Le Sarkopithèque

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Expulsion : le « droit à l’indignation » reconnu 02.09.07

expulsion004.jpg © No Pasaran

Les deux passagers d’un vol Paris-Bamako d’Air France accusés de « provocation à la rébellion » pour avoir manifesté leur opposition lors de l’expulsion de deux sans-papiers maliens ont été relaxés mardi par le tribunal correctionnel de Bobigny.

Leur intervention, verbale, ainsi que celle de dizaines d’autres passagers avait conduit la police à renoncer à cette reconduite à la frontière.

« Je recommencerai », a déclaré à l’issue de ce jugement Marie-Françoise Durupt, une Française de 60 ans partant en mission professionnelle pour Bamako, poursuivie pour avoir dit ce 28 avril sa « honte de la France » et dénoncé les « méthodes inhumaines » de l’escorte policière.

Cette passagère, soutenue par le Réseau Education sans frontières, qui en a fait un exemple de « devoir citoyen », s’est félicitée de voir reconnu son « droit à l’indignation ».

« Je ne suis pas une délinquante, tout citoyen a le droit de dire ce qu’il pense de l’action de la police quand elle emploie des méthodes inhumaines », a ajouté cette médiatrice de quartiers travaillant en Pays-de-Loire où elle est chargée de faciliter les relations jeunes/police.

Elle a rappelé qu’elle ne s’était « pas opposée au principe de l’expulsion » mais « à la méthode employée ». Selon cette passagère, relaxée comme Youssouf Soumounou, un Franco-Malien de 46 ans, l’escorte policière avait ce jour-là « mis des coussins sur la tête des « sans-papiers » pour les empêcher de crier ». Elle a aussi accusé l’un des policiers « de s’être assis sur un Malien » pour le maîtriser.

Les deux passagers et les deux sans-papiers avaient été débarqués avant le décollage. Le vol perturbé était finalement parti avec deux heures de retard avec à son bord un autre sans-papiers malien qui n’avait pas contesté sa reconduite à la frontière.

Le procureur avait requis le 3 juillet une amende avec sursis de 1.000 euros contre Mme Durupt et de 500 euros contre M. Soumounou.

Les policiers interviennent « dans une situation déjà humainement difficile », avait souligné le magistrat Mohammed Chenguiti en demandant à tous les passagers en général « de ne pas compliquer la tâche » des escortes policières chargées des reconduites à la frontière sur les vols commerciaux.

Dans son jugement, la présidente de la 11e chambre a estimé que les propos tenus par la passagère, au « caractère discutable et excessif », « expression d’une vive émotion et d’une grande désapprobation » avaient « participé à l’échec de la reconduite à la frontière ». Mais ils « ne démontrent pas la volonté de s’opposer de façon violente à l’action de la police », a souligné Nelly Cayot.

« La justice est rendue, c’est une satisfaction », a réagi à Bobigny Richard Moyon, porte-parole de RESF, « surpris » de ce jugement favorable qui « montre que le travail entrepris pour faire bouger les consciences avance ».

Me Catherine Herrero, avocate de Mme Durupt, a salué une décision « importante pour le droit à la liberté d’expression ». « Nous devons être des citoyens pas des moutons », a-t-elle dit.

Selon RESF, d’autres procès similaires sont attendus dans les mois à venir, notamment le 22 octobre à Marseille et fin novembre à Lyon.

Le 29 juin, le tribunal de Bobigny avait déjà reconnu l’état de légitime défense à un sans-papiers qui avait violemment résisté à la police lors de son expulsion le 26 mai à bord d’un avion d’Air France et fait un malaise, provoquant une révolte des passagers. Le vol avait été annulé.

[Sylvie Husson / Afp]