Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Les ogres ne sont pas ceux qu’on croit 12.06.07

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Le 10 mai 2007, une lettre signée de la main de Jacques Gobet, maire UMP d’Oyonnax, est envoyée à la présidente des Ogres de Barback, à propos d’un « incident », d’une « action de propagande politique » qui aurait eu lieu lors d’un concert, 5 jours auparavant.

L’origine du fameux « incident » : la diffusion lors du concert d’un extrait vidéo du passage de Nicolas Sarkozy sur la dalle d’Argenteuil, puis d’une chanson des sans-papiers de Cachan qui scandent « On en a marre de Sarkozy ».

ogres1.jpg La lettre de Jacques Gobet, maire UMP d’Oyonnax.

Madame la Présidente,
J’ai, dès le dimanche 6 mai au matin, été informé de l’incident qui a eu lieu au Centre Culturel lors du spectacle donné le samedi 5 mai au soir par les Ogres de Barback, incident au cours duquel
le spectacle a servi de prétexte à une action de propagande politique dirigée contre l’un des candidats à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkoy, et en faveur de son adversaire, Ségolène Royal.
Cet incident appelle 4 remarques de ma part :
1.
La prise de position publique a violé la neutralité républicaine qui doit avoir cours à l’intérieur des bâtiments publics.
2. Au moment des faits, la campagne était close depuis la veille à minuit, ce qui constitue une circonstance aggravante.
3. La prise de position des artistes a heurté et choqué les cnovictions d’une partie importante du public qui n’a pas manqué, dès le lendemain et les jours suivants, de m’en faire part.
4. Cette intervention intempestive autant que mal venue a eu lieu au cours d’un spectacle our lequel les artistes étaient payés par la ville d’Oyonnax : elle a donc eu lieu aux frais des contribuables locaux d’une
ville où les électeurs ont voté Sarkozy à près de 60%.
Sur ces quatre points,
j’exige des explications écrites de la part des artistes des Ogres de Barback.

Dans l’attente, je vous prie d’agréér, Madame la Présidente, mes salutations distinguées.

Outrepassant avec humour cette tentative d’intimidation, la réponse des Ogres de Barback ne tarde pas à venir.

ogres2.jpgLa réponse des Ogres de Barback.

Monsieur,
Dans votre courrier, vous vous permettez d’exiger une réponse de notre part. Mais qui êtes-vous donc et quelle saurait être votre légitimité pour exiger quoi que ce soit d’artistes, aussi libres que n’importe lequel des citoyens de ce pays ?
Tout d’abord sachez, Monsieur, que la personne qui vous a informé ne semble pas en mesure d’apprécier correctement le sens des mots. En effet, il n’y a eu aucun « incident » lors de notre représentation. Un passage vidéo de notre spectacle, non relayé par la moindre intervention orale des membres de notre groupe qui plus est [ce qui serait pourtant notre légitime droit d’expression], a semble-t-il dérangé l’un(e) des élu(e)s de votre commune. Cela s’arrête là.
Vous conviendrez, Monsieur, qu’il n’y a pas lieu ici de parler d’« incident ».
Si, donc, nous avons choisi de répondre à cette missive hargneuse et foncièrement creuse en termes d’argumentation, c’est pour vous rappeler à notre tour quelques évidences qui semblent vous échapper :

Il est profondément dommage qu’un élu de la République ignore que le principe de neutralité ne s’applique, bien évidemment, qu’aux agents de l’État dans l’exercice de leurs fonctions. C’est en outre un principe applicables aux personnes et non aux lieux, que ceux-ci soient publics ou non.
Le problème, monsieur, tient dans le fait que vous mélangez malheureusement un certain nombre de choses pour servir votre propos, qui s’en trouve, du coup, profondément décrédibilisé.
Ainsi, la date de clôture de la campagne officielle ne concerne qu’une minorité de catégories, dont les principales sont les partis politiques ou associations affiliées à ceux-ci, et à quelques autres [audiovisuel, notamment].
Vous serait-il également venu à l’esprit d’interdire, entre le vendredi 4 mai à 23h59 et le dimanche 6 à 20h, à vos contribuables, citoyens au même titre que nous, de débattre de politique là où ils le veulent ?

Vous affirmez ensuite qu’une partie importante du public aurait été heurtée dans ses convictions : notre groupe puise une part de sa reconnaissance dans le fait de véhiculer à travers ses chansons des valeurs d’humanisme, de générosité et de tolérance.
Ce que vous écrivez ne saurait donc recouvrir la moindre réalité. Il faut avoir été absent ce soir-là pour oser poser sur le papier de telles aberrations ! Surtout, depuis quand les artistes, peu importe le champ dans lequel ils évoluent, doivent-ils prendre garde à ne heurter personne ? A vous entendre, nombre d’auteurs de théâtre ou de chansons devraient être interdits de représentation dans votre ville (nous vous épargnons cette liste).
Vous manifestez là une approche de la culture quelque peu effrayante. La prise de position reste, qu’elle aille ou non dans le sens du pouvoir en place, indispensable à toute démocratie. Croyez bien que nous en sommes désolés pour vous, mais c’est ainsi.
Enfin, et c’est la cerise sur cet indigeste gâteau, vous brandissez un argument particulièrement novateur. Une ville devrait, pour les dépenses qu’elle prend en charge au niveau culturel tout au moins, tenir compte, en pourcentage, de l’orientation politique de ses habitants. Il vous faudrait donc accueillir, à cachet équivalent, trois spectacles estampillés « de droite » pour deux autres que vous présenteriez « de gauche ». L’école républicaine nous avait pourtant appris qu’un édile doit raisonner en terme d’intérêt général plutôt que d’orientation partisane.
Et, tant qu’à être cohérent, vous devriez commencer par débaptiser votre Centre Culturel Aragon, pour lui substituer celui de Johnny Hallyday ou de Doc Gynéco.
Monsieur, nous ne vous saluons pas.
PS : Il va de soi que nous entendons donner une certaine publicité à votre courrier. A bon entendeur…

Du côté du Conseil Constitutionnel on dit : l’interdiction de propagande la veille du scrutin concerne « un candidat et son parti », et non « une intervention de musiciens en faveur d’un candidat à l’occasion d’un concert ». (1)

Le 12 juin 2007, les Ogres de Barback attendaient toujours d’être payés. (2)

Les extraits vidéo et la revue de presse ici.

(1) Les Inrockuptibles – 12 juin 2007 – (2) Télérama – 12 juin 2007