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La lettre de Guy Môquet analysée par un psychiatre 22.10.07

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Le Monde du 19.10.07

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En tant que responsable du pôle aquitain de l’adolescent au CHU de Bordeaux, que pensez-vous des réactions que pourrait susciter la lettre de Guy Môquet auprès de lycéens ?

En lisant la lettre de Guy Môquet, j’ai été frappé par ses similitudes avec les lettres d’adieu de jeunes qui veulent se suicider ou qui l’ont fait. Aujourd’hui, un adolescent qui voudrait en finir n’écrirait pas autre chose que ce qu’a écrit Guy Môquet.
J’ai moi-même étudié plus de 500 lettres d’adieu de jeunes suicidants ou suicidés. Ils écrivent des lettres extrêmement pathétiques, qui sont rarement accusatrices, contrairement aux lettres d’adultes. Les adolescents essaient d’atténuer la violence de leurs actes. Ils sont conscients de la souffrance qu’ils vont infliger à leurs proches et ils redoublent de mots tendres à leur égard. Ils peuvent très bien utiliser les expressions de Guy Môquet comme « Ma petite maman chérie », demander, comme lui, qu’on embrasse le petit frère, qu’on donne tel objet à telle personne.
C’est pourquoi, ce qui me paraît essentiel, vu la teneur de ce courrier bouleversant, c’est de le restituer impérativement dans son contexte. Il ne faut surtout pas le livrer comme cela sans développer les circonstances qui ont conduit à la mort de ce jeune homme de 17 ans et demi auquel peuvent s’identifier de jeunes lycéens.

Craignez-vous que cette lettre lève le tabou de la mort chez l’adolescent ou exalte l’idée de sacrifice ?

Cette lettre reste sur le registre de l’émotion et il faut éviter tout contresens. Rien ne dit que le jeune homme n’a pas choisi de mourir, y compris en se sacrifiant. Sortie de son contexte, elle peut avoir un aspect extrêmement pathétique et mobilisateur. Les lettres d’adieu que l’on trouve aujourd’hui ne sont pas celles de jeunes résistants mais de jeunes suicidants. Et le suicide est la seconde cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents de la route. Je le répète, il faut impérativement lever le doute. Ce n’est pas la lettre de quelqu’un qui a choisi de mourir.

Pensez-vous qu’il ne fallait pas choisir de lire cette lettre à des lycéens ?

Je ne dis pas cela. Si on la restitue dans son contexte, c’est impeccable. Ce texte est l’occasion de parler de la Résistance, du comportement que tout être humain pourrait avoir dans ces mêmes circonstances, de parler non seulement de la seconde guerre mondiale mais du rapport à la mort, de ce qui est héroïque mais aussi de ce qui ne l’est pas. Guy Môquet n’est pas une victime sacrificielle et n’a rien à voir, par exemple, avec de jeunes kamikases d’aujourd’hui qui peuvent se faire exploser sur un marché à Bagdad.

Cette lettre offre aussi l’occasion de parler du courage. Le message qu’elle délivre est très positif. Elle montre un jeune extrêmement courageux qui pense d’abord à ses proches. En plus du contexte historique, les professeurs peuvent aussi rappeler que Guy Môquet était un jeune homme comme eux, qu’il avait une fiancée, Odette, ce que rien ne laisse deviner dans la lettre, et qu’il dira à ses copains, avant de mourir, combien il regrette de ne pas avoir pu l’embrasser.

Que pensez-vous des syndicats qui dénoncent dans la lecture de cette lettre une approche compassionnelle de l’Histoire ?

Heureusement que l’Histoire est faite de témoignages et que des jeunes gens l’incarnent. Le Dormeur du val, poème écrit par Arthur Rimbaud à 16 ans alors qu’éclate la guerre de 1870 et qui dénonce l’utilisation des jeunes gens comme chair à canon est un témoignage émouvant comme l’est celui de Guy Môquet.

Propos recueillis par Martine Laronche
Article paru dans l’édition du 19.10.07.

L’article sur LeMonde.fr