Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Sarkozy et la Shoah : analyse d’une manipulation 18.02.08

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Au-delà du tollé, totalement justifié, provoqué par la déclaration de Sarkozy sur la charge aux élèves de CM2 de perpétuer la mémoire des enfants juifs assassinés pendant la Shoah, il est nécessaire de tenter de comprendre les raisons de cette étrange proposition, qui en effet « glace le sang » comme l’a dit Simone Veil.

Il y a bien sûr la recherche d’annonces spectaculaires et « émouvantes » selon l’expression de Sarkozy, particulièrement dans le contexte de la réunion du CRIF et au lendemain du dérapage de son épouse comparant un article du Nouvel Observateur à la dénonciation des Juifs sous Vichy.

Mais au-delà de cette agitation à visée médiatique, les trois éléments de fond qui peuvent expliquer la succession de dérapages du chef de l’Etat sont :

1) Son refus de la « repentance » politique concernant la participation des autorités françaises à la déportation le conduit à se placer par substitution sur le terrain plus avantageux de l’émotion. C’était déjà le cas pour la lecture de la lettre de Guy Moquet. Le refoulement de la responsabilité politique et de la simple reconnaissance de la vérité historique débouche ainsi sur la « responsabilisation » morale d’enfants de 10 ans.

2) Sa légèreté d’analyse sur ce fut le nazisme, apocalypse ultra-réactionnaire et exterminatrice assimilé à une « folie »,
doublé d’un mépris affiché pour l’effort de compréhension de l’antisémitisme. Sarkozy a ainsi jugé que les recherches sur les différentes variantes idéologiques de l’antisémitisme « aboutissent parfois à le banaliser ».

3) Sa remise en cause constante de la laïcité de l’Etat et une orientation délibérément communautariste.

Sur le refus de la repentance, il faut se référer au fameux discours de Sarkozy à Nice le 30 mars 2007, en plein durcissement de la campagne électorale présidentielle, quelques jours après les incidents de la Gare du Nord : « Je veux redonner à tous les Français la fierté d’être Français. Je veux leur dire qu’ils auront à choisir entre ceux qui assument toute l’Histoire de France et les adeptes de la repentance qui veulent ressusciter les haines du passé en exigeant des fils qu’ils expient les fautes supposées de leur père et de leurs aïeux. Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l’Homme et elle est le pays du monde qui s’est le plus battu pour la liberté… Je veux dire que dans les colonies, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs… Je veux dire aux Français que le 22 avril et le 6 mai, ils auront à choisir entre ceux qui sont attachés à l’identité nationale et qui veulent la défendre et ceux qui pensent que la France a si peu d’existence qu’elle n’a même pas d’identité… »

Si Sarkozy voulait réellement s’attacher à défendre la mémoire de la Shoah en France, il commencerait par désavouer et retirer ce discours qui refusait explicitement de reconnaître une quelconque responsabilité des autorités françaises (et non des Français individuellement) dans la mise en œuvre de la déportation.

Ce refus est d’autant plus choquant que dans le cas des enfants ce sont les dirigeants de l’Etat français qui ont demandé aux autorités nazies de les déporter. En mai 1942, Laval ordonne à la police française d’arrêter les juifs de France afin de les déporter. Alors même que les Allemands ne demandaient pas l’inclusion des enfants de moins de 16 ans dans les convois, il insiste pour les ajouter aux trains de déportation. Sollicité de revenir sur cette décision, notamment par le pasteur Boegner, chef des protestants de France, il refuse et répond : « Pas un seul de ces enfants ne doit rester en France. »

Ce sont les gendarmes et les policiers français qui ont raflé les enfants juifs. D’ailleurs dans le discours au CRIF, Sarkozy accumule les contradictions sur ce point ; il commence par déclarer « À l’heure où s’abattaient en Europe les idéologies les plus criminelles, c’est un fait que la République d’alors vous a trahis… » puis quelques phrases plus loin « Même en 1940, quand Vichy édictait l’immonde statut des Juifs, vous saviez que la République n’était pas dans ce crime et que la France éternelle était plus grande que sa faute du moment… »
Cette confusion contraste avec la clarté de la position officielle du discours présidentiel de 1995 :
« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l’État français. La France, patrie des Lumières, patrie des Droits de l’homme, terre d’accueil, terre d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable… »

Dans l’esprit de Sarkozy, le nazisme est cantonné au « mystère allemand ». Dans son fameux dialogue philosophique avec Michel Onfray (paru dans Philosophie- Magazine n° 8 de mars 2007), il insiste :
« Qu’un grand peuple démocratique participe par son vote à la folie nazie, c’est une énigme. Il y a beaucoup de nations à travers le monde qui traversent des crises sociales, monétaires, politiques, et qui n’inventent pas la solution finale ni ne décrètent l’extermination d’une race. Mieux vaut admettre qu’il y a là une part de mystère irréductible plutôt que de rechercher des causes rationnelles. »
Dans son discours au CRIF, Sarkozy a même explicitement rendu hommage à la « repentance », en l’occurrence celle de l’allemand Willy Brandt s’agenouillant devant le monument du Ghetto de Varsovie. Notons que Willy Brandt qui a été déchu de sa nationalité allemande par le régime nazi dès 1938 et ne s’est pas extrait pour autant de la nécessité d’un
retour authentique sur la mémoire.
La repentance est donc pour Sarkozy une bonne démarche mais à usage exclusivement allemand. Le nazisme est pour lui, de manière répétée, placé au même plan que le communisme et constitue une « folie » uniquement germanique due à « la redoutable absence de l’idée de Dieu… » (discours au CRIF).

A cette confusion à visée nationaliste, s’ajoute une imposture répétée dans laquelle Sarkozy et ses proches exploitent le sort des Juifs dans des comparaisons choquantes.

C’est Sarkozy lui-même qui pour défendre la « dépénalisation du droit des affaires » le 30 août dernier devant le Medef, a recours à la formule suivante : « A quoi sert-il d’expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c’est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux sur une dénonciation anonyme, ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme ? »

C’est Madame Sarkozy-Bruni déjà citée (voir plus haut). C’est aujourd’hui même le ministre Karoutchi qui, dans le 4eme arrondissement à deux pas du Mémorial de la Shoah compare les critiques envers Sarkozy à du « fascisme rampant » et évoque la mémoire de jean Zay « mi-juif, mi-protestant » attaqué par la presse de Vichy puis assassiné par la Milice en 1944.

Ces gens sont dangereux ; on ne peut pas laisser Sarkozy continuer à manipuler la Shoah et à tenter de dicter le contenu de l’Histoire.

Source : Mémorial98 (memorial98@noos.fr)

 

Shoah : l’idée "insoutenable" 16.02.08

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Hier : tous les enfants devront écouter la lecture de la lettre de Guy Môquet à sa mère.
Aujourd’hui : tous les enfants devront prendre en charge la mémoire d’un enfant (français) victime de la Shoah.
Et demain ? Lèveront-ils le drapeau ? Devront-ils chanter-ils « Vois sur ton chemin, gamins oubliés égarés…? »

Nicolas Sarkozy a une drôle d’approche de la politique éducative. Il décide que les enfants, tous les enfants, feront ceci ou cela. C’est le fait du prince : des mesures normatives, sans aucune réflexion ni concertation. Ainsi, il décide de confier la mémoire d’enfants de la Shoah à des élèves de CM2 : des enfants de 10 ou 11 ans. Il fait cette annonce, qui concerne une question universelle, devant le Crif, qui représente les juifs « communautaires » . Ce faisant, il prend le risque de provoquer des effets de rejet, l’inverse de ce qu’il recherche.

Ensuite, il se place ouvertement sur le registre de l’émotion :

« Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui. »

Sait-il que les instituteurs parlent déjà du génocide des juifs à leurs élèves ? Certes, ils ne leur demandent pas de parrainer un mort. Ils se bornent à leur apprendre ce qui s’est passé il y a plus de soixante ans.

Avec tact, ils leur dévoilent l’horreur des horreurs: la solution finale. Ils font leur métier, ils font de l’histoire. Ils prennent, pour cela, le temps qu’il faut.

Nicolas Sarkozy, lui, bouge sans cesse, fait des coups, lance à la va-vite des pétards et des fusées. Au mieux, ceux-ci ne dureront que le temps d’une rentrée. Éditorial de Pascal Riché (Rue 89)

De toutes les réactions hostiles, négatives ou simplement réticentes à la proposition de Nicolas Sarkozy concernant les enfants et la Shoah, il en est une, remarquable par sa violence, qui sort du rang : celle de Simone Veil, ancienne déportée à l’âge de 16 ans, proche du Président et qui était assise à sa droite au dîner du Crif mardi soir.

Elle a jugé que la proposition de Nicolas Sarkozy était « inimaginable, dramatique, injuste ».

Sur L’Express.fr, l’ancienne ministre, dont le ralliement à Nicolas Sarkozy avait été un des temps forts de la campagne présidentielle, raconte que son sang « s’est glacé » en entendant le président de la République proposer que chaque élève de CM2 en France adopte un enfant victime de la Shoah.

« C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de 10 ans ! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent – très bien – de ces sujets à l’école. »

L’ancienne ministre redoute également que cette idée puisse attiser les antagonismes religieux en France :

« Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ? »

Cette réaction remarquable s’ajoute au concert de protestations qui a accompagné dans tous les milieux cette proposition surprise de Nicolas Sarkozy. Seules quelques voix se sont exprimées en faveur de la proposition présidentielle, parmi lesquelles celle de François Hollande, le premier secrétaire du PS, et celle de Marek Halter, qui l’a qualifiée d’« initiative formidable ».

La sortie de Simone Veil permet, surtout, de s’interroger, une nouvelle fois, sur la manière de procéder du chef de l’État : comment a-t-il pu lancer une telle idée sans consulter cette femme dont l’histoire personnelle et le positionnement politique en font l’interlocuteur idéal avant de lâcher en pâture à l’opinion une bombe pareille ? Sauf à considérer que les idées de ses conseillers de l’Elysée sont au-dessus de toute contestation.

Quoi qu’il en soit, le jugement sans appel de Simone Veil risque fort de peser suffisamment lourd pour condamner cette initiative présidentielle à finir dans la poubelle, déjà passablement remplie, des fausses bonnes idées de Nicolas Sarkozy.

Article de Pierre Haski Rue89

CE QU’ILS EN PENSENT :

- Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) Richard Prasquier : « J’ai toujours dit que j’étais nuancé vis-à-vis de cette décision du président de la République », a-t-il souligné sur RTL. Elle « part d’une très très belle idée qui est de mettre en regard un enfant avec un autre enfant. Et on sait que pour influencer un enfant, il n’y a rien d’autre que les histoires d’enfants qui sont efficaces ». « En revanche, s’il s’agit d’en faire uniquement un projet de mémoire, là, j’ai des réticences, car il y a un risque dans la mémoire », elle « peut entraîner une responsabilité pour l’enfant, responsabilité injuste » et « trop lourde à porter », a observé Richard Prasquier. « C’est une très belle initiative mais sur laquelle il faut prendre (…) beaucoup de précautions ». Le président du CRIF a cependant estimé que c’était un « projet d’éducation » à la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, et l’exclusion. « Je pense que c’est en réalité le fond du projet », a-t-il dit, notant que le « travail d’identification » pouvait s’effectuer « au niveau d’une classe » et « s’accompagner d’un travail d’histoire », de « réflexion ». Il s’agit « d’utiliser le passé pour l’avenir », a-t-il remarqué, jugeant qu’il fallait « faire confiance à l’Éducation nationale ». (1)

Sources : (1) Associated Press

 

Carla Sarkozy Bruni Dérape À Propos Des Juifs Et De La Shoah 13.02.08

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La très sérieuse association Mémorial 98, qui combat contre le racisme, l’antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l’affaire Dreyfus. Peu encline à s’épancher sur l’actualité matrimoniale du chef de l’état, elle en a pourtant été contrainte, devant les propos de la toute nouvelle Première Dame de France.

Encore une banalisation de la persécution des juifs.

Interrogée par l’Express de cette semaine sur la plainte déposée par Nicolas Sarkozy contre le site Internet du Nouvel Obs – qu’il accuse de "faux", Mme Bruni Sarkozy déclare : « La plainte justifiée de mon mari n’est pas contre un organe de presse, bien sûr, mais contre les "nouveaux moyens de désinformation". Internet peut être la pire et la meilleure des choses. A travers son site Internet, Le Nouvel Observateur a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de juifs ?… »
Cette déclaration pourrait n’être qu’une démonstration de narcissisme exacerbé ou une manifestation de l’absence totale du sens de la mesure ainsi qu’un signe de la confusion des esprits car elle ne provoque aucun réaction du journaliste qui réalise l’interview.

Mais il se trouve que Nicolas Sarkozy a commis il y a quelques mois un dérapage semblable, tendant à banaliser la délation envers les juifs sous le régime de Vichy, comparée et assimilée à la dénonciation de délits fiscaux.

Pour défendre la « dépénalisation du droit des affaires » (terme pudique pour l’impunité garantie aux patrons, mêmes voyous) lors de l’université d’été du Medef le 30 août dernier, il avait utilisé la formule suivante :
« A quoi sert-il d’expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c’est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux sur une dénonciation anonyme, ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme ? ». Il avait été applaudi frénétiquement par son auditoire, ravi de cette scabreuse comparaison. (Voir notre article précédent Sarkozy révise l’histoire de Vichy : nouveau dérapage)

Mémorial 98.

 

 
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