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Statistiques « Ethniques », deux conceptions de la citoyenneté 05.10.07

Filed under: < Immigration et Sans-Papiers — eilema @ 10:02
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[Communiqué de Nouveaux Regards]

Le débat rebondit avec le projet de loi sur l’immigration, actuellement en débat au sénat. Le projet Hortefeux abolirait l’interdiction de recueillir des données relatives à l’origine raciale ou ethnique des personnes.

Le débat est vif. On peut voir dans le comptage ethnique une méthode dangereuse, porteuse d’une logique de ségrégation des communautés et portant en germe la stigmatisation. A l’inverse, on peut voir dans le comptage un outil qui permettrait de mettre en évidence des discriminations et ainsi d’être mieux armé pour les combattre.

Les arguments des partisans

La démocratie impose de réclamer non seulement l’égalité des droits mais l’égalité des conditions de vie. Les statistiques peuvent être le miroir des inégalités, et les inégalités ethniques sont mal connues. L’instauration de statistiques à base ethnique est indispensable pour suivre l’évolution des progrès ou des régressions de la promotion de la diversité dans toutes les sphères de la société : économie, emploi, administration, médias, sciences, politique…

Or les outils actuels sont approximatifs : si on peut distinguer avec une relative précision les personnes issues de l’immigration, on ne peut repérer l’ensemble des personnes susceptibles de faire l’objet de discriminations en raison de leur origine ethnique. Ils ne permettent pas de voir finement les phénomènes de discrimination en matière d’embauche ou de logement à l’échelle d’un territoire par exemple.

Nous ne connaissons pas assez finement les conditions de production et les conséquences des inégalités ethniques. Refuser les catégories ethniques, n’est-ce pas hypocrite et contre-productif ?

Les arguments des opposants

L’établissement de statistiques ethniques remet en cause l’utopie créatrice de la citoyenneté qui constitue le fondement de notre manière de vivre ensemble : on est citoyen, quelles que soient la religion et l’origine historique.

Des statistiques ethniques assigneraient à chacun une identité réductrice uniquement liée à l’appartenance à une communauté arbitrairement définie.

Les risques sont multiples. Tout d’abord, une telle approche balkanise la communauté nationale. Elle le morcelle au lieu de la considérer comme un tout.

Par ailleurs, les études montrent que les phénomènes de discrimination sont, en général, des phénomènes complexes qui font intervenir aussi des préjugés liés à l’apparence physique, aux références culturelles, au niveau de formation…A cet égard, l’outil préconisé n’est pas adapté.

De surcroît, des chercheurs pensent que les catégories ethniques renvoient à une multiplication d’éléments hétérogènes. En ce sens, à l’échelle européenne, il n’existe aucune grille de référence, ni de principes communs.

En revanche, il existe des statistiques publiques suffisamment précises pour lutter contre toutes les discriminations d’origine sociale ou ethnique : accès au logement, aux boîtes de nuit, à l’emploi.Enfin, nul ne sait ce que pourrait donner de tels outils si un vent mauvais venait à souffler sur l’histoire. Mais chacun peut l’imaginer.

Deux conceptions de la citoyenneté.

Ces deux positions reflètent deux conceptions de la citoyenneté et de l’intégration : analyse des particularismes impliquant leur traitement grâce à des politiques de discrimination ou dépassement des particularismes culturels, religieux, ethniques pour accéder au statut de citoyen comme titulaire de droits et de devoirs.

Marylène Cahouet, François Bouillon et Evelyne Bechtold Rognon