Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

vincent bolloré 15.05.07

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Vincent Bolloré, né en 1952, est à la tête d’un empire. Président du Conseil d’Administration et membre du Comité Exécutif de Havas (Euro RSCG Worldwide et Havas Media), 6ème groupe mondial de conseil en communication (75 pays, 14 400 collaborateurs), il a été sacré 451ème homme le plus riche du monde en 2006, selon le Magazine Forbes. Sa fortune est estimée à 1,25 milliard d’euros. « Bolloré c’est d’abord une des grandes fortunes de France (10ème, 12ème ou 14ème selon les sources), une vedette de la rubrique financière, une réputation de corsaire de la Finance » (1)

Depuis qu’il a racheté la papeterie familiale pour un franc symbolique en 1981, il dirige le Groupe Bolloré un groupe de 33.000 salariés présents dans le papier, les films plastiques, les plantations et le fret maritime. L’homme d’affaires a réussi une formidable plus value en investissant dans Vallourec, une entreprise de tubes sans soudure, et dans bon nombre d’autres secteurs. « Les bons marchés sont ceux auxquels personne ne croit », a-t-il déclaré au magazine Challenges.

Depuis deux ans, il a investi dans les médias, en lançant la chaîne de télévision «Direct 8» en 2005 sur la TNT et les journaux gratuits «Direct Soir» (en 2006) et Matin Plus (en 2007, avec «Le Monde»). Il est par ailleurs actionnaire d’Aegis (Groupe publicitaire), de la SFP (Société Française de Production, et de Gaumont). On lui prête aussi l’intention d’entrer dans le capital de TF1 si Bouygues devait s’en séparer.

Vincent Bolloré et Nicolas Sarkozy.

Il est pour Nicolas Sarkozy « un ami de vingt ans », c’est lui qui a généreusement mis à sa disposition un jet privé et un yacht de soixante mètres lors de son escapade maltaise. En offrant l’hospitalité à Nicolas Sarkozy, Vincent Bolloré aurait perpétué, selon lui, une « tradition d’accueil ».

Vincent Bolloré et l’État.

Face à la polémique soulevée par les vacances du Président à Malte, les communicants du Groupe, en coordination avec ceux de Sarkozy, ont tenu à déclarer que le Groupe Bolloré « n’avait aucune relation commerciale avec l’Etat français ». Et son ami, et néanmoins président de la République, Nicolas Sarkozy de le protéger, arguant que « Vincent Bolloré n’a jamais travaillé avec l’État français ».

C’est faux, mais trop peu de journaux ont pris soin de vérifier. Le Monde.fr toutefois a publié, le 10 mai 2007, un article intitulé « Le groupe de Vincent Bolloré a bien obtenu des marchés publics ». La Tribune a déniché des contrats passés entre les Affaires Étrangères et une filiale de logistique de Bolloré (2). Mais ce sont surtout les fouineurs des médias indépendants, comme Amnistia et Bakchish (3), qui ont trouvé le plus de choses.

Aucun lien avec l’état ? Backchich l’affirme : « une simple vérification des bulletins officiels des annonces des marchés publics (BOAMP) et du site du ministère de la Défense suffit à s’en convaincre ». Le site va mettre ainsi à jour de nombreux marchés :

– Le 11 décembre 2006, Bolloré SA a remporté un marché du ministère de l’Intérieur pour la « mise en place de locaux de sûreté modulaires à l’hôtel de police de Grenoble » (342 329 euros hors taxes).

– Le 25 septembre 2006, le ministère des Affaires Etrangères a fait montre de sa confiance au groupe Bolloré via SDV qui a hérité du « traitement de la valise diplomatique fret » (« montant minimum, 1 400 000 euros HT, montant maximum 5 600 000 euros HT ».

– Un autre marché est remporté le 5 janvier 2006, par SDV logistique internationale, dont le montant, pudiquement, est désigné comme « indéfini ».

– Le 17 juin 2005, contre 36 millions d’euros, SDV a conclu avec la direction centrale du commissariat de l’Air un marché sur « le transport du fret par voie aérienne commerciale à la demande et pour le compte du ministère de la Défense ».

– La branche gabonaise de la SDV effectue ensuite une mission de « Fret transit aérien » (la Défense donne une fourchette : entre 90000 et 149999 euros) pour les bidasses françaises exilées au Gabon du 6e Bataillon d’infanterie de marine (BIMA).

De même, face à ceux qui, à l’instar du SNRT-CGT, SNJ-CGT de France 3 (4) ont souligné que le groupe Bolloré a des intérêts importants dans l’audiovisuel (sujet sensible en période électorale), le groupe s’est senti obligé de faire une nouvelle mise au point, précisant notamment qu’il ne détient que 40,6% de la Société Française de Production (plateaux TV utilisés notamment pour des débats récents, infrastructure de production, studios de tournage), où il ne serait qu’un « partenaire dormant ». Le Groupe Bolloré n’est donc pas sans relation commerciale avec le secteur public, quand bien même le chiffre d’affaires induit par ces relations apparaîtrait dérisoire par rapport à celui du secteur transport et logistique.

La même question, et d’autres, pourrait être posée depuis que Bolloré a acquis 46 % de l’institut de sondage d’opinion CSA (dont le site Internet indique qu’il serait « le premier institut français indépendant »). Ce même institut qui a réalisé le 9 mai 2007 un sondage révélant que 65 % des Français ne se disaient pas « choqués » par les vacances de luxe offertes par Bolloré à Sarkozy.

Vincent Bolloré et les médias.

Son compteur de transactions affiche le rachat inabouti du quotidien Libération fin 2004, le raid réussi sur Havas (sixième groupe publicitaire mondial) en 2005, le lancement récent d’une chaîne TNT et la création de quotidiens gratuits. Il tente actuellement d’acquérir Aegis (achat d’espaces publicitaires et marketing).

Genèse, structure et Stratégie du groupe Bolloré.

La famille, solidement implantée dans le pays de Quimper, dont la toponymie a inspiré l’appellation des sociétés détenues par Vincent Bolloré (Financière de l’Odet, Compagnie des Glénans, Financière du Loch…), était de tradition fortement catholique, conservatrice, patronale-paternaliste. Les érudits locaux évoquent encore la messe quotidienne devant l’entrée de l’usine entre les deux guerres et le financement de la construction de l’école libre. Les célébrités du clan sont le fondateur, en 1822, de l’usine de Cascadec ; ensuite le papier à cigarettes OCB (Odet-Cascadec-Bolloré) ; enfin Gwenaël Bolloré, l’oncle de Vincent (1925-2001), héros de la Deuxième Guerre Mondiale, puis océanographe et muséologue amateur. C’est lui qui pose sur la fameuse photo aux côtés de Blum. Gwenaël Bolloré a partagé son temps entre l’entreprise familiale et la direction d’une maison d’édition, la Table Ronde, dont il a été PDG jusqu’en 1988. Maison d’édition considérée comme un foyer intellectuel de la droite dans les années 1950 et 1960, qui a lancé la jeune droite littéraire, puis servi de tribune aux partisans de l’Algérie française (5), rachetée par Gallimard après que Vincent Bolloré lui-même en a été le propriétaire en 1987-1989, elle est aujourd’hui dirigée par l’homme de lettres corrézien-chiraquien Denis Tillinac.

Vincent Bolloré a eu pour parrains, dit-on, les dirigeants de la Compagnie Financière Rothschild, où il a appris le métier, ceux de la Banque Lazard, et l’assureur Claude Bébéar. On l’a toujours dit bien introduit dans les sphères du pouvoir politique : il est le beau-frère, ou l’ex-beau-frère, on ne sait plus, de Gérard Longuet, ex-ministre, ex-président de conseil régional de Lorraine.

Après avoir repris les activités familiales, Vincent Bolloré s’est étendu (rachat du concurrent Job), modernisé, diversifié : rachat d’entreprises de transports internationaux (la SCAC), de distribution de produits pétroliers (Rhin-Rhône, créée par Elf), etc. En 1991, il réalise un gros coup : le rachat de l’armateur Delmas-Vieljeux, au moyen d’une OPA au cours de laquelle il est assisté par le Crédit Lyonnais (c’est l’époque du soutien de la banque à une nouvelle génération de capitaines d’industries, Pinault, Lagardère, Tapie et autres Parretti…) et par Bébéar/AXA. Il rend à son tour un grand service au Crédit Lyonnais en reprenant tout ce que Parretti avait acquis grâce aux largesses de la banque (6) dans des filiales du Groupe Rivaud, en particulier Pathé : premier pas de danse en direction de l’audiovisuel – mais Pathé sera immédiatement cédé à Jérôme Seydoux, du groupe Chargeurs.

Sa proximité avec le groupe Rivaud qui, entre autres activités, aurait été la banque du RPR, se transforme en rachat pur et simple en 1996 lorsque le Comte Jean de Beaumont, PDG, et son gendre le Comte Edouard de Ribes, directeur général (aujourd’hui administrateur chez Bolloré), doivent rendre des comptes à la Justice. Bolloré hérite de vieilles compagnies coloniales encore très rentables (Compagnie des Caoutchoucs de Padang, Compagnie du Cambodge, Plantations des Terres Rouges), et d’intérêts en Afrique et en Asie qui complètent son pouvoir dans les transports, la logistique, la gestion portuaire. Un pouvoir très critiqué dans certains pays d’Afrique, et qui a été dénoncé par les observateurs de la Françafrique.

Ainsi, avant de s’attaquer véritablement aux médias, Vincent Bolloré a construit en peu de temps un empire qui s’étend aux transports maritimes, concessions portuaires, plantations tropicales, lignes ferroviaires en Afrique, fabrication de papiers à cigarettes (Zig Zag, Job, OCB) et de films plastiques, de batteries électriques, commerce de cigarettes en Afrique francophone, distribution de produits pétroliers en France, etc. Son groupe est une cascade de holdings financiers soigneusement contrôlés, et il a abandonné notamment les activités bancaires de Rivaud et (en 2004) le papier à cigarettes, mais il a pris des parts dans plusieurs sociétés industrielles importantes en Europe, tout en montant des coups sur des sociétés comme Pathé ou TF1, qui lui rapportent de fortes plus-values.

Vincent Bolloré, aujourd’hui, est saisi par les techniques de communication et d’information. Techniques et moyens de diffusion : acquisitions dans les moyens de production audiovisuelle, studios de tournage et prestations de services, cinéma, radio, télévision, presse écrite et aussi, vastes enjeux, publicité et télécommunications.

Le Groupe Bolloré c’est tout d’abord une forte implication dans l’infrastructure des médias, les moyens techniques, les nouvelles technologies :

1) Production et prestations audiovisuelles depuis la privatisation de la SFP (2001), acquisition faite avec Euromedia : Bolloré détient 40,6 % de la SFP, le reste à Euromédia – mais Bolloré dispose de 24% d’Euromedia. Le groupe Euromedia Télévision (EMT) détient les studios de Saint-Denis et d’Arpajon et il gère les anciens studios de la Victorine à Nice. La SFP détient les studios de Bry sur marne, de Saint-Ouen et de Boulogne-Billancourt (le studio du débat Royal-Sarkozy du deuxième tour), et une force de frappe très sollicitée par les tournages et les reportages – y compris ceux des chaînes de service public, qui représentent entre le quart et le tiers des commandes ;

2) VCF (Vidéo Communication de France), rachetée en 2003 : prestations techniques ;

3) Streampower : vidéo et Internet numériques, programmes interactifs.

4) et, depuis 2006, des ambitions dans les télécoms avec l’obtention de 12 licences régionales Wimax – et acquisitions dans la technique Wifi.

Adepte d’une synergie entre logistique audiovisuelle, diffusion de programmes et publicité, le Groupe Bolloré, c’est aussi :

1) Direct8, chaîne de télévision numérique agréée par le CSA dans le lot des chaînes TNT gratuites. Munie d’un budget de 30 millions d’euros par an, elle est installée dans la Tour Bolloré, à la Défense, et émet depuis mars 2005 sous la direction de Philippe Labro. En réserve, le projet de chaîne Télé-Toujours, en vue d’une éventuelle extension de la TNT, et associé à un catalogue de droits audiovisuels.

2) Plus de 26 % de Havas, groupe publicitaire détaché de Vivendi après la fusion avec l’ancien groupe Havas. Cette participation s’est accrue en mai 2007, passant à 30,5 %.

3) Plus de 30 % d’Aegis, importante société d’achats d’espaces dans les médias (avec notamment Carat pour la France), également société de conseil et d’études de marché.

4) Le quotidien gratuit du soir, Direct Soir, lancé en 2006 (en coordination avec la chaîne Direct8).

5) Le quotidien gratuit du matin dit « haut de gamme », Matin Plus, créé en collaboration avec Le Monde (70 % Bolloré, 30 % Le Monde) et lancé en février 2007 après bien des tergiversations – et dont le coût annoncé par Bolloré lui-même serait de 52 millions d’euros avant d’atteindre à la rentabilité.

6) Une participation de 46 % au capital de l’institut de sondage CSA (patron : Roland Cayrol) depuis septembre 2006.

7) RNT, la Radio des Nouveaux Talents, radio AM et Internet née en 2004.

8) 10% de la société cinématographique Gaumont (production, distribution et exploitation).

9) Une salle de cinéma à Paris, le Mac Mahon, spécialisée dans le répertoire cinématographique (et bénéficiant d’une modeste subvention annuelle de 7500 euros).

10) Quelques intérêts minimes en Italie, probablement du fait de son alliance avec la banque Mediobanca dont il détient des parts, notamment dans le groupe de presse RCS.

Bolloré a annoncé en 2004 qu’il avait décidé d’investir 10% de ses actifs dans les médias. L’évolution a été très rapide, fondée sur la conjugaison entre les médias, leur infrastructure, les études (le marketing, en fait), et le nerf de la guerre : les recettes publicitaires. L’économie de l’immatériel en marche…

Tandis que le périmètre d’intervention du groupe est en constante évolution (vente récente d’actifs dans les secteurs transport, tabacs, industrie), l’investissement dans la communication et les médias devient central bien que ne représentant guère que 1 à 2 % des revenus du groupe. Mais, comme dans le cas de Lagardère (et comme Messier il y a quelques années), la « vieille » économie (transports, fabrications, infrastructures rentables) finance les nouveaux enjeux, les nouveaux pouvoirs, les nouvelles puissances.

Daniel Sauvaget

[(1) Acrimed – Daniel Sauvaget : Vincent Bolloré à l’assaut des médias I (2) Site Internet de La Tribune, 11 mai 2007 I (3) Lire sur le site de Bakchich : « Bolloré et Sarkozy, une amitié au service de l’Etat », 9 mai 2007 ; et sur le site d’Amnistia : « Le groupe Bolloré abonné aux marchés d’Etat » I (4) Communiqué de Presse du 10 mai 2007 : « Vincent Bolloré, propriétaire du yacht sur lequel M.Sarkozy vient de passer une retraite monacale clame haut et fort qu’il n’a jamais eu aucune relation commerciale avec l’Etat français. Il n’a bien sûr rien à voir avec le rachat, au quinzième de sa valeur, de la Société Française de Production (SFP), ex entreprise publique, et actuel fleuron de son empire médiatique. Rien à voir non plus avec les flux de commandes publiques obligatoires qui la font fonctionner au détriment de l’outil public de France 3 et de ses salariés. Et c’est probablement un hasard si le débat Sarkozy/Royal a été enregistré dans un des studios SFP de ce grand industriel qui ne doit rien à l’Etat français » (SNRT-CGT, SNJ-CGT de France 3) I (5) Cf. Histoire des droites en France, sous la direction de Jean-François Sirinelli, Gallimard, 1992, volume 2, pp. 280-290 I (6) C’est l’époque de la Série Noire au Crédit Lyonnais, documentaire TV de Fabrizio Calvi et Jean-Michel Meurice, et livre des mêmes auteurs, Albin Michel, 1999 I ]

 

One Response to “vincent bolloré”

  1. […] BOLLORÉ Infos [PDG du Groupe Bolloré, PDG d’Havas, sixième groupe de communication […]


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