Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Rachida Dati tempête contre L’Express 01.11.07

https://i1.wp.com/www.rue89.com/files/dati_dipl__mes.jpg © Soph / Rue89

L’article de L’Express.

La garde des Sceaux accuse L’Express d’avoir monté en épingle « l’affaire » de son diplôme manquant, dans le dossier consacré à la « face cachée » de la ministre – elle ne conteste pas le fond de l’enquête mais la reprise qu’en ont fait certains confrères. Rachida Dati a piqué une grosse colère, allant jusqu’à traiter notre journal de « raciste ». La réponse de Christophe Barbier :

Mercredi 24 octobre, la Une de L’Express consacrée à Rachida Dati et à sa « face cachée » est disponible. Au cabinet de la garde des Sceaux, on en fait une lecture rapide, un conseiller envoie même un texto rassurant à la ministre et me passe deux coups de fil apaisés : l’enquête est jugée intransigeante, mais honnête. « C’est la vérité », conclut une collaboratrice. Une précision est apportée quant au « diplôme mystère » de Dati : si elle n’a pas eu le MBA HEC-ISA dont elle a suivi le cursus, c’est parce qu’un problème privé, lié à son mariage, l’a empêchée de participer à un ultime séminaire. Elle a cherché à en être dispensée, l’école a refusé, elle racontera l’incident dans son livre à paraître sur sa vie.

Les jours suivants, tout s’emballe : plusieurs sites Internet, notamment celui du Nouvel Obs, évoquent un « diplôme falsifié », que la ministre aurait utilisé. L’Express n’a jamais écrit cela, ne faisant mention que du rapport rédigé, à propos de son dossier de candidature à l’Ecole nationale de la magistrature, par ceux qui l’ont étudié à l’époque : il y est précisé qu’elle a « obtenu » le MBA en question. Madame la ministre, avec un curieux sens des priorités et un sang-froid très limité, remue ciel et terre contre L’Express. Plutôt que de s’en prendre uniquement aux sites Internet qui ont extrapolé sur notre information et repris des rumeurs, elle n’a de cesse d’obtenir un démenti pour une assertion que L’Express n’a pas formulée !

Elle s’inquiète surtout parce qu’elle croit et craint la parution dans L’Express suivant du contenu de son dossier. Elle menace même de diligenter une enquête pour savoir où ont eu lieu les fuites sur ce dossier de candidature. Pourquoi cette peur, puisqu’elle n’a rien à cacher et qu’elle n’a pas usurpé de diplôme ? Si les magistrats qui ont évalué son dossier lui ont attribué un peu vite un diplôme, alors qu’elle n’avait que le niveau d’études correspondant, le mal est bénin. Pourquoi ne rend-elle pas public le dossier en question ?

Elle préfère faire appeler L’Express par son entourage, et lui demande de relayer des menaces incroyables : « Je vais aller à la télévision dire que c’est un journal raciste ! » Allons donc : raciste, le journal d’Albert Camus et de Raymond Aron ? Plusieurs magistrats sollicités, dont les plus importants de la hiérarchie, interviennent pour expliquer qu’il ne faut pas, qu’il faudrait… Un intellectuel de gauche de ses amis est à son tour activé, mais il ne donne pas suite… Enfin, c’est un avocat fameux, qui ne veut pas être le sien (il n’est pas, loin de là, sarkozyste), mais accepte de se faire intercesseur le temps d’un week-end. Subtil et calme, il tempère cette déferlante. Pendant ce temps, le site du Nouvel Obs publie une mise au point spontanée du magistrat qui assurait le suivi des sélections de candidats à l’ENM quand Rachida Dati postula, et explique quel dysfonctionnement du système de validation a pu entraîner l’annotation litigieuse…

À la fin de ce psychodrame, la ministre ne demande plus rien. Il semble à le lire que le Canard enchaîné ait subi pareil déluge d’interventions dissuasives, plus ridicule qu’effrayant. Le Point reprend, lui, sous la plume de Franz-Olivier Giesbert, l’argument de Dati : si on la critique, c’est qu’on est raciste… La Une du Point reprend les bonnes feuilles du livre de la Garde des Sceaux, qui ne devait paraître chez Grasset que le 13 novembre. Dans l’urgence, elle a trouvé un organe de presse docile et véloce pour porter sa défense. « La voix de son maître » est toujours un slogan valable.

Demeurent plusieurs questions : est-il raisonnable de réagir ainsi quand on occupe un des plus hauts postes de l’Etat ? La garde des Sceaux a-t-elle les nerfs pour une telle fonction, elle qui a incontestablement le caractère trempé qu’il faut pour faire de la politologie ? Qu’y a-t-il exactement dans son dossier de candidature à l’ENM ? Quelle conception exacte a t-elle de l’indépendance de la presse ?

Christophe Barbier, dans L’Express.