Le Sarkopithèque

LE SARKOPITHÈQUE A POUR BUT D’ARCHIVER PUIS DE RECOUPER LES INFORMATIONS ET RÉFLEXIONS RELATIVES AU CHEF DE L’ÉTAT, À SON GOUVERNEMENT ET À LEURS [MÉ]FAITS. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 Mai 2007, jour de la Sainte-Prudence. Voyons-y un signe, et non un hasard.

Les mots qui ont fait gagner Sarkozy 04.03.08

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Si les discours de campagne du candidat de l’UMP à la présidence de la République ont convaincu une majorité de Français, c’est parce qu’ils obéissent à des règles de construction bien précises. Un livre, « Les mots de Nicolas Sarkozy », dévoile les secrets de cette rhétorique de la victoire. En exclusivité, BAKCHICH nous a livré les bonnes feuilles de cet ouvrage éclairant.

C’est d’abord un livre utile. Parce qu’après avoir refermé Les mots de Nicolas Sarkozy (Seuil, sortie le 6 mars), on n’écoutera jamais plus un homme politique de la même façon. À commencer par le chef de l’État. Les auteurs, Louis Jean Calvet et Jean Véronis, tous deux linguistes, se sont livrés au patient décryptage des 300 discours prononcés par l’ancien candidat de l’UMP, tout au long de la campagne présidentielle. Un travail dont le résultat est à la fois étonnamment facile à lire et singulièrement instructif. À tel point qu’on peut se demander si, à leur corps défendant, les auteurs n’ont pas écrit là le parfait manuel de rhétorique pour les futurs candidats à l’Élysée.

Les techniques, les pièges, les ruses sont inventoriées. Pour la première fois, on comprend vraiment pourquoi et comment les mots de Nicolas Sarkozy ont fait mouche. Des phrases courtes, des répétitions jusqu’à plus soif, des marqueurs qui instaurent une fausse connivence, un vocabulaire appauvri à dessein…

Et puis le contenu. Une vampirisation systématique du discours des adversaires. Aux socialistes, on dérobe le travail et les travailleurs, au centre l’humanisme, à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite, l’anticapitalisme… On réécrit l’histoire, on se pose en victime, on dénonce la pensée unique… Autant d’impressions sinon d’intuitions que les uns où les autres ont pu ressentir à un moment de la campagne. Sans jamais vraiment parvenir à les étayer.

Quantifier l’apport d’Henri Guaino aux discours de Sarkozy.

À grand renfort de tableaux et de graphiques, Louis-Jean Calvet et Jean Véronis viennent combler cette lacune. Plus fort encore, ils sont parvenus à quantifier l’apport d’Henri Guaino, la plume de celui qui n’était encore que candidat à l’élection présidentielle. À tel point qu’on se demande vraiment si Nicolas Sarkozy aurait fait le poids sans ce formidable aspirateur intellectuel. Et si le candidat de l’UMP n’avait été qu’une marionnette aux mains d’un Gepetto de talent ? Les auteurs laissent la question ouverte, mais tout l’ouvrage tend à répondre par l’affirmative. (Lire la suite…)

 

Hyperprésidence : Sarkozy a peur du vide 14.01.08

L’hyperprésidence du chef de l’État français ne serait qu’une forme subtile d’angoisse existentielle : prouver en permanence à une audience - qui pourtant le sait - que le président, c’est bien lui.

theuriau.jpg© Luz

Il y a des formulations qu’on n’applique pas à un président de la République. Souvent traité avant son élection d’« agité du bocal » par ses ennemis, Nicolas Sarkozy élu a hérité d’une nouvelle appellation : « l’hyperprésident ». Le changement de signifiant n’a pas obéré grand-chose du signifié : l’activisme de Nicolas Sarkozy a toujours suscité une certaine perplexité, qui n’a fait que s’approfondir. Son omniprésence, qui écrase non seulement son gouvernement, Premier ministre en tête, mais aussi d’autres rouages de l’Etat, est généralement critiquée, par le peu qu’il reste d’opposition, comme une politique délibérée d’occupation du terrain. Même son souci, aussi soudainement ressuscité que sa flamme amoureuse, d’étaler sa vie privée sous les objectifs des photographes, est porté au compte de sa volonté supposée d’occulter le manque d’effets de son action.

Osons pourtant l’hypothèse que, dans le cas de Nicolas Sarkozy, une clé importante de compréhension des ressorts de son action n’est pas de l’ordre du conscient. Ainsi, depuis le début de son quinquennat, l’ancien maire de Neuilly semble dépenser une énergie considérable à prouver à une audience qui, elle, le sait depuis six mois, que c’est bien lui qui a été élu président. Le nouveau locataire de l’Elysée paraît absorbé dans une perpétuelle entreprise de comblement d’un vide, magistralement décrite par l’écrivaine Yasmina Reza. Et aujourd’hui, plus encore qu’avant son élection, paraît étrange le sentiment que donne Nicolas Sarkozy, suivant lequel si ce n’est pas lui qui parle ou arpente la scène, le silence serait assourdissant et la scène vide.

D’où aussi cette impression, que le président fonctionne par succession de spasmes, rythmés par ses intuitions ou angoisses du moment. A force de vouloir démontrer qu’il est là où il est (au sommet), Nicolas Sarkozy finit par donner l’impression qu’il ne fait pas ce qu’il doit (faire fonctionner la machine en produisant des résultats). Ses angoisses ne sont sans doute pas plus justifiées que les attaques de ses critiques. Mais, paradoxalement, il serait bon que le président français se rassure un peu sur lui-même. Question de pouvoir cesser d’y penser.

Article de Jurek Kuczkiewicz paru dans Le Soir (Belgique) in Courrier International

 

De l’art de tout ramener à soi… 27.12.07

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20 Décembre, discours de Saint Jean de Latran ; Nicolas Sarkozy aux ecclésiastiques :

« Nous avons au moins une chose en commun. C’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de la vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président à moitié ». Et de poursuivre « Je comprend les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que, moi-même, je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne ».

 

Sarkozy, un mec qui en a 17.11.07

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“En avoir ou pas, telle est la question que semble poser Nicolas Sarkozy, depuis sa prise de fonctions, hérissant d’hostilité ceux qui n’ont pas envie d’être charmés. C’est l’un des principaux risques du sarkozysme : la surenchère de virilité sans fin. Et si “les petits mecs” se rebellaient ? Nicolas Sarkozy a perçu le risque. Il a recommandé à ses ministres de ne surtout pas humilier, d’éviter tout triomphalisme, de prendre modèle sur le “chouchou”, Xavier Bertrand. Mais Sarkozy ne tient pas longtemps la pause. Une gouaille, une moquerie, une lueur de supériorité dans le regard, une façon de se dresser sur la pointe des pieds, de rappeler qui commande et mieux que tout le monde…”.

Article de Nicolas Domenach, Marianne, Semaine du 17 au 23 novembre 2007

 

Zorro Au Guilvinec 07.11.07

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De passage au Guilvinec, en Bretagne, avant de s’envoler pour Washington, Nicolas Sarkozy articule cette phrase :

« Il y a un gars qui m’a dit “Il fallait pas aller au Tchad” Ah Ouais ? Je lui ai dit “Mais si c’était votre soeur ou votre frère qui était là-bas, il aurait pas fallu y aller ?” Pis j’ai vu dans son oeil que tout a coup il a réfléchi. Que ça aurait pu arriver aussi à quelqu’un de sa famille. Et par ailleurs j’irai chercher également ceux qui restent. Quoi qu’ils aient fait. Moi je préfère qu’ils rentrent. C’est comme ça. Parce que le rôle du chef de l’état, c’est de prendre en charge tous les français, quel qu’ils soient. Qu’ils aient voté pour lui ou pas. Ceux qui ont fait des choses bien et aussi ceux qui ont fait des erreurs ».

Réactions dans l’émission On refait le Monde, RTL (05 et 06/11/07) :

« Ma conviction, c’est qu’il a renforcé les pouvoirs du Président de la République, et qu’il a en même temps diminué la fonction. Il est maintenant une espèce de premier ministre itinérant. » Alain-Gérard Slama. Éditorialiste au Figaro et professeur à Sciences-Po Paris.

« On a là, comme à chaque fois, l’émergence de l’affectif, dans quelque chose, quand même, qui s’approche de la politique et de la diplomatie. Qu’est-ce que l’argument de savoir si c’était un frère ou une soeur vient faire ici ? On est dans l’émotionnel permanent. Là il y a quelque chose de tellement outrancier, de tellement proche de Zorro, de tellement émotionnel que pour moi ça s’éloigne de la politique. C’est incensé ! » Clara Dupont-Monod, Éditrice chez Denoël.

« Je pense qu’il ne faut pas insulter l’émotion populaire et la justice tchadienne ». Jean-Luc Mano, Conseiller en communication.

« C’est le degré zéro de la politique internationale au nom de la démagogie. » Guy Carlier.

 

Sarkozy le “Surmoïque” 25.10.07

http://marseilleunautreregard.files.wordpress.com/2007/06/sarko-le-sacre.jpg?w=330&h=336 © David et Kiro

Michel T.*, psychiatre à Paris.

Quand Nicolas Sarkozy parle de “nettoyer au Kärcher” la Cité des 4000 à la Courneuve, on pourrait penser, à première vue, qu’il s’agit d’une pulsion aussi violente que vengeresse. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent ses opposants politiques. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense au contraire que, ce faisant, il se met dans une position “surmoïque” qu’il souhaite rassurante. Bien que ses propos soient violents, il ne les pense pas ainsi. Il se voit plutôt dans le rôle de l’honnête père de famille qui est bien obligé de se transformer en père fouettard si ses enfants ne respectent pas les règles. A ses yeux, il sait où est la limite à ne pas franchir et, quand il estime qu’elle a été dépassée; il se sent autorisé à hausser le ton comme un héros antique, mi-homme, mi-dieu. Ce n’est pas du populisme, parce qu’il ne se contente pas de jouer sur les peurs du public : il se présente comme le sauveur de l’autorité perdue, comme le Père éternel de tous les Français. Vous noterez par ailleurs que, si Nicolas Sarkozy parle peu d’idéologie, en revanche, il évoque abondamment la question des religions, terme qu’il utilise toujours au pluriel. Dans son discours, il est rarement question de “spiritualité”, ou même de “rites”. Ce qui le fascine, dans les religions, c’est justement cette position “surmoïque” qu’il rêve d’atteindre. Une des prérogatives des religions est de fixer la limite entre le bien et le mal. Plus que maintenir l’ordre, ce qu’il fait déjà en tant que ministre de l’Intérieur, Niolas Sarkozy rêve de fixer cette limite et d’accéder à cette position “ssurmoïque” qui n’appartient qu’aux dieux.

* Cet article est paru dans le Marianne N°434, du 13 au 19 août 2005. Beaucoup des psychiatres interrogés ne se sont prêtés à l’exercice que sous couvert d’anonymat. [Propos de Michel T., psychiatre à Paris, recueillis par F.D.]

 

Sarkozy : le théâtre politique des émotions 24.10.07

http://moaaa.blogspirit.com/images/medium_sarko1.jpg © Luz

Guy Môquet et le théâtre politique des émotions
Par Eric Fassin

Aujourd’hui 22 octobre 2007, la dernière lettre à ses parents du jeune Guy Môquet devrait être lue à tous les lycéens de France qui, le coeur serré, redécouvriront à cette occasion le sens du courage patriotique et de la piété filiale. Telle est la volonté de notre président qui semble, malheureusement pour lui, se heurter à une certaine résistance de la part de trop nombreux enseignants. Au coeur de cette controverse emblématique, la place des émotions en politique.
Ce fut la « première décision » du nouveau Président de la République : dès le 16 mai 2007, jour de son investiture, il annonçait la lecture de la lettre de Guy Môquet à tous les lycéens de France. Pendant la campagne présidentielle, sous l’inspiration d’Henri Guaino, le candidat avait déjà invoqué à mainte reprise ce jeune communiste, fusillé en représailles par l’occupant allemand le 22 octobre 1941. Il contribuait ainsi à faire connaître la lettre de ce garçon de dix-sept ans, à la veille de son exécution : « ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa chéri, je vais mourir ! »

Quel est le sens politique de cette décision ? « Je veux que chacun comprenne que pour moi, cette lecture, c’est un grand symbole. » Sans doute s’agit-il, comme pour Jaurès ou Blum, de détourner l’une des figures du patrimoine historique de la gauche. Mais il y a plus. « Je n’ai jamais pu lire ou écouter la lettre de Guy Môquet sans en être profondément bouleversé ». Cette phrase n’est pas seulement un aveu ; elle a valeur d’explication. L’émotion justifie la lecture : on doit lire la lettre pour émouvoir, et pour être ému. Bref, pour Nicolas Sarkozy, la référence à Guy Môquet participe d’une politique de l’émotion.

Les journalistes ne s’y trompent pas, qui décrivent inlassablement le Président dans les mêmes termes : « visiblement ému ». C’est dire que l’émotion doit être visible : elle peut ainsi être partagée avec les spectateurs. La même esthétique politique, dont la télévision nous diffuse depuis longtemps les scénarios compassionnels, pousse Nicolas Sarkozy vers les victimes de faits divers (à la rencontre du père d’un enfant enlevé) ou vers les blessés de la vie (avec un garçon handicapé) - et vers toutes les souffrances. Le dolorisme est au cœur de sa politique.

C’est ainsi que le Président s’adresse à ses invités, le 14 juillet à l’Elysée : « Nous avons voulu, avec Cécilia, que cette garden-party, comme l’on dit, soit réservée à toutes celles et tous ceux d’entre vous pour lesquels la vie n’avait pas été indulgente cette année. Tous ceux qui ont dû mettre un genou à terre. Tous ceux qui ont rencontré l’épreuve. Oh, je ne dis pas que c’est une consolation d’être invité à l’Elysée. Je veux simplement que vous sachiez que c’est du fond du cœur que nous avons voulu que ceux d’entre vous qui avez souffert puissent se dire : au bout de la peine, au bout de la souffrance, eh bien cette peine elle est prise en compte par la nation tout entière. » (Lire la suite…)

 

Je vais gérer la france comme une entreprise 20.10.07

Sur l’ouverture et la morale politique. Sur Sarkozy chef d’entreprise et non Président.

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“Ouverture” et “Rassemblement” 15.10.07

Hélène, pour Le Sarkopithèque.

En fait, le mot ouverture est un mot “inventé” par la gauche en 1988. C’est du moins ce que nous rappelle le vieil article de Henri Boyer intitulé Ouverture et rassemblement. Deux mots-slogans en 1988 ?, dans la revue Mots (n°22, 1990 ; archives disponibles sur le site persee.fr).

C’était le mot de Mitterrand pour appeler à l’ouverture vers le centre, notamment vers le Parti Socialiste Unifié (PSU) de M. Rocard qui symbolisait la gauche centriste. Mais, semble-t-il, Mitterrand envisageait également de séduire la droite modérée. C’est le très mitterrandiste Jospin qui appelle sur France inter le 7 mai 1988 le PS à s’ouvrir aux anciens communistes mais aussi radicaux de gauche et gaullistes de gauche (1). Il y eut dans le premier gouverment de Mitterrand après sa réélection en 1988, 8 ministres dit “d’ouverture”.

C’est fascinant, l’histoire radote. Comme aujourd’hui, le mot “ouverture” avait beaucoup énervé dans le camp du socialisme et au sein du PSU lui-même. Le 11 mai 1988, le PSU fait une déclaration officielle dans laquelle il se demande si “l’ouverture” dont parle leur leader ne serait pas “qu’une manipulation de mots masquant mal une manipulation bien plus grave : celle qui consiste à exclure à gauche pour accueillir à droite”. Inversez gauche et droite dans cette phrase et vous aurez, je pense, le sentiment de Mr Devedjan, le grand déçu de la distribution des postes gouvernementaux.

Comme aujourd’hui au sein du PS (F. Hollande notamment), des voix se sont élevées en 1988 au sein du PSU contre la politique d’ouverture. François Léotard en parlait comme d’une escroquerie. Cette opinion était relayée par les jeunes centristes (les Jeunes démocrates sociaux) en la personne de B. Stasi. Je cite (cela vous rappelle-t-il quelque chose ?) :
« L’ouverture est l’essence même d’une politique, et nous en voulons à ceux, qui par leurs pratiques, ont perverti ce thème et galvaudé ce mot. L’ouverture n’a rien à voir avec ces tentatives de débauchages de personnalité, avec ces appels au ralliement [...], avec ces manoeuvres, combinaisons, astuces subalternes pour confronter des majorités incertaines. C’est une caricature d’ouverture, pour ne pas dire une imposture ».

Surprenant non ? Qu’en conclure ? Sarkozy, en termes de tactique politique, a eu raison, semble-t-il, de ne pas être partisan et de piocher les bonnes idées à gauche. Mitterrand, en effet, est un modèle inépuisable en art politique. Simplement, l’élève a dépassé le maître : Sarkozy, dans sa politique d’ouverture est allé chercher directement des personnalités du PS, le parti qu’il affrontait quelques jours auparavant. L’histoire se répète mais ne se ressemble pas…

Hélène.

[Sources : Article Ouverture et Rassemblement ♥(1) cf. p. 9 de l'article]

 

un nouvel exemple de la gouvernance émotionnelle 24.09.07

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Incroyable : Sarkozy favorable à la retraite à… 56 ans !

Un nouvel exemple de la gouvernance émotionnelle : le Président reçoit le père d’une victime et lui promet une pré-retraite qu’il n’a pas les moyens de lui obtenir. Histoire.

C’était en juin dernier. Après avoir martelé durant toute sa campagne que « la victime vaut mieux que le délinquant », Nicolas Sarkozy voulait marquer le début de son quinquennat par un surcroît d’attention envers les familles frappées par le crime. Les services de l’Elysée avaient pris connaissance par la presse de la disparition, puis du meurtre particulièrement atroce d’une jeune femme durant la campagne présidentielle. Le père avait écrit au Ministre de l’Intérieur de l’époque, François Baroin, qui lui avait répondu par écrit. Mais, une fois élu, comme dans le cas du père du petit Enis, le Président a tenu à recevoir les parents de la victime.

Durant l’entretien, le père, âgé de plus de 55 ans, avoua éprouver quelque difficulté à se motiver pour aller travailler, sans lui demander aucune faveur. Apprenant qu’il est salarié par une concession de Renault, le Président interpelle sur le champ sa secrétaire d’un bien sonore « Faites moi appeler Carlos ». Il s’agissait, bien sûr de Carlos Ghosn, le PDG du groupe Renault. Le Président se faisait fort d’obtenir de lui qu’il « fasse cadeau » des quelques trimestres qui restaient à accomplir au père de la victime avant de prendre sa retraite. Il promit d’ailleurs à ce dernier, électeur sarcomateux ébloui par ce mélange de compassion et de puissance, que « son ami Carlos » accèderait à sa demande. Trois mois plus tard, l’homme pointe toujours tous les matins dans son entreprise : personne, ni Renault ni la Présidence, n’a souhaité payer les 16 000 euros de cotisation qui lui manquaient pour sa retraite.

Cette triste histoire est une nouvelle illustration de la gouvernance émotionnelle. Ainsi le même Président qui proclame partout la nécessité de travailler plus pour gagner plus, qui a approuvé la suppression des systèmes de préretraite dispendieux pour l’Etat et la société, qui s’apprête à revenir sur les régimes spéciaux de retraite, prétend pouvoir offrir lui-même à l’un de ses « sujets », ce que les lois de la République ne sauraient lui accorder. « Prétend » est bien le mot puisqu’en fin de compte, le Président, tout puissant soit-il, n’est pas parvenu à tenir une promesse qui ne concernait pourtant qu’un seul Français.

Lundi 24 Septembre 2007 - 12:55
Philippe Cohen [Marianne.fr]

 

[Psych]analyse sans complaisance 09.09.07

Le psychanalyste Gérard Miller dresse un implacable portrait de Nicolas Sarkozy.

« Chaque mot compte chez Sarkozy. Il sait qu’il est en train de faire en sorte que d’un trait de plume puisse être rayé justement, ce que des années et des années de réflexion, de travail d’historien, de discussions entre les victimes, et parfois leurs anciens bourreaux avaient permis d’obtenir, c’est à dire justement de regarder en face l’histoire de France ».

« Il permet non pas à la France de se réconcilier avec elle-même, mais aux pires moments de la France de retrouver leur dignité ».

« Il sait qu’en disant “pas de repentance”, il dit en fait “pas de vérité sur ce que nous avons fait” (…) Cet homme est en train de faire en sorte que la France oublie qu’elle a été à un moment donné indigne d’elle-même ».