés aux pis de l’Etat. Le match s’annonce féroce, mais il pourrait s’avérer truqué. Sarkozy n’agit pas en libéral, mais en petit empereur. Un empereur sans empire : il s’est démené en Libye, il la ramène au Tchad. Mais la mondialisation ne fait pas de cadeau.
La francophonie se languit. Le monde globalisé est de moins en moins perméable à la langue de Montaigne, de Napoléon et de Sartre, et chaque jour davantage à l’anglais. Et pour des raisons différentes, à l’arabe et au chinois. Et à l’espagnol, la langue qui progresse le plus dans le monde.
Les causes de l’entropie française sont nombreuses. Il suffira de se rappeler, en laissant de côté l’ouragan de la mondialisation, les deux plus importantes. En premier lieu, la crise de l’identité française, qui se sent menacée et exprime son inquiétude par des arguments à la fois antagoniques et convergents. Les milieux les plus réactionnaires et les cercles les plus raffinés de la rive gauche* s’accordent à reconnaître le danger des barbares du Sud. Des barbares qui peuvent balayer la vieille tradition française, ce qui inquiète non seulement ceux qui un jour ou l’autre ont voté Le Pen, mais aussi un nombre non négligeable de gaullistes. Des barbares, enfin, dont la religiosité menace d’affaiblir la culture laïque héritée des Lumières.
Le deuxième facteur d’entropie française est la crise de l’Etat jacobin, qui s’est fossilisé jusqu’à devenir une tortue géante, épouvantablement lente et boursouflée. Une tortue obèse qui, protégée sous sa carapace, rêve de résister aux changements vertigineux de notre époque. Un Etat-ordinateur, centralisé, incontestable. Un Etat tutélaire et omniprésent qui a poursuivi dans la voie tracée par la monarchie absolue. Fondé sur la solide et impeccable structure de la fonction publique, sur la prééminence de l’intérêt général et les sacro-saintes valeurs de la Révolution, l’Etat français ne parvient pas à intégrer le mélange racial et culturel qu’abrite aujourd’hui son territoire. Il ne s’agit pas tant de réformer cet Etat, de le rafistoler par des mesures plus ou moins libérales, que de le repenser de fond en comble.

* En français dans le texte.
Antoni Puigverd
La Vanguardia

VU DES PAYS-BAS •  L’Europe attend des réformes.

Ce n’est certainement pas la première fois que la “rue” se révolte contre l’élite à Paris. En 1995, les syndicats ont eu le dessus, en mettant le pays à plat pour protester contre les réformes d’Alain Juppé… qui finit par plier. Nicolas Sarkozy, lui, est d’une autre trempe. Il s’est même rendu parmi des cheminots en colère pour leur dire que le maintien de leurs généreuses prestations de retraite était une injustice sociale vis-à-vis des ­autres travailleurs.
Et il a raison. Contrairement aux Pays-Bas, la France n’a pratiquement pas constitué de cagnotte pour payer les retraites. Or, avec le vieillissement croissant de la population, leur coût grimpe à un rythme effréné. Et la France est déjà très critiquée par les autres pays de la zone euro en raison de la mauvaise santé de ses finances.
Les syndicats défendent les régimes spéciaux car ils craignent que beaucoup de réformes plus poussées ne suivent. C’est une crainte justifiée. Sarkozy va devoir s’efforcer d’assouplir le marché du travail en France. Il est grand temps que les syndicats participent à la reforme de l’économie française. C’est aussi dans l’intérêt du reste de l’Europe. Si Sarkozy perd la partie en France, ce sera d’autant plus difficile de poursuivre les réformes ailleurs en Europe.

Trouw

VU D’ALLEMAGNE •  Le danger des petits syndicats.

Proche des chrétiens-démocrates d’Angela Merkel, la Frankfurter Allgemeine Zeitung explique les dangers que représentent les petits syndicats – à l’exemple de la France. Qui souhaite voir plusieurs syndicats rivaliser dans une branche ne devrait pas uniquement regarder du côté de l’Allemagne, où les conducteurs de train du petit syndicat GDL revendiquent un accord salarial indépendant du reste des cheminots. Le cas français est encore plus révélateur, car la coexistence et la concurrence entre syndicats et confédérations y est une tradition. La grève des cheminots français se cristallise sur une réforme des régimes spéciaux de retraite. Ces privilèges étant une insulte à l’idée de justice, les principales confédérations, la CGT et la CFDT, seraient prêtes à négocier. Or leurs bases à la SNCF sont poussées dans leurs retranchements par de petits syndicats, partiellement aux mains de trotskistes et autres extrémistes de gauche, qui sont opposés à la négociation. Cela conduit à une radicalisation qui risque de faire échouer tout compromis. Dans le secteur privé, où les entreprises doivent affronter la concurrence, les salariés en ont tiré les conséquences : le taux de syndicalisation tend vers zéro.

Günther Nonnenmacher
Frankfurter Allgemeine Zeitung

VU DU ROYAUME-UNI •  Un nouveau mai 68 ?

Impressionnante, la une de The Independent consacrée aux grèves du 20 novembre. Et l’article de John Lichfield ne l’est pas moins, qui parle de “grèves, sabotage, arrestations d’étudiants. Transports, écoles et hôpitaux bloqués. Aucuns quotidiens dans les kiosques et des usines qui ne sont pas livrées.” Ce “mardi noir” français est-ce “la journée thatchérienne de Nicolas Sarkozy” ou “un nouveau mai 1968” ? Est-ce le moment “où la nouvelle France promise au printemps dernier par un président combatif et fraîchement élu essaie de s’imposer face à une vieille France, souvent charmante, mais embourbée dans sa culture des manifestations, des reculades gouvernementales et des généreux acquis sociaux ?” Ce qui est certain, c’est que “quelque chose se joue en ce moment en France”.

The Independent

Articles compilés par Courrier International.