Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Université d’été : Poser des bombes ? 30.08.07

Filed under: < Medef — eilema @ 4:59

medef1.jpg

Jeudi 30 Août, de 16h15 à 18h15, lors de l’université d’été du MEDEF, un certain Bernard Poulet tenait un atelier intitulé :

« Poser des bombes, Faire la revolution ou penser la reforme ».

Ci-dessous la présentation du débat, également ici sur le site du MEDEF.

« Poser des bombes, Faire la revolution ou penser la reforme ».
Le débat est animé par Bernard Poulet, journaliste, rédacteur en chef à l’Expansion

Nicolas Baverez, avocat, économiste et historien.
Christophe Bourseiller, journaliste, écrivain, professeur à l’IEP
Eddy Fougier, politologue, écrivain, ancien chercheur à l’Ifri
Philippe Lemoine, PDG de Laser
Philippe Manière, directeur général de l’Institut Montaigne
Charles Morel, avocat à la Cour
Philippe Raynaud, politologue, professeur à Paris II
Henri Weber, député européen

I. Faut-il prendre l’altermondialisme au sérieux ?

Eddy Fougier estime qu’en France, en dépit de l’échec de la candidature de José Bové aux élections présidentielles de 2007, des crises rencontrées par l’organisation ATTAC, ou encore des guerres intestines qui traversent le courant trotskiste, il faut prendre au sérieux la contestation de la mondialisation.
Cette contestation est révélatrice d’un certain nombre d’évolutions. La mondialisation, pour être pérenne, doit être socialement, politiquement et culturellement acceptée. L’histoire nous apprend que la première mondialisation qu’a connue notre planète n’a pas abouti en raison des réactions vives qu’elle avait provoquées.
Derrière les utopies dont il se veut porteur, l’altermondialisme interroge la mondialisation autour de trois grandes questions :
· que deviennent les exclus de la mondialisation (pays pauvres, travailleurs) ?
· que fait-on de l’intérêt général, des biens publics globaux et jusqu’où va le marché ?
· quelle gouvernance globale peut garantir l’équité la mondialisation ? La mondialisation est-elle compatible avec l’exercice de la démocratie ?

Pour Eddy Fougier, les altermondialistes posent les bonnes questions auxquelles il faudra répondre pour que processus de mondialisation se poursuive sans heurts.
L’altermondialisme peut s’analyser comme une forme d’espoir, un mouvement d’émancipation remplaçant le mouvement communiste, mais également comme une réaction de certaines organisations de la société civile qui souhaitent générer des contre-pouvoirs face aux nouveaux pouvoirs nés de cette mondialisation (institutions financières, institutions régionales, investisseurs, spéculateurs, multinationales). L’altermondialisme est une nébuleuse qui tente d’adapter ses revendications à l’échelle de la mondialisation.
Il est peu probable de voir les altermondialistes se transformer en « Brigades rouges ». Ils appellent à une transformation radicale du système économique international mais peu d’entre eux croient vraiment à la révolution et à prise du pouvoir par la violence. L’aile réformiste du mouvement, peu représentée en France, développe des idées qui devraient être reprises à l’avenir par des mouvements ou des figures progressistes au sein des organisations internationales.

II. Les extrêmes-gauches en quête d’elles-mêmes

Christophe BOURSEILLER affirme que les extrêmes-gauches sont loin d’avoir disparu en dépit de leurs revers électoraux. Les mouvements d’extrême-gauche privilégient l’activisme dans les entreprises ou dans la rue aux combats électoraux. Les extrêmes-gauches restent vivaces dans de très nombreux pays, en Europe ou en Amérique latine, des mouvements néostaliniens aux maoïstes, en passant par les mouvements trotskistes. Ils ont une influence importante en Equateur, en Bolivie, au Venezuela et jusque dans l’entourage du Président Lula.
L’extrême-gauche n’en demeure pas moins difficile à percevoir car elle connaît une mutation très profonde depuis 1989 et la chute du mur de Berlin. En effet, la « perestroïka » des partis communistes consécutive à la chute du mur de Berlin a eu pour effet de brouiller fortement les cartes. Jusqu’en 1989, ces mouvements étaient marqués par un clivage entre une aile gauche traditionnelle et une aile trotskiste ou maoïste appelant à une révolution violente. A partir de 1989, des courants d’extrême-gauche très diversifiés ont pénétré à l’intérieur même des partis communistes, forçant les directions à se remettre en question, allant parfois jusqu’à provoquer l’explosion des partis entre une droite proche du parti socialiste, un centre maintenant la ligne et une gauche tentée soit par le rapprochement avec l’extrême-droite (pays de l’Est), soit par l’altermondialisme.
Les mouvements d’extrême-gauche sont en quête de renouvellement et veulent donner une suite au communisme. Plusieurs stratégies se mettent en place, l’une d’entre elles consistant à s’intéresser à la révolution culturelle que constitue l’altermondialisme, né en 1988 à Berlin Ouest en réaction au FMI. Il est porté par des militants trotskistes, des militants communistes membres des courants rénovateurs et des militants associatifs issus de l’extrême-gauche.
Dans les mouvements d’extrême-gauche apparaît aujourd’hui un clivage entre d’une part ceux qui s’arriment à l’invariance et d’autre part ceux qui souhaitent évoluer avec leur époque et qui ne considèrent plus la révolution que comme un « horizon régulateur » permettant de peser sur la société, à l’image d’un syndicat comme SUD.

III. L’extrême-gauche plurielle, entre démocratie radicale et révolution

Pour Philippe RAYNAUD, la gauche radicale française a trois composantes essentielles :
· l’altermondialisme, regroupant des nostalgiques du keynésianisme, souvent anciens communistes, des anciens militants issus du PSU ou des mouvements autogestionnaires et décentralisateurs ;
· les héritiers des mouvements antiracistes et de déconstruction du « roman national » du modèle républicain français ;
· les mouvements d’extrême-gauche trotskistes organisés (LO, LCR, lambertistes) incapables d’unité.

On peut y voir une « exception française » – même si la France n’a pas le monopole de l’extrême-gauche – dans la mesure où elle s’intègre à une culture antilibérale assez répandue et plus réceptive qu’ailleurs, avec une habitude de refus du compromis et de rejet du réformisme caractéristiques.
L’unité de ces composantes est-elle possible et si oui sur quelle ligne ? Tout dépendra beaucoup de la posture de la LCR d’Olivier Besancenot et de ses dirigeants, qui oscillent entre réformisme bon teint et bolchévisme parfois radical.

Il est difficile de parler « d’horizon régulateur » pour désigner la révolution qui apparaît au contraire comme une véritable rupture à un moment donné. Il est probable que les mouvements d’extrême-gauche continueront à jouer le rôle d’un pôle de négativité et de contestation, servant d’aiguillon dans le meilleur des cas, de parasites dans le pire d’entre eux.

IV. L’influence des mouvements radicaux sur le parti socialiste français

Charles MOREL se déclare militant socialiste et affirme partager une partie du « dépôt de bilan » dressé par les mouvements d’extrême-gauche dans la mesure où, en dehors des centres-villes et des quartiers bourgeois, la réalité sociale est gauchiste. Le parti socialiste doit se réapproprier certaines valeurs débarrassées des scories du gauchisme dont il est otage. Cela suppose de prendre la mesure de son emprise, marqué par l’origine de certaines de ses figures telles que Lionel Jospin, Henri Weber, Jean-Christophe Cambadélis, François Rebsamen, Julien Dray, etc. Le mode de fonctionnement et la terminologie du parti socialiste sont également d’inspiration gauchiste, dans une vision manichéenne et sectaire, désignant les victimes ou les coupables selon un mode binaire, sommant les militants de prendre position et privilégiant ce qui distingue de la droite au lieu de rechercher des valeurs communes. Le PS a en outre la culture des petits jeux groupusculaires.

A l’extérieur, le PS est perçu comme un parti privilégiant l’opposition frontale et systématique, dans son rejet intransigeant et purement réactif des projets de la majorité, dans l’absence de soutien aux positions courageuses de la CFDT ou dans l’opposition aux propositions du patronat.

Le PS continue à considérer que la fin justifie les moyens, même si ceux-ci sont violents, moralement crapuleux ou contraire à ses convictions, comme l’a montré Laurent Fabius lors du référendum sur le traité européen en privilégiant la position gauchiste du tout ou rien et en crédibilisant le « non » socialiste au lieu de défendre le traité.

Un autre travers de type gauchiste du PS est son instrumentalisation politique de la loi illustré par la supériorité de la politique sur le droit, ce qui aboutit à un empilement de textes incompréhensibles et non appliqués et au contournement de la législation existante.

Selon Charles MOREL, il est temps que le parti socialiste affirme défendre l’économie de marché en tant que moyen de parvenir à une plus grande économie sociale, et qu’il reconnaisse que gauche et droite ont en commun la République et l’économie de marché. Le PS doit s’efforcer de lutter pour l’égalité des chances en agissant dès les premières années de vie, tout en allégeant le poids de l’Etat providence. C’est une conception de l’égalité qui concilie République et libéralisme, ce qui est contraire au mode de pensée gauchiste qui règne encore au parti socialiste.

V. La pluralité de la gauche française

Henri WEBER considère que les diverses composantes de la gauche française incarnent des périodes différentes de l’histoire de la gauche et du mouvement socialiste.
Le premier âge est celui des pères fondateurs, avec un socialisme utopique et révolutionnaire considérant que l’émancipation de l’humanité est incompatible avec la propriété privée des moyens de production et d’échange, et qu’il faut substituer au marché une régulation par planification centralisée. Il est utopique parce qu’il propose une version laïcisée du paradis céleste et révolutionnaire parce que seule la force des armes permettra l’expropriation des moyens de production et d’échange. L’extrême-gauche aujourd’hui se fonde sur le même postulat.

Le deuxième âge est celui de la social-démocratie et du réformisme, né en Suède dans les années 30. Il considère que pour humaniser la société, il est inutile de collectiviser les entreprises et l’économie. Il faut avant tout favoriser une démocratie développée et s’appuyer sur un mouvement ouvrier puissamment organisé imposant des négociations permanentes. Le modèle réformiste est né dans les pays scandinaves avant de se répandre en Europe et d’aboutir au plein emploi, à l’Etat providence, à l’augmentation du niveau de vie, à la démocratie sociale dans les entreprises. Un grand nombre de droits économiques et sociaux ont été conquis à cette époque. La philosophie de la social-démocratie consiste à mettre la force créatrice de l’économie de marché et des entrepreneurs au service du progrès social, économique et culturel. Cela suppose l’existence d’un régime démocratique où syndicats et associations sont susceptibles d’influer sur une opinion majoritairement salariale.

Le troisième âge est apparu dans les années 90 suite à la crise du modèle précédent (mondialisation, globalisation, financiarisation, révolution technologique). On peut le désigner par social-libéralisme. Il reprend à son compte le postulat des libéraux selon lequel l’économie de marché est le meilleur système possible.

On trouve en France des représentants des trois âges de la gauche française. L’extrême-gauche représente le premier, le PS le deuxième âge et l’on trouve également des sociaux-libéraux comme Jean-Marie Bockel.

L’extrême-gauche française souffre de n’offrir aucune vision alternative au-delà de la critique marxiste léniniste du capitalisme, occultant totalement toute forme de proposition concrète. Elle ne revendique rien, si ce n’est la même chose que les réformistes « plus 10 % ». Dans tous les pays où le mouvement communiste a été puissant, l’extrême-gauche reste présente et le PS en France aurait tort de lui abandonner le terrain. Compte tenu de la vacuité de projet et de leur caractère sectaire, les mouvements d’extrême-gauche sont voués au morcellement et à l’impuissance, en dépit de sa culture politique profonde de la gauche française et de la nation, issue de la Révolution française. La bourgeoisie française a été frondeuse et révolutionnaire et a éduqué le peuple dans l’idéologie de la rupture et de l’affrontement. C’est une culture qui reflue lentement.

VI. Le réformisme grâce au libéralisme

Nicolas BAVEREZ estime que depuis la chute de l’Union soviétique, la décennie 90 a été marquée par la fin de la violence et de la révolution. Depuis 2001, elles sont revenues au premier plan de l’histoire des démocraties sous des formes nouvelles. Ces démocraties doivent s’adapter à un monde dans lequel elles perdent le monopole de la démocratie, du marché, des technologies voire leur supériorité stratégique. Pour la France, le défi est clair : il s’agit de savoir faire des réformes en dehors des révolutions.

Les transformations actuelles du capitalisme et de la démocratie ouvrent à nouveau un espace aux passions révolutionnaires, avec une géopolitique du chaos, la mondialisation, la révolution technologique, qui produisent de fortes turbulences. Une nouvelle violence apparaît, celle du fanatisme religieux et des critiques radicales à la démocratie (altermondialisme, nationalisme, populisme, extrémisme). Un certain nombre de mouvements extrémistes ou terroristes profitent des difficultés actuelles.

Mais la violence et la révolution mènent toujours au nihilisme ou à l’utopie. On constate aujourd’hui que le stade suprême du communisme est d’une part le retour à la théocratie, et d’autre part l’ultranationalisme. Ils permettent des explications monistes et simples des problèmes du temps, jouent sur le ressentiment et désignent des boucs-émissaires, mais n’apportent aucune solution concrète nouvelle. Cela s’illustre par la place prise dans le monde actuel par les théocraties (Iran, Pakistan, et demain Chiistan), les rescapés de la guerre froide (Corée du Nord, Cuba), les régimes dictatoriaux se réclamant du socialisme (Venezuela) et des formes neuves et inquiétantes comme le total-capitalisme chinois ou le capitalisme russe. Tous ces régimes débouchent sur la dictature ou le nihilisme. L’altermondialisme critique la démocratie et la mondialisation sans oser revendiquer la révolution.

Reste le réformisme. Dans ce domaine, la France part avec un handicap historique : notre nation a été créée dans la matrice révolutionnaire dont certaines scories demeurent ce qui génère de l’instabilité et gêne la réforme. Seul le libéralisme permet de passer de la pensée de la réforme à la réforme elle-même. La solution est clairement libérale. Le libéralisme est une doctrine moins économique que politique qui parie sur l’autonomie des individus, le primat du politique et une conception libérale et ouverte de la liberté adaptée au monde d’aujourd’hui. Les conditions à réunir sont une prise de conscience des citoyens, la définition d’un mandat politique clair, un projet réformateur et une forte capacité de leadership. En France, les conditions du passage à l’acte de la réforme semblent réunies.
Il faut aujourd’hui construire le socle de la réforme en désarmant la préférence française pour la violence et la révolution, et en conjurant la tentation du statu quo.

Pour Nicolas BAVEREZ, au-delà du récent choix électoral, les mentalités françaises semblent avoir évolué ces dernières années comme l’ont montré les résultats des partis de gouvernement et le taux de participation. Il en ressort un mandat politique clair, un projet réformateur et une capacité de leadership réelle. Les conditions du changement sont donc réunies. Au gouvernement de mener à bien la thérapie de choc nécessaire et à l’opposition et à la gauche réformiste de se reconstruire en prenant position sur l’insertion de la France dans mondialisation ou sur les thèmes du travail et de la production, que le parti socialiste français a totalement abandonnés.

Tocqueville disait « Si les Français qui firent la révolution étaient plus incrédules que nous en fait de religion, il leur restait du moins une croyance admirable qui nous manque : ils croyaient en eux-mêmes ». Il est aujourd’hui possible pour la France de retrouver confiance et de croire à nouveau en elle-même et en l’Europe à condition d’accepter d’entrer dans le 21ème siècle, siècle de liberté et siècle ouvert.

VII. Existe-t-il un « bon usage » des bombes ou des révolutions ?

Philippe MANIERE considère que la France, de par sa longue tradition révolutionnaire et sa relativement courte tradition démocratique, est particulièrement propice à l’examen de cette problématique. La France est en retard dans bien des domaines pour lesquels les changements sont nécessaires, à tel point que ceux-ci sont devenus pratiquement impossibles par la voie de la réforme. En termes de politique publique, ce sont bien des bombes, à effet immédiat ou retardé, qu’il faudrait placer pour des domaines tels que la réforme des universités ou la gestion de l’immobilier de l’Etat.

On peut considérer que la contestation du système dans lequel nous vivons est légitime et de nature à justifier l’envie qu’ont certains de poser des bombes. Nous avons un problème de vivre ensemble dû aux effets de la société capitaliste insuffisamment libérale qui est la nôtre. D’une façon générale et dans le monde, on a pu constater ces 20 dernières années une certaine forme d’aliénation matérialiste qui n’est pas des plus enthousiasmante au regard de ce qu’on pu être les idéaux des années précédentes et pas seulement chez les gauchistes. Depuis 20 ou 30 ans, la logique du « winner takes all » où ceux qui ont la chance de rendre un service précis à un moment précis et de le facturer gagnent énormément d’argent crée un certain ressentiment compréhensible parmi les autres. A cela s’ajoutent certaines fortunes faciles et qui ne sont pas particulièrement méritoires et l’attitude de certaines élites financières qui ont tendance à oublier que tout le monde n’appartient pas à leur cercle.

La France n’a pas une longue tradition démocratique et reste un pays dans lequel nous sommes surdéterminés par nos conditions de naissance et notre premier diplôme. La situation s’est fortement dégradée depuis 50 ans. La mobilité sociale est en panne, plus encore que dans d’autres démocraties occidentales. La France s’illustre selon Tocqueville par « la permanence de privilèges, de rentes et de structures sociales dignes de l’Ancien Régime ». C’est ce qui alimente en France plus qu’ailleurs l’envie de tout changer et de faire la révolution.

Si l’on ne veut pas en venir à de telles extrémités, il faut que le système livre enfin ce qu’il promet, avec plus de place laissée au risque, à l’intranquillité facteur de progrès. Si c’est en France que la tentation révolutionnaire est la plus forte, c’est parce que c’est en France que nous avons le moins su faire du capitalisme ce qu’il peut être, une démocratie et une méritocratie.

VIII. La révolution imminente ?

Pour Philippe LEMOINE, le monde a avant tout besoin d’absolu, d’une nouvelle dimension et de sens. La France peut jouer un rôle assez important et peut être un déclencheur du type de modernité et de croyance dont nous aurons besoin dans les années à venir. Il est probable qu’à très court terme se produise en France une révolution importante à résonnance internationale.

Chaque société a eu besoin d’un monde meilleur vers lequel se tourner. Aujourd’hui, les pensées sont dominées par la crainte d’un avenir plus sombre et les motifs qui poussent à croire à autre chose sont infiniment plus rares. On ne peut plus s’en remettre au progrès technologique. A quoi vont servir les progrès actuels des télécommunications ou des nanotechnologies ? Nul ne peut répondre. Nietzsche désignait par « volonté de puissance » le progrès technique ignorant quelle est sa propre finalité. Quand la puissance technologique se développe au-delà d’un certain point, elle débouche souvent sur de la violence, des guerres et de la haine de soi. Comment inventer un avenir différent et novateur ? Heidegger affirme qu’il faut cesser de penser que l’origine est derrière nous. L’origine du monde est devant nous, à nous de savoir la construire. Les technologies de l’information ont promis que nous allions tous avoir accès à la connaissance, et que tous les humains allaient pouvoir se développer sur le plan personnel. On a également parlé de mutation de l’économie, de nouvelle économie, d’universalité, de village global.

La France n’est pas réformiste mais sa nature révolutionnaire peut apporter quelque chose au monde, à condition d’avoir une conception assez large de la révolution. Fernand Bourdelle estimait que l’identité française se résumait par le jacobinisme, le rayonnement international et une certaine inadaptation à la vie des affaires. Il exagérait certainement. La vague d’innovation de service qui a submergé la France avait pour origine des entreprises nouvelles (Leclerc, FNAC, Club Med, Decaux…). Dans tous les cas, les dirigeants de ces entreprises ne venaient pas du milieu de l’entreprise. C’était des jeunes militants, qui avaient des façons d’agir et de communiquer innovantes. Aujourd’hui, la France est très en retard dans certains domaines des NTIC, comme l’informatique d’entreprise, alors qu’elle est très en avance dans l’informatique grand public, où l’on trouve de très nombreuses entreprises françaises très dynamiques. Le domaine économique est un terrain propice aux révolutions dans lequel la force d’engagement permet d’imposer des idées dans le monde entier.

La révolution dans 3 ans est possible. Reste à savoir quel type de révolution. Plus personne ne croit encore à la réforme en France. Les Français ont envie d’une accélération et d’un approfondissement. Cette période de brusque changement est une révolution. Il ne s’agira pas d’une révolution violente, aveugle, dominée par la haine de soi, mais une révolution positive, de progrès, voire d’amour. Pour cela, il faut surmonter trois problèmes : susciter le débat d’idée, le relancer, créer des alliances entre entrepreneurs, artistes, militants, jeunes et politiques et enfin privilégier les alliances intergénérationnelles.