Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Sarkozy et Kouchner : [TOTAL]ement Birmans 20.10.07

Filed under: < Droits De l'Homme,< International — eilema @ 11:04

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TF1, journal de 20 heures : PPDA nous informe que « Les États-Unis et l’Union Européenne ont demandé au Conseil des Nations Unies d’envisager des sanctions contre la Birmanie ». Ce que Nicolas Sarkozy confirme : « La France appelle l’ensemble de ses sociétés privées – Total par exemple – à faire preuve de la plus grande retenue s’agissant des investissements en Birmanie, en demandant qu’il n’y en ait pas de nouveaux. La situation est extrêmement préoccupante, et nous ne pouvons pas accepter des comportements aussi contraires aux droits de l’homme et aux droits de l’opposition ».

L’attention pourrait sembler louable, mais elle révèle surtout la méconnaissance de Nicolas Sarkozy sur le dossier Birman. La réaction de Jean-Pierre Dubois, le Président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), est sans équivoque : « Quand j’entends Monsieur Sarkozy dire qu’il faut que Total arrête, et ne fasse plus de nouveaux investissements en Birmanie, je pense que ça a du beaucoup faire rire les généraux Birmans. Parce que vu le niveau d’implication de Total en Birmanie, ils n’ont pas besoin d’en faire beaucoup de nouveaux ». Et Patrick baudoin, Président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme de renchérir : « les autorités francaises, tout en ayant conscience et connaissance des activités très discutables de Total en Birmanie n’ont pas voulu entraver l’action de Total et l’ont même facilité ».

Rama Yade, notre impayable secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, atteint elle aussi des sommets en terme d’analyse et de connaissance du dossier : « Imaginez que Total sorte de Birmanie, qu’est ce que ça change ? » s’est-elle demandé sur RTL. « Paris n’est pas l’un des partenaires principaux » de la Birmanie. « La France à elle seule n’aura pas d’impact décisif » parce que « ses relations avec la Birmanie sont très relatives ». Tout est relatif…

HISTORIQUE DE L’IMPLANTATION DE TOTAL EN BIRMANIE

En 1990, la junte militaire – qui tient alors le pays – essuie une cinglante défaite. La LND (1), le partie de Aung San Suu Kyi, remporte les elections avec 85% des voix. Bien évidemment, les militaires ne tiennent absolument pas compte de ce vote. Mais affaiblis par ces résultats, ils prennent la décision d’ouvrir le pays aux capitaux étrangers.

C’est à cette époque que TOTAL, le « fleuron » de l’industrie française, entre en scène. En 1992, la société va signer des accords avec la dictature, notamment pour la construction d’un gazoduc vers la Thaïlande. Le 20 juillet 1996, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, déclarait dans le journal Le Monde « la firme TOTAL est devenue le plus fort soutien du système militaire birman ».

La Birmanie est un des pays les plus pauvres du monde, mais avec des richesses naturelles considérables : des hydrocarbures (gaz et pétrole), mais aussi des ressources minières importantes (zinc, cuivre, pierres précieuses), sans parler du bois. Ces richesses sont confisquées par la junte, et il n’y a aucune redistribution vers la population. Par conséquent, c’est directement et exclusivement à la dictature que les investisseurs apportent un soutien économique et politique.

Patrick baudoin, président de la FIDH (2) : « À l’origine, TOTAL a accepté de travailler avec la junte birmane pour la construction d’un gazoduc, et pour son exploitation ensuite. Moyennant bien évidemment d’une part des travaux à exécuter sur place – c’est un chantier qui était extrêmement important – et d’autre part, des royalties qui étaient reversées à la junte. » Dans les années 1995 et 1996, « la Fédération Internationale des Droits de l’Homme avait enquêté sur cette question, et avait considéré que l’attitude de TOTAL n’était pas admissible. Pas admissible pour deux raisons principalement. D’abord parce que les ressources provenant de ce gisement via les royalties versées à la junte birmane étaient selon nous de nature à profiter exclusivement à la junte et non pas à la population birmane. Et le second reproche qui était fait à TOTAL, c’était de dire « Vous allez travailler sur place avec des travailleurs birmans, dans une région où il y a des hostilités de la population au gazoduc. Donc la junte birmane va vous fournir – en quelque sorte – des travailleurs birmans, mais qui vont travailler de manière forcée, de manière obligée. Autrement dit, c’est un recours que vous allez faire – si ce n’est de manière directe, de manière indirecte – au travail forcé ». TOTAL s’est immédiatement défendu en disant « si c’est pas nous, ce sera d’autres », et puis plus sérieusement en nous disant « non, non on va veiller à tout cela, à ne pas utiliser le travail forcé, et nous allons également créer des infrastructures dans la région du chantier qui profiteront à la population birmane. En particulier des dispensaires, des hôpitaux, des écoles ». Nous avons toujours combattu cela en disant « ça, c’est la bonne conscience que vous vous donnez, mais ce sont des miettes, et le profit ira ailleurs ». »

Selon Amnesty International et la Ligue des Droits de l’Homme notamment, TOTAL a donc tiré profit du travail forcé, comme le dénonce depuis des années l’Organisation Internationale du Travail. C’est en effet l’armée qui a facilité les démarche de l’entreprise, en recrutant la main d’oeuvre chargée de la protection du gazoduc, en organisant le déplacement de nombreux villages. Et en aggravant par là même les violations des droits de l’homme.
« Toutes ces critiques se sont poursuivies au fil du temps, et ont été amplifiées par le fait que certains travailleurs du chantier, qui s’étaient refugiés en thaïlande, ont décrit les conditions dans lesquelles ils travaillaient, et les ont denoncé. » (3)

Effectivement, en 2002, six birmans portent plainte contre TOTAL pour « crimes et séquestrations », ce qui est la traduction juridique de la notion de travail forcé.
La société TOTAL a beau nier en bloc ces accusations, elle verse néanmoins 5 millions de dollars d’indemnités aux plaignants, ce qui équivaut implicitement à un aveu. Compte tenu des enjeux, l’affaire se termine bien évidemment en queue de poisson juridique, mais il est à noter qu’au cours du procès, les avocats de TOTAL utiliseront un rapport très élogieux quant à l’implantation de la firme en Birmanie, signé de la main de… Bernard Kouchner.

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LE RAPPORT « BK CONSEIL » (Bernard Kouchner Conseil)

Pendant des années, la firme fait donc l’objet de condamnations virulentes sur son action en Birmanie. « Face à toutes ces critiques, TOTAL a eu recours à Bernard Kouchner et lui a demandé un rapport en lui disant « nous sommes l’objet de critiques très vives, dites ce que vous voyez ». C’est arrivé à une époque où Bernard Kouchner était à la recherche d’une activité. C’est quelqu’un qui supporte mal l’inactivité. TOTAL, dont les responsables en communication ne manquent pas d’habileté, s’est dit « voilà une excellente opportunité à saisir ». TOTAL a contacté Kouchner, évidemment, en raison de tout l’impact médiatique qui peut s’attacher à sa personne. » (3)

Les conditions de rédaction de ce rapport sont pourtant très controversées. À sa sortie, Libération, RFI, Le Canard Enchaîné, et le Nouvel Obs dégainent. On titre « Kouchner fait écran Total en birmanie ». La FIDH (2) et Amnesty International ont considéré que ce rapport « manquait de sérieux, qu’il était d’un certain parti-pris, et qu’il revenait à dédouaner TOTAL dans des conditions qui n’étaient pas suffisamment approfondies et qui n’étaient pas suffisamment objectives. » (3) Et pour cause…

Bernard Kouchner ne passera que 4 jours sur place, encadré par des gens affiliés à la société TOTAL. Il touchera entre 15 000 et 20 000 euros pour rédiger ce rapport, « ce qui fait perdre beaucoup de crédibilité aux conclusions », comme le souligne Patrick Baudouin (3). Pour l’essentiel, il disait « TOTAL est sur place – TOTAL se comporte correctement et n’a pas recours au travail forcé – Moi j’ai pu voir sur place qu’il y avait, au niveau de la santé, de l’éducation, des aides qui était apportées par TOTAL à la population locale » (3).
« TOTAL n’est pas TOTALement net dans sa façon d’avoir exploité la main-d’oeuvre locale, et notre ministre des affaires étrangères n’est pas TOTALement net non plus dans l’analyse qu’il a fait de la situation à l’époque » (5).
TOTAL utilisera très largement les conclusions de Bernard Kouchner contre les travailleurs birmans lors du procès.

Eilema, pour Le Sarkopithèque.

SUPPLÉMENTS

Que pense Bernard Kouchner aujourd’hui de la présence de TOTAL en Birmanie ? La même chose ! Vidéo.

La présentation du rapport de Kouchner sur le site de TOTAL. Voir la page.

L’intégralité du rapport de Bernard Kouchner téléchargeable ici.

La réaction de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme sur le rapport Kouchner. Ici.

Un passage de Yama Rade à I>Télé. Vidéo.

LA BIRMANIE EN CHIFFRES.

Les dépenses militaires représentent selon les années de 40 à 50% du budget de la Birmanie, contre moins de 3% réservés à la santé et à l’éducation.
36% des enfants de moins de 5 ans souffrent d’une insuffisance pondérale.(6)
10% des enfants meurent avant l’age de 5 ans.(7)

[Cet article a été rédigé à partir de l’Émission Là-Bas Si J’y Suis du 28 Septembre 2007. Écouter l’émission I (1) LND : Ligue Nationale pour la Démocratie I (2) FIDH : Fédération Internationale des Droits de l’Homme I (3) Patrick Baudoin, Président de la FIDH : Fédération Internationale des Droits de l’Homme I (4) Jean-Pierre Dubois, Président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) I (5) Une responsable de l’organisation de la manifestation de soutien au peuple Birman, au parc Monceau I (6) Source : Unicef I (7) Source : PNUD Progamme des Nations Unies sur le développement]

À LIRE…

https://i0.wp.com/www.agora-international.com/uploadp/EF073/EF073Birmanie.jpg Birmanie TOTALitaire, de Alan Clements (Éditions L’Esprit Frappeur)

La dictature instaurée en Birmanie par le général Ne Win en 1962 est l’une des plus criminelles du monde. La France travaille pourtant avec la Birmanie. Total, impliquée dans l’exploitation du travail forcé des paysans birmans aussi bien que dans le blanchiment d’argent depuis 1994, est le principal soutien du régime. C’est avec Total que l’État birman, premier producteur mondial d’héroïne, qui n’hésite pas à recourir au viol massif des droits de l’homme pour réprimer l’opposition, trouve sa plus importante source de devises légales.
Ce livre est une plongée au pays de l’horreur – une horreur contemporaine.

Qu’est-ce qu’une dictature aujourd’hui ? Le texte d’Alan Clements décrit l’horreur à l’état brut.
Ce petit livre au vitriol dénonce aussi la politique de la France en Birmanie. Dictature terrifiante, le régime birman se fonde sur l’exploitation à grande échelle du marché de l’héroïne.
Les généraux de Rangoon se sont mis au ban des nations en réprimant sauvagement le soulèvement populaire de 1988, puis en ne reconnaissant pas les résultats des élections de 1990 et en assignant à résidence le leader de l’opposition, prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi.
C’est dans ce contexte que la diplomatie française s’est portée à leur secours. Total est devenu le premier investisseur étranger en Birmanie. L’industrie du tourisme français a de même été encouragée aux pays des mille pagodes.
Ainsi les dictateurs narco-trafiquants se sont vus offrir des sources de devises qui leur permettent de blanchir l’argent de la drogue, leur principale source de financement.
Dénoncé récemment par le gouvernement belge, Total, compromis également dans l’exploitation du travail forcé, bénéficie toujours du soutien inconditionnel du gouvernement français, malgré le rapport accusateur de la mission d’information parlementaire sur les activités pétrolières, en 1999.
C’est ce scandale majeur de la République qui est ici mis en lumière.

« La Birmanie et son régime actuel, une narcojunte à l’état brut, exercent depuis leur avènement, 1988, sur certains secteurs politiques, économiques et affairistes français une véritable fascination. Cet engouement pour un régime que toutes les démocraties s’accordent à trouver infréquentable est, depuis une dizaine d’années, encouragé en haut lieu, du Quai d’Orsay au […] Medef, en passant par l’Élysée, où le président Chirac s’est lui-même fait publiquement le chantre de
l’investissement du pétrolier Total en Birmanie . »

Francis Christophe